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Public Enemies de Michael Mann

Par Geouf

Public Enemies de Michael Mann

Résumé : Etats-Unis, 1933, la crise financière est le terreau propice à la naissance du grand banditisme. John Dillinger (Johnny Depp) est l’une des figures emblématiques de ces bandes de braqueurs de banque organisées qui se rient de la police en commettant leurs forfaits dans différents états. J. Edgar Hoover, chef du tout jeune FBI, confie à l’agent Melvin Purvis (Christian Bale) le soin de mettre sur pied une équipe chargée de traquer Dillinger et sa bande dans tout le pays.

Un nouveau film de Michael Mann est toujours un événement pour tous les cinéphiles de la planète. Réalisateur de chefs d’œuvres tels que Heat, Le dernier des Mohicans ou encore Révélations, Mann a acquis une telle réputation au fil des ans qu’il donne maintenant l’impression de ne plus répondre qu’à lui-même. En effet, depuis les excellents Ali et Collatéral qui lui ont permis de découvrir le tournage en haute définition, le réalisateur semble vouloir pousser de plus en plus loin ses expérimentations cinématographiques, au point peut-être de commencer à s’aliéner une partie du public. Avec Miami Vice en 2006, Mann avait déjà franchi un cap, proposant une expérience quasi sensitive, dans laquelle le scénario se réduisait à quelques lignes et les personnages se définissaient par leurs actions et leurs non dits plus que par les dialogues. En résultait un film hybride, à la fois impressionnant visuellement (rarement scènes de fusillades n’ont eu une telle intensité et n’ont parues aussi réelles) mais souvent totalement désincarné (les deux acteurs principaux sont de simples pantins au service d’un script déjà vu des centaines de fois). Bref, l’annonce de la mise en chantier de Public Enemies, biographie du célèbre braqueur de banques John Dillinger, inquiétait tout autant qu’elle motivait (après tout, Mann a réalisé avec Heat le film de braquages ultime).

Public Enemies de Michael Mann

Une fois de plus tourné en HD, le film s’ouvre sur une percutante scène d’évasion au cours de laquelle Dillinger vient récupérer les membres de sa bande. Une scène très bien fichue, qui impose immédiatement Johnny Depp en Dillinger (et pourtant ce n’était pas gagné) et rassure quant aux capacités de Mann à fournir du cinéma qui dépote. Mais le soulagement sera de courte durée, puisqu’à l’instar de Miami Vice, Public Enemies est clairement un film gangrené par les velléités expérimentales de son réalisateur. Car si Mann sait toujours manier une caméra comme personne (impossible de lui enlever ça), c’est cette fois du côté du montage que le bât blesse. Le manque de dynamisme est prégnant (surtout dans la première moitié du film), ce qui ne laisse pas d’étonner. On s’ennuie souvent ferme, on est gêné par des transitions brutales entre certaines scènes, par la présence ou non de musique à des moments incongrus, et surtout par le manque de fil rouge du film. On ne sait pas quel angle Mann veut donner à son œuvre : l’histoire du braqueur, de l’homme que l’amour perdra, de la création du FBI ? Le film parle de tout cela à la fois, mais n’approfondis jamais suffisamment ces différents aspects pour intéresser. Du coup, on a beaucoup de mal à s’attacher aux personnages (et il faut avouer que la VF sans relief dans laquelle j’ai vu le film n’a pas dû aider). Bale et Depp ont beau se démener à l’écran, on ne ressent que peu de sympathie pour eux, la faute à un film qui s’attache à des détails mais oublie de pousser les éléments importants (la popularité de Dillinger au sein de la population, cause première de l’acharnement de Hoover) qui pourraient nourrir le mythe. Venant de l’homme qui a créé un face à face de légende entre de Niro et Pacino, c’est un peu étonnant…

Public Enemies de Michael Mann

La deuxième moitié du film, centrée sur la cavale de Dillinger et sa bande après leur évasion, est plus dynamique mais peine à rattraper les errements du début du film. Encore une fois, certaines transitions malheureuses cassent le rythme du film est perdent le spectateur (le braquage en coopération avec Baby Face Nelson tombe comme un cheveu au milieu de la soupe), mais cette seconde partie est plus convaincante. On s’attache enfin un peu à Dillinger, qui se révèle être un homme complexe, intègre envers ses amis et respectueux des « innocents », mais qui n’hésite pas à tuer de sang froid les hommes des forces de l’ordre s’il le faut. Son histoire d’amour avec Byllie (Marion Cotillard) décolle enfin lorsque celle-ci est faite prisonnière (avant cela, on a du mal à voir ce qui la différencie des autres « poules » de Dillinger) et se fait torturer par un agent un peu trop zélé. Enfin, en une poignées de séquences, Mann réussit ce qu’on attend de lui : faire naître de l’émotion. Dans le regard dégoûté de Bale devant les agissements de son subordonné (l’acteur est enfin un peu moins monolithique), dans la folie de Baby Face Nelson qui tire sur les clients d’une banque sans aucune justification, ou encore dans la mort théâtrale de Dillinger. C’est un peu tard malheureusement, mais on arrive tout de même à verser in extremis une petite larme.

Film hybride et malade coincé entre son statut de blockbuster et son hermétisme dû aux expérimentations de son réalisateur, Public Enemies continue malheureusement à creuser le fossé entre Michael Mann et son public. Il ne faudrait pas que le réalisateur autrefois célébré persiste dans ce quasi autisme artistique sous peine de s’aliéner ses derniers fans…

Note : 6/10

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