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Manger sans OGM : mission impossible ?

Publié le 30 juin 2009 par Pierrealexandre

Dans le déluge de marques, de compositions, de transformations, de filières et de systèmes de traçabilité, comment le pékin moyen comme moi peut-il réussir à manger autre chose que des aliments à base d'OGM dont personne ne sait si elles sont ou non nocives pour notre santé ? Dit comme cela, ça a l'air impossible. Mais en fait c'est surtout une question d'organisation et de bon sens.
Qu'est-ce que je mange ? Pas ce que je mange tous les jours mais plutôt dans quelle catégorie de mangeur peut-on me classer ? Omnivore ? Pas vraiment ! Je ne mange pas d'insectes (ou très peu), pas de reptiles, pas vers, etc. En y réfléchissant, je ne mange pas tant de choses que ça. Et la plupart des choses que je mange sont rangées dans la plupart des rayons de supermarchés ou bien aux étales de marchés. On prend assez vite conscience que notre régime alimentaire est limité. Il est circonscrit dans le périmètre définit par l'industrie agro-alimentaire. Et comme son nom l'indique, elle s'articule sur l'agriculture (les produits de la terre) et sur l'industrie (la production de masse). Donc par déduction, la majeure partie de ma nourriture est faite à base de produits agricoles. Et quand je mange de la viande, la bête a été nourrie de produits de la terre elle aussi.
Alors qu'est-ce que je mange ? Essentiellement, des céréales. Il y en a partout. Dans le pain bien sûr, mais aussi dans les gâteaux, dans les pâtes, dans les aliments des animaux que je mange. Ensuite, du lait. Ça aussi, il y en a partout. Ensuite de la viande, surtout en France. Bœuf, poulet, canard, agneau, cochon, mouton, lapin, etc. qui eux-mêmes ont essentiellement mangé des céréales et du lait (pour les mammifères). Quand vous êtes soucieux de votre santé, vous mangez aussi des légumes, ce qui introduit une grande variété dans l'alimentation et pas seulement un complément comme le pensent beaucoup. Et puis il y a les fruits et les agrumes qui étendent d'autant la variété. Mais la plupart des enquêtes de consommation confirment que ces deux dernières catégories, de par leur prix et leur place minoritaire au sein de la grande distribution, sont largement minoritaire dans l'assiette et surtout ils sont confondus avec d'autres aliments. Combien de gens pensent que les pommes de terres et le riz sont des "légumes“ ? Plus qu'on ne le croit.
Dans cette petite liste grossière, j'ai omis certains éléments qui, sans être majoritaires dans l'alimentation, restent des éléments clés de l'industrie agro-alimentaire. Il s’agit de toutes les sortes de graisses et matières grasses qui servent de liant, d’épaississant, et d’agent de texture, de saveur, de tenue, de poids, etc. Ces matières grasses proviennent de plusieurs sources : le lait et les céréales bien sûr mais aussi d’oléagineux notoires comme l’olive, de fruits secs, et, moins savoureux, des graisses animales que nous consommons. Ces dernières sont idéales pour lier les sauces mais aussi pour épaissir le yaourt…
Alors, où sont les OGM dans tout ça ? Et bien tout simplement dans les céréales. Car elles forment la base de la majorité de toutes les nourritures directement ou indirectement. Les laboratoires spécialisés dans la production d’OGM ont également travaillé et commercialisé des légumes, des féculents et d’autres produits en manipulant leur ADN mais ces produits n’entrent pas dans la catégorie industrielle de masse. Ils représentent des produits régionaux, de niche, sur des segments plus limités que les céréales. Les produits au top de la recherche sont le blé, le maïs, le soja, le colza, le riz… Et qui mange ces produits ? L’humanité toute entière et tous les animaux domestiques qui gravitent autour d’elle. Voilà pourquoi ce sont sur ces produits que ce concentrent les grands groupes de semenciers et de fabricants de pesticides.
Alors comment ne pas manger d’OGM ? Il faut pour cela s’assurer que le produit que l’on achète ne contient le moins possible de produits céréaliers et/ou dérivés de céréales. De même, il faut s’assurer que la nourriture des bêtes que nous allons consommer ne contenait pas de céréales modifiées génétiquement. Quels sont les outils à notre disposition ? D’abord et surtout le bon sens. Ensuite l’étiquetage des produits, les labels certifiés et enfin la promesse des vendeurs.
Le bon sens : c’est au producteur et au vendeur de garantir qu’il n’y a pas d’OGM. Il n’y a pas de présomption d’innocence en la matière. Si ce n’est pas écrit, il faut partir du principe qu’il y en a, mais au dessous du seuil attribué par les instances européennes, soit moins de 0,9% du produit. Ce qui veut dire qu’il y en a quand même. Greenpeace et d’autres ONG proposent des guides gratuits à disposition sur leurs sites ou bien dans leurs antennes locales. Et comme, les études sur les OGM sont contradictoires et penchent en faveur soit des fournisseurs, soit des détracteurs, la seule certitude en la matière c’est que nous mangeons tous des OGM mais dans des quantités minimes (soit par contamination, soit par ajout inférieur à 0,9%).
L’étiquetage des produits : c’est pas gagné. Comme je viens de le dire, il n’y a pas d’obligation légale en Europe de mention si le taux d’OGM est inférieur à 0,9%, mais il faut savoir que les produits étrangers n’ont pas d’obligation du tout. On devrait les étiqueter à l’entrée dans l’espace européen, mais la gestion en flux tendu fait que le temps pour certaines associations de consommateurs de porter plainte, le stock a déjà disparu. Donc, il faut se méfier comme de la peste des produits alimentaires d’importation venant de pays où la réglementation n’impose pas de mentionner la présence d’OGM. Autant dire qu’il faut faire du protectionnisme au niveau de la consommation et de l’achat, puisque les distributeurs ne jouent pas franc jeu. L’étiquetage n’est là que pour éventuellement vous renseigner sur la nature et la composition des produits. Il faut avoir de solides connaissances en chimie et une excellente mémoire pour être capable de distinguer un émulsifiant d’un conservateur et de savoir reconnaître celui qui est nocif de celui qui ne l’est pas. L’étiquetage ne vous servira pas à grand chose sinon à reconnaître un label d’un autre.
Les labels certifiés : ils sont de loin, la meilleure information que vous puissiez avoir sur un produit. C’est simple, le label AB certifie l’exclusion des OGM. La plupart des labels Bio garantissent une production en dehors de la filière OGM. Mais attention, des labels prestigieux comme Label Rouge ou Appellation d’Origine Contrôlée n’interdisent pas la filière OGM dans leur cahier des charges (source : Greenpeace). Donc n’espérez pas que AOC vous protège des OGM ou que vos poulets Label Rouge soient nourris avec du maïs non transgénique pour leur donner leur jolie couleur jaune.
Enfin, il y a les promesses des enseignes de distribution : les promesses n’engageant que ceux qui les croient, il vaut mieux se montrer extrêmement prudents. Toutes les enseignes ont des marques qui leur appartiennent et quasiment aucune ne garantit que ses produits soient fabriqués en dehors de la filière OGM. Donc, il convient de mettre un bémol aux promesses de certaines vedettes culinaires lorsqu’elles font la promo des enseignes discount alors qu’aucune d’elles ne donnent de garanties formelles ou tout simplement refusent de se soumettre aux questionnaires d’ONG ou d’institutions chargées de la consommation…
Voilà, en somme et en bref, la mission impossible qui consiste à ne pas mettre d’OGM dans son estomac. Il ne me reste plus qu’à cultiver des patates et des légumes dans un jardin ouvrier ou une petite parcelle locale ou encore dans mon propre jardin. D’y faire pousser des salades, des concombres et des tomates. D’avoir une demi-douzaine de poules pour les œufs et pour une poule au pot en hiver, et quelques lapins et pourquoi pas une vache pendant qu’on y est. Il faudra que j’aille chez Biocoop (enfin de la pub) pour mes céréales, mes légumes secs et mes féculents. Pour la viande ce sera plus difficile et il me faudra m’associer à une trentaine de personnes dans la région pour monter une association et demander à un éleveur bio local de nous abattre un bœuf tous les deux ou trois mois, et pourquoi pas une dizaine d’agneaux… Si j’ai le temps, j’adhère à une AMAP histoire de manger des légumes inhabituels mais sains.
En revanche, si je vis à la ville ou si je pointe au RMI, je suis mal… Il y a de grandes chances que je finisse par ne bouffer que des pissenlits… Par la racine et avant mon heure.

Posted via web from PAX


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