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LECTURES BRITANNIQUES ( suite )

Publié le 01 août 2009 par Abarguillet

Après avoir rendu hommage à quelques grands maîtres des lettres anglaises du XIX° siècle, nous resterons en Grande-Bretagne pour un second séjour qui nous permettra de découvrir quelques auteurs plus jeunes et même très jeunes. Nais, avant de saluer la génération montante, nous rendrons une première visite à DH Lawrence qui nous permettra d’effectuer la transition entre les deux derniers siècles. Nous avions terminé l’étape précédente avec Thomas Hardy, nous commencerons donc celle-ci avec son presque contemporain auteur du très célèbre « L’amant de Lady Chatterley » qui m’a étonné par sa très grande modernité et par l’actualité des thèmes qu’il développe. Nous rendrons ensuite visite à deux Ecossais pour ne pas oublier que les lettres s’épanouissent aussi joliment sur les landes où l’on distille le whisky tout là-bas au nord de l’île. Notre première visite sera pour Alison Louis Kennedy qui s’inscrit résolument dans la lignée de ces grandes dames qui peuplent les lettres britanniques. Avant de visiter notre second Ecossais, Ian Rankin, nous repasserons par Londres et ses faubourgs métissés pour rencontrer une jeune Anglaise issue de l’immigration qui a un talent fou et qui explosé au firmament littéraire dès la publication de son premier roman. Nous achèverons donc ce second périple en Grande-Bretagne en retournant en Ecosse pour rendre hommage au roman policier qui a lui aussi largement contribué à la renommée des lettres britanniques.

L’amant de Lady Chatterley

David Herbert Lawrence (1885 -1930)

J’avais toujours hésité à lire le chef d’œuvre de DH Lawrence, l’érotisme made in 1920 ne m’inspirait que médiocrement et je craignais de tomber dans une nouvelle histoire « bovaryenne » dont je n’avais jamais pu arriver à bout malgré plusieurs tentatives au cours de mes années « potache ». Mais la sagesse et la patience venant avec l’âge, je me suis lancé l’an dernier dans cette grande aventure et bien m’en a pris.

L’histoire de Constance Chatterley est d’une grande banalité et tout le monde la connaît, Monsieur ne peut plus satisfaire Madame mais Madame a une très bonne éducation alors elle sait contraindre son corps et rester auprès de Monsieur, là où son devoir de bonne chrétienne la requiert. Jusqu’au jour où le garde chasse met ses sens en émoi et progressivement la conquiert et l’enlève à son vaniteux mari.

En fait, L’Amant de Lady Chattterley c’est le livre de la transgression :

- Transgression sociale : la belle lady appartenant à l’aristocratie se compromet avec un vulgaire garde-chasse,

- Transgression religieuse : Constance élevée dans la foi chrétienne et la puritaine vertu anglaise ose quitter son époux légitime pour connaître les plaisirs de la chair dans l’adultère,

- Transgression sexuelle : l’épouse légitime de lord Chatterley ne se contente pas de calmer les ardeurs de son jeune corps, elle recherche le plaisir de la chair alors qu’à cette époque le plaisir sexuel était réservé aux hommes, les femmes devant se contenter de leur apporter ce service et d’assurer leur descendance.

Mais, c’est aussi le livre de la rupture avec un ordre établi qui règne alors dans la bonne société anglaise où les choses de l’esprit priment sur les choses du cœur et plus encore sur les choses de la chair. Alors que Constance et son amant sont profondément humains, ils ont un cœur qui vibre et qui aime et un corps qui palpite, qui demande et qui se donne. C’est le livre de l’être, de l’homme et de la femme de chair et de sang avec ses vices et ses vertus qui remet en cause la société de la naissance, des apparences, de la vertu et de l’esprit … supposé souvent. C’est le roman de l’amour dans toute sa pureté et toute sa vérité !
Volupté singulière de Alison Louise Kennedy ( 1965 - ... )

Madame Brindle s’ennuie ferme dans son pavillon de Glasgow où elle n’est que la femme de son mari qu’elle n’aime pas trop car il est trop velu à son goût et surtout, parce qu’il ne lui laisse guère l’occasion d’exprimer sa personnalité, la cantonnant dans son rôle stricte d’épouse modèle. Mais, un beau jour elle découvre, à la télévision, le Professeur Gluck qui est l’auteur d’un ouvrage « La Nouvelle Cybernétique » qu’elle adopte pour remplir sa vie spirituelle qu’elle a un peu vidée en perdant la foi en Dieu. Et, sous l’emprise de cette nouvelle passion, elle part pour Stuttgart où Gluck séjourne pour une conférence. Rapidement, les deux protagonistes se rencontrent et forme un couple étrange où chacun cherche à vaincre ses démons, cette, « vieille peur de mourir » pour elle et un besoin permanent d’images pornographiques pour lui. Ce couple impossible bute sur ses propres problèmes et sur le troisième personnage du trio rituel, le mari délaissé, et s’engage sur un chemin chaotique et incertain qui les conduira jusqu’au fond de leur être pour espérer un avenir possible.
Sourires de loups de Zadie Smith ( 1972- ... )

C’est vrai ça ressemble étrangement à un bouquin écrit pour décrocher le Man Booker Prize : une grande histoire avec beaucoup de personnages qui fait au moins 400 pages. Mais voilà Zadie c’est une gamine toute jeune, issue de l’immigration - comme il est convenable de préciser maintenant - qui écrit avec le talent d’une vieille anglaise, mais avec un style très personnel, des histoires de son temps et de son quartier.

Zadie nous raconte la banlieue de Londres avec ses Jamaïcains, ses Pakistanais, ses Nigérians et autres exilés qui constituent une population cosmopolite qui essaie de vivre dans la meilleure harmonie possible. Son livre colle à l’image des grands défilés festifs qui agitent Londres régulièrement au rythme de la musique pop. Est-ce le livre d’une société où toutes les ethnies se sont fondues avec bonheur dans une même famille ? Est-ce le livre de la mort des cultures des ancêtres ? Zadie ne tranche pas, elle montre bien la nostalgie du pays abandonné, la douleur des coutumes et des mœurs oubliés, mais elle n’oublie pas que le métissage peut-être aussi un moyen de vivre dans les grandes métropoles au XXI° siècle.
La colline des chagrins de Ian Rankin  ( 1960 - ... )

C’est long mais c’est bon ! Il est si rare de trouver un roman qui retient l’attention tout au long de plus de six cents pages sans jamais lasser, sans avoir recours aux habituels artifices du remplissage pour faire bonne mesure. Rankin n’est pas forcément un habitué des romans fleuves mais là, il avait besoin de cet espace pour installer son enquête dans le paysage et l’histoire écossais et surtout dans la vie d’un commissariat avec ces heurs et ses malheurs, ses vertus et ses vicissitudes.

Cette fois l’enquête concerne la disparition de la jeune et belle Philippa, héritière des riches banquiers Balfour, qui s’adonnait à la pratique de jeux sur Internet et notamment à la résolution d’énigmes proposées par un maître du jeu. Très vite l’enquête se dédouble sur deux plans différents, l’un concernant cette pratique des jeux qui peut conduire à des situations dangereuses, l’autre sur un plan plus traditionnel concernant certaines pratiques rituelles observées par l’assassin, ou quelqu’un d’autre.

Pour lire les précédents articles de Débézed, cliquer sur leurs titres :

La littérature à travers le monde - panorama   Lire sous les cocotiers 

Lire à l'ombre de Castro   Lire en Amérique centrale   Lire au Mexique

Littérature de la négritude et de l'esclavage   Lire les auteurs américains à succès

Lire au Canada francophone   Lire au Canada anglophone  

Lectures glacées mais non glaciales   Lire en Irlande   Balade irlandaise - suite

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