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Le livre et mes métiers. 4. Auteur

Par Pmalgachie @pmalgachie
En guise de feuilleton pour attendre la rentrée littéraire, le partage d'expérience se poursuit. Avec des hauts et des bas. Auteur, ce n'est certainement pas ce que j'ai fait de mieux dans la vie, même si le résultat peut impressionner (d'autres que moi): une bonne centaine de livres publiés - mais la très grande majorité sous pseudonyme (j'en ai créé une longue liste) et sur des sujets qui ne m'intéressaient pas du tout. A quelques exceptions près: je revendique volontiers la démarche volontariste qui m'a conduit à écrire d'abord deux livres sur la marche et le jogging, un peu avant la grande vogue de ces sports; je suis heureux de m'être replongé dans Voltaire pour un aide-mémoire; d'avoir comparé les écrits intimes de Colette à ses romans pour décrire les maisons qu'elle a habitées; d'être allé au Rwanda, deux fois, pour un petit récit de voyage subjectif; d'autres, aussi, dont un recueil de textes de fiction qui m'a valu un petit prix littéraire.
Ne cherchez pas ces ouvrages: ils sont tous épuisés, je crois. Et c'est sans doute très bien ainsi. De toutes les commandes qui représentent l'essentiel de ce que j'ai publié - il fallait vivre -, un seul titre a surnagé. Réimprimé chaque année depuis 1986, il est ce qu'on appelle un "long-seller".
Peut-être d'autres existent-ils encore, mais à l'étranger - en réalité, je l'ignore. Quelques-uns de mes livres ont été traduits en espagnol, en néerlandais, en portugais, en allemand, en italien. Bon, ça fait plaisir. Mais, avant cela, quelle torture!
Je vous raconte, sur le ton employé pour relater un exploit sportif, la première grosse commande que j'ai acceptée: une série de douze petits ouvrages à livrer dans l'urgence. Le premier était plus épais que le précédent, parce que des éléments en étaient repris dans les autres. Mais ensuite, il fallait donner tous les cinq jours un manuscrit de 72 pages. Et je travaillais toute la journée à 60 kilomètres de chez moi...
J'ai appliqué la seule méthode qui devait m'obliger à y arriver: un soir sur cinq, après avoir mangé un morceau à mon retour, je m'enfermais à sept heures dans une petite salle de bain glaciale (la maison n'était pas chauffée et la pièce la moins volumineuse était la seule où ma chaleur corporelle ajoutée à celle du moteur de la machine à écrire électrique pouvait maintenir la température au-dessus de zéro - c'était l'hiver) et je terminais mon tapuscrit à cinq heures du matin, juste à temps pour me préparer à repartir au travail. Il y avait du défi dans la réussite de cette entreprise, et c'est probablement pour cela que j'ai tenu bon. Mais à l'extrême limite: en rentrant de l'imprimerie où j'avais déposé le dernier volume de cette série inoubliable (pour moi), j'ai été à deux doigts (voire un et demi) de me planter sur l'autoroute. Je m'assoupissais au volant...
Au moins, cette expérience m'aura appris à gérer la dette de sommeil, situation à laquelle je me suis tellement habitué que ne n'y pense plus guère. Et à prendre la décision de quitter l'emploi que j'avais à l'époque pour me consacrer, pendant quelques années, au travail de forçat d'une écriture dirigée par les contraintes éditoriales bien davantage que par mon goût personnel.
Bon, je ne me plains pas. Je n'ai pas si mal vécu cette période, même si, la lassitude mentale gagnant du terrain sur la liberté, le traitement des commandes devenait de plus en plus difficile - au point que j'ai confié l'écriture d'un de mes livres à un ami, devenu pour l'occasion mon "nègre". Même si, aussi, mon statut hors statut habituel m'a valu quelques démêlés avec l'administration - oui, il n'y a pas que les études qui me posent un problème, l'administration aussi.
Mais j'étais là, à batailler avec des mots et une machine à écrire, avec de la documentation et des éditeurs. J'en vivais. Chichement. Mais j'en vivais. Franchement, il y a pire.
Il y a mieux aussi. C'est à venir...

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