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Une erreur dans la géographie révélatrice ?

Publié le 02 août 2009 par Geo-Ville-En-Guerre @VilleEnGuerre

Ce qui pourrait paraître comme une erreur anecdotique a mis à mal la commercialisation des voitures Citroën dans la région balkanique. Et témoigne d'une profonde méconnaissance sur la région balkanique.
Le Figaro, "Erreur de géographie pour Citroën", 22 juillet 2009

"Le constructeur automobile Citroën a dû envoyer une lettre à l'ambassade de Bosnie à Paris pour s'excuser d'avoir «oublié» de faire figurer le territoire bosniaque sur une carte géographique d'un document promotionnel.

Grosse erreur de géographie chez Citroën. Dans une carte figurant dans une documentation promotionnelle, le constructeur automobile aurait, selon les autorités bosniaques, tout simplement oublié d'y faire figurer le pays… Une erreur telle que le directeur général de Citroën, Frédéric Banzet, s'est vu obligé d'adresser une lettre d'excuse à l'ambassade de Bosnie dans laquelle il dit «avoir arrêté la distribution du matériel, fabriqué par une compagnie externe, et ordonné la destruction des copies restantes».
L'oubli avait été souligné par les ambassades de Bosnie, de Croatie et du Monténégro qui, au début du mois de juillet, avait écrit une lettre de protestation à la direction de Citroën. Plus précisément, le territoire de la Bosnie avait été totalement supprimé des Balkans et se retrouvait partagé entre la Croatie et la Serbie. Par ailleurs, la capitale croate, Zagreb, était tout bonnement exclue du territoire croate pour se retrouver en Slovénie. Enfin, le Monténégro se voyait imputé d'une partie de ses terres au profit de la Serbie. Quoiqu'il en soit, il s'agit là d'une grosse erreur de communication pour Citroën. Pour mémoire, depuis 1990, la Croatie et la Slovénie sont toujours en pourparlers concernant la mise en place de leurs frontières.
"
Cette "erreur" témoigne d'une méconnaissance de la région balkanique. Plus qu'une erreur, c'est réellement l'existence d'un Etat, reconnu depuis 1992 et fortement médiatisé pendant la guerre de 1992 à 1995, qui est ici mise en cause. De plus, l'erreur n'est pas anecdotique pour les diplomaties des Etats ex-yougoslaves. En effet, la situation n'est aujourd'hui pas aussi stable que le quasi-silence médiatique quant à cette région pourrait le laisser paraître. L'article du Figaro souligne ainsi la dispute territoriale qui existe entre Slovénie et Croatie quant au tracé des frontières entre ces deux pays. La question se pose principalement pour la région côtière (golfe de Piran) qui met en cause le tracé des frontières maritimes pouyr ces deux pays, leur accordant une . A l'heure actuelle, le contentieux entre les deux pays pèse (parmi d'autres facteurs, tels que les criminels de guerre non jugés au TPIY) sur les négociations pour l'entrée de la Slovénie dans l'Union européenne. En témoignent ces deux articles traduits dans le Courrier des Balkans : "Conflit slovéno-croate : les pirates du Golfe de Piran", Politika, 5 avril 2009 (traduit par Ognjenka Fejic, le 15 avril 2009) et "Slovénie - Croatie : les frontières de l’UE dérapent dans l’Adriatique", Osservatorio sui Balcani, 6 janvier 2006 (traduit par Thomas Claus, 12 janvier 2006). Alors que la Slovénie défend son droit à accéder à des eaux territoriales (la côte slovène étant très étroite, l'accès à un plateau continental est déterminé par le tracé de la frontière terrestre : la Slovénie défend ainsi son désenclavement à travers son accès à la mer par le biais des eaux territoriales), "la Croatie a toujours exclu une concession sur la frontière terrestre pour des raisons que la situation de guerre avec la Serbie en 1991-1995 explique largement : toute concession territoriale, aussi minime fût-elle, à un de ses voisins sur un territoire internationalement reconnu à la Croatie était perçue comme de nature à donner un argument à la Serbie. L’intransigeance à Piran devait préserver la frontière de Vukovar" (Joseph Krulic, "Le problème de la délimitation des frontières slovéno-croates dans le golfe de Piran", Balkanologie, vol. VI, n° 1-2, décembre 2002). Si la signature d'un accord en juillet 2001 a permis de croire à un règlement du contentieux, le problème n'est en réalité pas résolu et l'accord a rapidement été contesté (Jean-Arnaud Dérens, "Toujours pas d'accord sur le différend frontalier de Piran", RFI, 24 février 2009).
Mais l'article ne souligne pas les problèmes internes de la Bosnie-Herzégovine : son inexistence sur la carte proposée sur le document publicitaire a été l'objet d'un incident diplomatique. Bien évidemment, tout Etat ainsi "oublié" aurait certainement réagi de la même façon. Mais, l'erreur est d'autant moins anecdotique pour un Etat récemment indépendant après une longue guerre meurtrière. De plus, la situation de la Bosnie-Herzégovine reste toujours relativement instable. En effet, les accords de Dayton mettant fin au conflit armé sont aujourd'hui en pourparler pour être refondés. S'ils ont mis un terme à la guerre, la solution d'une partition de la Bosnie-Herzégovine en trois entités pèse sur le développement économique (notamment par le coût financier d'un budget étatique où chaque poste majeur est représenté par trois titulaires - un Bosniaque, un Croate, et un Serbe). "La Commission des Affaires étrangères du Parlement européen s’est prononcée le 17 février 2005 en faveur d’une révision de la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, suivi par la « Commission de Venise » du Conseil de l’Europe (composée d’experts des questions constitutionnelles), condamnant le texte de Dayton, jugé irrationnel, inefficace et non viable" (Patrick Simon, "10 ans après les accords de Dayton : quelle paix dans les Balkans ?", novembre 2005, pour le site Mouvement de la paix, p. 2). Pour l'heure, aucun accord n'a abouti, et les négociations sur la révision de la Constitution de la Bosnie-Herzégovine semble stagner.
A lire :A consulter : Le blog d'Yves Tomic (Vice-président de l'Association française d'études sur les Balkans), notamment son billet sur "La réforme de la Constitution de Bosnie-Herzégovine" (daté du 28 novembre 2005).
A lire avec attention : Olivier Kempf revient sur le contexte de la démission du premier ministre Ivo Sanader dans un billet où il présente des cartes de la dispute territoriale autour du golfe de Piran. Le billet est de plus riche en liens à consulter pour comprendre cette situation (notamment un article dans la revue Regards sur l'Est).

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