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Risquer sa reussite

Par Raymond Viger

En 2000, Stéphane Julien, pro du roller-blade à 17 ans, s’apprête à s’envoler pour la Chine où il sera rémunéré à titre de performeur. Le Tazmahal lui avait permis de perfectionner ses techniques et le Café Graffiti avait amassé des fonds pour son départ. Depuis, Stéphane est retourné en Chine, a cofondé une entreprise qu’il partage avec ses meilleurs amis et a voyagé aux quatre coins du monde.

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Si Stéphane est aujourd’hui père d’un garçon de 6 mois et gère son portefeuille en fonction de l’avenir de sa petite famille, il n’en a pas toujours été ainsi. Lors de son premier voyage d’une durée de 6 mois en Chine, et dans les années suivant son retour, «la débauche était de mise», admet-il.

À son retour d’Asie, Stéphane figure comme cascadeur dans Roller-ball, un film hollywoodien tourné à Montréal. Avec la bonne cagnotte que ce contrat lui octroie, Stéphane se paie la vraie vie de party. «Pendant quelques mois, je me tenais avec ma petite gang hiphop. J’avais de l’argent, on cruisait, on sortait. C’était la belle vie. Mais je me suis vite rendu compte que l’argent n’est pas éternel.»

C’est en procédant à ce que Stéphane appelle un reality check qu’il a décidé de se «touner de bord». «J’avais juste envie de faire le party. Ce n’était pas nécessairement mauvais pour moi, j’avais vraiment du fun là-dedans. Mais je me tenais avec des gens qui n’étaient pas là pour les bonnes raisons, je négligeais mon patin aussi», avoue-t-il avec lucidité.

La Chine de Stéphane

Stéphane s’envole alors pour un nouveau voyage en Chine: «le premier mois a vraiment été difficile. Ça faisait trop longtemps que je n’avais pas patiné. Ça m’a pris au moins un mois pour reprendre mes habiletés!» Au cours de sa première visite dans ce pays, Stéphane a pratiqué son anglais pour la première fois de sa vie. Cette fois, c’est la profonde découverte de la Chine et de sa langue, le mandarin, qui attend le jeune désillusionné. Il y restera 3 ans!

Dans ce deuxième périple en terre asiatique, le jeune homme travaille ses façons de dépenser. Ce n’est cependant pas uniquement pour changer ses mauvaises habitudes qu’il a entamé ce voyage. Il veut également comprendre ses impulsions: «Moi, j’ai grandi dans Hochelaga. Je n’enlève aucun crédit aux gens de là-bas, je suis très attaché à ce quartier, mais je me souviens qu’avec mes amis, on devenait facilement agressif. C’était ça ma réalité.»

L’aventure et les rencontres permettront à Stéphane de se faire une nouvelle idée de tout ce qu’il apprécie dans la vie. Grâce à sa deuxième figuration importante comme cascadeur dans un film tourné en Chine avec Jackie Chan en tête d’affiche, Stéphane Julien revient au Québec l’esprit déterminé. «Ce tournage a vraiment confirmé mes aspirations de cascadeur.»

Fun professionnel

De retour à Montréal en 2004, Stéphane ne perd pas de temps pour tout mettre en oeuvre afin de réaliser son rêve. Un rêve qu’il n’est pas seul à partager. Avec 3 de ses amis adeptes du sport extrême, il crée l’entreprise de cascadeurs Fast Motion.

Pourtant, Stéphane mentionne que le travail de cascadeur est très individuel et demande beaucoup de sacrifices  personnels. «Parce qu’on était 4 gars qui se connaissaient très bien et qu’on voulait tous faire le même métier, on s’est rassemblé sous une même bannière. Quatre énergies qui poussent dans le même sens, ça peut juste valoir mieux qu’une seule!»

Aujourd’hui, Fast Motion fait du cinéma, de la télé, des performances live, des publicités, des conférences dans les écoles et de la production vidéo. À 28 ans, Stéphane Julien peut se vanter d’avoir voyagé dans l’Ouest canadien, en Russie, en Argentine, en Afrique et en Asie. Tout ça pour le compte de l’entreprise qu’il a créée avec ses quatre meilleurs chums.

«On a gagné une certaine notoriété avec les années. On peut considérer que notre réputation est bien bâtie», explique Stéphane. «C’est là et nous on s’amuse tant que ça dure. Pis c’est de ça dont je suis le plus fier: j’ai réussi dans la vie en m’appliquant dans un job basé sur le plaisir!»

Reflet de Société, Vol 18, No. 3, Juin/Juillet 2009, p. 16


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