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Le Poulpe. Saint-Pierre et nuque longue / Serge Scotto

Par Bibliomanu
Le Poulpe. Saint-Pierre et nuque longue / Serge ScottoAprès le brusque arrêt de la série du Poulpe en 2005 avec Poulpe Fiction, on croyait le personnage passé aux oubliettes de la littérature populaire. 250 numéros, autant de titres jeux de mots, les inénarrables et savoureuses couvertures de Miles Hyman, Gabriel Lecouvreur alias le Poulpe, Chéryl, Gérard, Vlad, Maria, le Pied de Porc à la Sainte-Scolasse, la bière, le Polykarpov à l'envol incertain ; à chaque épisode un auteur différent (ou presque), un film, des personnages, des lieux que beaucoup ont suivi avec un plaisir non dissimulé. Voir le Poulpe ruer dans les brancards, taper dans le fait divers, redresser les torts, s'indigner, râler, castagner, draguer, mentir, sauter dans l'action sans parachute, sans crainte du lendemain, c'était un peu comme l'accompagner dans une quête sans fin, sans fin parce que le monde est ainsi fait qu'un seul homme ne peut venir à bout de toutes les injustices ni, surtout, de tous ces salops qui poussent tels des champignons, et qui ont la fâcheuse tendance de polluer le quotidien des uns puis des autres, tout en profitant d'un système acquis à leur cause.
Alors on ne va pas non plus faire du sentimentalisme au point de sortir les mouchoirs, mais quand même, quand le Poulpe avait pris sa retraite éditoriale, il a laissé comme un vide. Finis les virées, les prises de bec, les hauts et les bas, le sexe et le bagout qui faisaient le charme du Poulpe. Finis aussi les repas passés en silence à la recherche d'un titre qu'on s'imaginait déjà écrire ou soumettre aux éditions Baleine. Et puis, pour être honnête, Gabriel devenait difficile à suivre dans sa quête effrénée : trop de parutions chaque mois, des auteurs avec lesquels il était parfois difficile d'accrocher, même si c'était après tout dans cette diversité qu'on pouvait y trouver un intérêt certain.
Fin de la rétrospection, passons au Poulpe revenu. Pas toujours des plus gais le bonhomme! Il a dépassé la quarantaine en 2000 et ça se sent. A croire que sa mise à l'écart l'a quelque peu ébranlé aussi. Le doute l'étreint, le sens de la vie, tout ça, forcément, ça le rattrappe. C'était le cas pour le 251ème, L'Appel du Barge de Lalie Walker ou La Ballade des perdus de Jean-Marc Ligny. Mais avec Saint-Pierre et nuque longue, on retrouve le Poulpe des grands jours, à la première personne - un signe de reprise en main -, rattrapé par son passé en la personne de Sabrina, un amour de jeunesse dont le frère vient de mourir dans d'étranges circonstances. Rien de bien original dans cette intrigue dont on connaît d'entrée les tenants et les aboutissants. Mais, à la rigueur, ce n'est pas le plus important. L'important, finalement, c'est de se rendre compte qu'on s'est laissé prendre par cette langue que Serge Scotto distille avec un plaisir évident. Ce Poulpe n'est pas pour lui l'opportunité de se livrer à un exercice de style, mais de renouer avec la simple délectation de raconter une histoire et de donner la part belle à la ville de Marseille, de nous faire toucher du doigt des personnages forcément délicieux, de nous dire que "dans les moments d'émotion, [il a] tendance à [se] répéter. Ça ne se fait guère en littérature, mais dans la réalité on s'en fout.", et de nous rappeler qu'il a écrit un bouquin pas mal du tout - Nous serons les rois de Marseille - avec trois points de suspension aux clins d'yeux multiples, le titre étant épuisé à ce jour...
C'est drôle, enjoué, grave aussi et humain. A l'image d'un Poulpe qui fait plaisir de voir revenir.

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