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La raison du plus faible

Publié le 03 août 2009 par Ecosapiens
Jean-Marie Pelt sur le cyclé éthique

Jean-Marie Pelt sur le cyclé éthique

Qu’il me soit permis aussi de rendre hommage à un de ces personnages exceptionnels comme on en voit si peu. En plus d’être un  botaniste reconnu, Jean-Marie Pelt est un homme érudit, humble, jovial et ultra-actif.

Vous pouvez le lire sans crainte. Sous sa plume, l’histoire des plantes devient tour à tour amusante, anecdotique et intelligente. De plus,  comme une espièglerie, la métaphore sur notre société n’est jamais loin.

Vous pouvez l’entendre à la radio, dans ses chroniques hebdomadaires sur France Inter, toujours trop brèves.

Vous pouvez aussi le rencontrer. L’homme est abordable et le pétillant de son regard nous fait déjà sentir qu’il y a plein de bons mots prêts à faire sortir au détour d’une simple conversation.

Bref, on est jamais déçu.

Aussi, sans hésiter, je me suis procuré son dernier livre, La raison du plus faible.

Grâce à quelques exemples extraits principalement de Stephan Jay Gould, l’ouvrage déborde cette fois-ci le monde végétal pour parler aussi du monde animal.

Il est question, comme souvent, de s’émerveiller devant les adaptations déployées par le vivant. La question qui est posée est simple: le plus fort est-il toujours celui qu’on croit ?

Bien entendu, on pense tout de suite à la fable de La Fontaine, du lion et du rat, qui se conclut par le célèbre « on a toujours besoin d’un plus petit que soi» . On pense aussi à ces animaux microscopiques, comme les bactéries, qui finalement résistent bien mieux et qui sont capables d’anéantir le plus imposant des animaux.

Ou encore ces petits mammifères qui ont du rester petits à l’ère des dinosaures. Eux ont survécu à la catastrophe et leur descendance a pu dominer le monde. Eh oui, l’être humain est partout et l’on peut dire qu’en terme de domination du monde, homo sapiens en connaît un rayon. Pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs !

Et surtout, on réexamine la dialectique du maître et de l’esclave. L’esclave est bien dominé par le maître. Mais le maître, dépendant de l’esclave, est aussi d’une certaine manière le plus faible.

Les parallèles avec le monde économique sont tentants et Jean-Marie Pelt ne s’en prive pas.

Un extrait qui me parle particulièrement ces temps-ci où de drôles de spectres nous parlent d’OPA, de rachats, de « manger les autres avant de se faire manger» . Tandis que chez eco-SAPIENS, on a toujours eu pour souci de ne faire que ce qui nous semble cohérent, que ce qui relève non pas de la spéculation, mais de l’échange concret de bons procédés.

Où la société fait le contraire de la nature

[...]
Les multinationales ne cessent de grossir, se nourrissant par fusion amicales ou inamicales, avec leur concurrentes. Ainsi s’édifient des empires d’une puissance extraordinaire qui, grâce à des publicictés opportunes, font l’admiration de tous.
Les grandes entreprises, les grandes marques occupent les journaux, les radios, les télévisisons, même lorsqu’elles ne risquent pas de puiser des clients dans leurs cibles. A quoi sert-il donc à Areva d’occuper les écrans alors que nul téléspectateur n’ira bien évidemment acheter une centrale nucléaire ? Quant à ladite centrale, toujours plus grosse et toujours plus puissante, elle s’inscrit prfaitement dans ce phénomène de gigantisme généralisé.

[...]

Grossir à tout prix : tel est l’objectif. Et le mouvement s’accélère: toujours plus vite, toujours plus gros !

L’écologie, lorsque ses concepts s’appliquent à la révolution énergétique à venir, évolue en sens opposé: l’éolien, le solaire, l’hydrolien, la géothermie, autant de moyens de produire de l’énergie par la multiplication de petites unités. On s’étonne que les multinationales aient jusqu’ici raté le rendez-vous: contrôler dans le monde entier tout l’éolien, ou tout le solaire, ou comme le souhaiterait sans doute Monsanto, toute l’alimentation ! Certes, les instances compétentes de l’Union Européenne veillent à maintenir une concurrence pure et parfaite, selon la terminologie en vigueur, conforme aux canons du libéralisme dont Bruxelles a fait sa loi. Mais ce dogme revient à privilégier une compétition féroce entre les grands, censée permettre aux petits de consommer dans les meilleures conditions.

Souhaitons à ces petits d’être les homologues des mammifères pendant la longue ère secondaire, dans l’attente de la disparition des dinosaures, autrement dit de ces mégastructures !


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