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Danse et photographie, 1 : tensions et tentations

Publié le 02 août 2009 par Jérôme Delatour
Danse et photographie, 1 : tensions et tentations
cl. Pierre Corratgé


Je vous dois un aveu. Lorsque j'ai commencé ce blog, je n'avais en vue que de documenter la danse contemporaine. Je privilégiais donc les sites des photographes qui publiaient régulièrement de grandes galeries des derniers spectacles joués à travers le monde. Mais après avoir vu des milliers et des milliers d'images depuis plus de quatre ans (une éternité de nos jours), et être moi-même passé, modestement, derrière l'oeilleton du photographe, je suis devenu sensible à la fabrication de ces images, à ses contraintes humaines, technologiques, économiques. Et comme les favoris de ce blog permettent aujourd'hui aisément de voir en images la plupart des spectacles récents (colonne de gauche, catégorie "Photos"), je voudrais passer à autre chose et reprendre l'enquête au début, pour m'intéresser également à ceux qui, sans suivre activement l'actualité de la danse, ont cherché à la photographier.
Ecrire l'histoire de la photographie de danse contemporaine n'a pas encore été tenté. Il faudrait remonter au temps de Nijinsky, d'Isadora Duncan et de la Loïe Fuller ; je n'ai pas le temps de m'y risquer. Je me contenterai pour cette fois, en guise d'introduction, de renvoyer à l'excellente introduction de Daniel Girardin à propos de la photographe Lois Greenfield, dont l'influence est très forte (trop) aujourd'hui chez nombre de photographes de danse, ainsi qu'au stimulant petit livre d'Hélène Pinet, Ornement de la durée (1987), dans lequel sont reproduits des photographies conservées au musée Rodin (splendides photos de Ruth St. Denis par Stephanie Ludwig - tiens, une femme photographe en 1908 - et de la Loie Fuller par Eugène Druet et divers). Sans oublier le livre classique de William E. Ewing (Fugitive Gesture: Masterpieces of Dance Photography, 1987).
Dans ce premier article, je commencerai par recenser quelques photographes d'aujourd'hui, visibles sur Internet. Les recenser tous serait une tâche infinie, quoique assez aisée dans son principe : 1. googliser, 2. éplucher les mentions de droits des programmes de salles et des festivals, 3. celles des magazines et des (rares) livres consacrés à la danse contemporaine. Pour ce premier jet, je n'ai fait que googliser "photographie danse" et "images danse" jusqu'à la page 40 ; mon enquête est donc réduite en grande part au domaine français, et limitée aux seuls photographes qui présentent des photographies en ligne ; mais elle ouvre déjà des pistes, révèle des témoignages. (Soyons honnêtes : 50% peut-être des liens de cet article ne viennent pas directement de Google, mais ont été collectés au fil du temps).
Mais revenons d'abord à mon titre. Tension entre photo et danse : parce que la photographie fige, bien sûr, mais surtout parce que le photographe veut être artiste lui aussi, et ne pas être contraint par la volonté du chorégraphe. Cloué sur son siège de générale, c'est un emmerdeur au supplice. Il rêve de voir comme personne n'a vu avant lui. Pour lui, l'humilité de la photo de spectacle est une humiliation. S'il l'accepte, il se place de lui-même au ban de sa profession, il n'aura jamais les honneurs des grandes galeries d'art contemporain, sauf miracle, ou mort : le voilà photographe de presse. (Et c'est injuste : jusqu'à l'apparition du film de danse, et surtout de la vidéo - voir à ce sujet l'excellent Panorama du film de danse en France de Nicolas Villodre - la photo constituait la seule trace précise d'un spectacle vivant. Pour ceux qui, comme moi, sont sensibles aux traces, cet humble photographe joue un rôle clef).
Le photographe peut hésiter entre documenter et créer. Mais fondamentalement, cette araignée entomologiste veut traîner le danseur dans son repère lumineux. Le photographe "auteur" n'aime guère nommer les danseurs ni le chorégraphe qu'il a saisis. Il s'approprie tout.
Tension donc entre scène et studio, et par conséquent entre danseur et modèle. En studio, la photographie de danse dérive aisément en photo de portrait. Voir par exemple le Danse Jeanloup Sieff de Jeanloup Sieff (Nathan, actuellement introuvable), recueil de 46 photographies en noir et blanc de danseurs étoiles ou anonymes saisis en répétition ou en spectacle. Portrait de danseur, de corps ou d'individu ? Je soupçonne les photographes de voir dans le danseur le modèle par excellence, celui qui "sait bouger" comme personne d'autre ; outre que le corps du danseur est singulier, magnifié par l'exercice.
La tentation du nu semble bien plus forte chez les photographes, voyeurs professionnels, que chez les chorégraphes. Chez les chorégraphes et les danseurs, le nu est parfois un désir, mais le plus souvent une nécessité ressentie. La Guilhem s'est autoportraiturée nue (pour Le Monde 2, en 2004). Sans doute parce que le corps nu reste l'essence du danseur (voir à ce sujet le livre bien documenté de Jean-Pierre Pastori, A corps perdu : la danse nue au XXe siècle, 1983). Dernièrement, Malou Swinnen a photographié les danseurs de Jan Fabre nus et de front, à l'antique. Isabelle Waternaux a fait les deux : portraits en buste à l'antique, portraits nus dansants.
De la photographie de danseurs nus (ou de modèles nus, on ne sait pas toujours), il y a pléthore. Dieter Blum lui a consacré un livre, réalisé avec les danseurs du ballet de Stuttgart (Pure Dance, 2004), et Hervé Lefebvre a publié un album de portraits nus de la danseuse Jennifer Brie (Le photographe et la danseuse : un art de la calligraphie, 2004). Sur Internet, citons pour mémoire, pour prendre la mesure de ce penchant, Bruno Baudry (petit témoignage), Bryon Paul McCartney, German Peraire (un peu plus inventif que la moyenne), Steve Richard (joli mais très classique), Ernestine Ruben ("photoformances", études, de très beaux noir et blanc), Rüdiger Tantow (studio et scène, encore de très beaux noir et blanc de studio), Yvan Teulé (studio - très kitsch- et scène, moderne et classique : Noureev, Dupond...), Gert Weigelt (studio et scène), Alex Wilson (de belles études low key, mais les modèles ne me semblent pas être des danseuses). Vient ensuite le nombreux troupeau des sectateurs plus ou moins directs de Lois Greenfield (Jan Bengtsson, La Géométrie du nu de Pavel Brunclik, photographiant les danseurs du Théâtre national de Prague, la TANZ(akt!)IONEN de Rainer Klostermeier, le BallettKalender 2005 figurant les danseurs de l'Opéra du Rhin photographiés par Klaus Kampert, Karim Ramzi, Karel Vojkovsky, Beat A. von Weissenfluh...) Ajoutons Jose Manchado et Roy Volkmann, exemples parfaits du style greenfieldien : danseurs saisis en vol, représentation politiquement correcte des différentes couleurs de peau (des blancs, des jaunes, des noirs, des latinos - mais bien peu d'Indiens ?), mais corpulence demeurant uniformément athlétique. Techniquement impeccable, cette production se révèle dramatiquement peu inventive, cramponnée au plus déprimant néoclassicisme. Dans un prochain article, je reviendrai sur Lois Greenfield et l'esthétique américaine.
Dans ce panorama du nu dansant, mention spéciale à deux photographes singuliers : Jean-François Bauret, un maître du portrait corporel (voir entre autres les pages Chorégraphie1 et Chorégraphie2), et la jeune Agnieszka Podgorska, que le festival Antipodes avait très judicieusement choisie pour l'affiche de son édition 2006. Ses autoportraits corporels renvoient en effet très directement à l'esthétique du solo contemporain (hélas, son site ne fonctionne plus à l'heure où je publie ! La mauvaise monnaie chasse la bonne, refrain connu).
Entre danse et photographie, scène et studio, le juste milieu se trouve sans doute dans la salle de répétitions. C'est là qu'il y a le plus d'égalité entre les parties. Réfréné dans ses ardeurs, le photographe y trouve un espace de liberté surveillée. Il peut aller et venir, tourner autour de ses proies plus à sa guise qu'en conditions de représentation. La répétition même lui sourit, elle lui permet de réessayer le cliché raté, de varier les approches d'une même séquence, d'un même mouvement. Mais ce n'est pas lui qui mène la danse, et cette dernière conserve pleinement ses droits.
Qu'en disent les photographes ? Quelques témoignages traînent ici et là sur Internet. Sébastien Mathé a fait ses classes à l'Opéra de Paris. Il distingue nettement ses travaux de commande (photos de presse) de sa série intitulée Viva Danza, qu'il revendique d'auteur, car elle utilise la pose longue pour créer des filés de mouvement (rien pourtant de bien affriolant ni de révolutionnaire à mon goût). Comme on pouvait s'y attendre, la photo de danse classique est elle-même codifiée : il s'agit de connaître assez la discipline pour anticiper chaque figure et déclencher au moment crucial pour fixer l'extension maximale d'un jeté ou d'une arabesque.
Gérard Uféras, portraitiste et photojournaliste, amateur de ballet classique et moderne, a beaucoup photographié les coulisses des opéras. Dans une interview récente à Danzine, il témoigne : "je ne suis pas photographe de danse : je ne cherche pas à traduire une chorégraphie. Je suis photographe avant tout. J'apporte mon regard, mon interprétation de la réalité que j'observe. Pour photographier la danse, il faut la ressentir".
En 1996, Pierre Corratgé a écrit "Pourquoi je photographie la danse". Tenté par l'expérience en 1976, il essaie de photographier Carolyn Carlson sur scène. Il est aussitôt déçu : "ce sont des photos 'prises' et non pas des photos 'faites' : aucune action possible sur l'angle de prise de vue, le cadrage et la lumière. Un banal reportage qui me laisse sur ma faim quant aux relations entre ces deux arts." Peu à peu, Pierre Corratgé a fait le chemin de la scène au studio, avec une soif de "tout contrôler", de "perfection". Il recrée des segments de chorégraphie en studio, règle au millimètre les fonds et l'éclairage. Ses modèles ? Carolyn Carlson photographiée par Jean-Loup Sieff, la Guilhem par Richard Avedon (des nus)... Lois Greenfield, à laquelle il reproche cependant de sacrifier parfois l'émotion sur l'autel du spectaculaire. Si Maguy Marin figure parmi ses chorégraphes préférés, son goût de la perfection le fait cependant lourdement pencher vers les chorégraphes de la modern dance. Pierre Corratgé s'interdit de montrer aucune photo qui n'ait été approuvée par le modèle, et regrette comme moi ces "images que je trouve superbes, qui ont été récusées. C'est la règle du jeu, et c'est à ce prix que je continue à photographier."
Actuellement, en France tout du moins, la photographie de danse n'a pas bonne presse (sans jeu de mots). Sébastien Mathé : "je suis actuellement souvent déçu par la production photographique contemporaine, dans laquelle les images n’arrivent pas à exister seules et ont besoin d’un discours critique pour en expliquer le sens. S’agissant des images de Viva Danza, je souhaite qu’elles existent par elles-mêmes, qu’elles soient esthétiquement agréables à regarder". Jean-Marc Douillard, en PPS d'un article récent, s'étonne que les chorégraphes montpelliérains ne puissent pas fournir de bonnes photos de presse de leurs spectacles. "Comme d'habitude, les photos des compagnies américaines sont meilleures techniquement et proches de ce qu'on voit sur scène [...] Les autres photos du dossier de presse de Mark Morris sont des vraies photos issues d'une générale photo digne de ce nom [...] L'argument du fric pour expliquer les mauvaises photos de presse ne tient pas. Il s'agit de mobiliser des volontés".
Qu'on se le dise ! Certes, la condition de photographe de presse est de moins en moins reluisante (lire à ce propos le blog fracassant, informatif et drôle, de Frozen Piglet). La presse va mal et paie de moins en moins. Quant aux compagnies, la plupart n'ont pas d'argent pour payer des photos professionnelles. Pourtant, dans le même temps, les photographies se produisent à tours de bras. Le numérique permet d'acquérir des images à toute vitesse et à coût quasi nul, une fois le matériel amorti. Puisque le photographe de presse, moins payé, doit économiser sur quelque chose, il économise sur le tri de ses images et sur leur traitement. Est-ce la bonne stratégie ? Ne vaudrait-il pas mieux miser sur cinq photos brillantes, mémorables, plutôt que sur cinquante passables, aussitôt oubliées ? Eric Boudet vient de me confier sa fatigue de faire de la photo de presse. Il a décidé de réduire son site à la seule partie de sa production qu'il estime vraiment et souhaite passer à autre chose. Cathy Peylan, bien connue parmi les photographes de spectacle et pionnière du Web dans les années 1990, a aussi raccroché : elle ne trouvait plus de plaisir à photographier une danse contemporaine qu'elle juge "sans émotions, éloignée du corps", ni à fréquenter un milieu où la confiance entre compagnies et photographes s'essouffle trop souvent dans des problèmes de droits à l'image et d'autorisations, "envahi" de surcroît par des gens qui ne cherchent, dit-elle, qu'a "faire des images".


Comment exister quand on est photographe de danse ?

Danse et photographie, 1 : tensions et tentations
Anna et Sébastien, 2009 (cl. Pascal Ferro)


Voici donc (enfin !) un premier état des lieux de la photo de danse contemporaine en France et pays francophones voisins sur Internet, qui mêle allègrement les dinosaures et les jeunes pousses, les photographes de studio et de scène. Je passe sous silence les photographes non spécialisés qui ont pu réaliser des séries intéressantes, comme François Goudier sur la danse contemporaine africaine, de même que ceux qui figurent en permanence dans les "Incontournables" de la colonne gauche de ce blog. Je compléterai cette liste au fur et à mesure, et d'avance pardon pour les oublis sûrement nombreux que je réparerai volontiers (au besoin, contactez-moi).
A venir, des articles sur les grands pionniers de la photo de danse contemporaine, sur Lois Greenfield, et peut-être des interviews ou des textes de photographes contemporains.
• Jean-Gros Abadie, scène : il a confié des dizaines de ses photos noir et blanc au site de Cyril Maginel. Un grand moment d'archives
• Jean Barak, psychologue clinicien, scène : vingt-deux galeries, que du beau monde (Preljocaj, Carlson, Monnier, Kéléménis, Monnier, Duboc, Gallotta...)
• Steeve Beckouet publie quelques chiches photos qui prouvent qu'il fait de la photo de danse en répétitions
Patrick Berger, scène (Montalvo-Hervieu, Yves-Noël Genod, biennale du Val-de-Marne...)
• Mathieu Bouvier, scène : un petit site tout nouveau, tout beau, qu'en tout cas je n'ai découvert que tout récemment, par hasard comme il se doit. "Vidéaste-photographe" (la combinaison n'est pas si fréquente), il a travaillé sous la houlette de Charles Picq à la maison de la danse de Lyon avant d'oeuvrer ponctuellement pour le CND de Pantin depuis 2004
Cris Brégeon, scène : complice de Cathy Peylan depuis 2002, elle présente enfin une large sélection de photos de spectacles classées par... couleurs
Thierry Burlot, scène : ballet de Lorraine, Abou Lagraa, Gilles Jobin
Sandrine Cellard, scène : une petite nouvelle pleine d'énergie. Claude Brumachon, Piere Doussaint, et d'autres que je ne connais pas
• Pierre Corratgé, studio : séries Mouvement, Fenêtres : le corps très flou ou mangé par la lumière
Matthieu Davette, scène, trois galeries : Solarium Return de Nasser Martin-Gousset, Set et Adieu de François Raffinot
• Choré-Graphik, studio, projet de Sandrine Derselle ("Dine")
• Véronique Duhaut, scène, Cahiers d'Avignon : Pina Bausch, Alain Platel, Jan Fabre, Sasha Waltz. L'image de scène est un matériau auquel elle superpose une autre image, une texture. On aimerait savoir comment ont réagi les chorégraphes
Patrick Fabre, scène : photographe en Limousin depuis 1991. Une galerie consacrée à Yukiko Nakamura et deux autres à Heddy Maalem. Hélas, le site n'a pas été mis à jour depuis avril 2007
Pascal Ferro, studio : Composés, Chorégraphiés. De jolies choses, des portraits. De belles recherches sur le flou de mise au point. Pour exprimer le mouvement, Pascal Ferro mise sur des séries ou des compositions d'images qui se lisent comme des micro-histoires
Marc Gaillet, scène : photographe depuis vingt ans dans le domaine de la publicité et de la photo culinaire, il est aussi le photographe de Didier Théron, de Michèle Murray et de quelques autres chorégraphes plus occasionnellement
Raoul Gilibert, scène : Strasbourg
Ilan Ginzburg, scène, workshops : Erna Omarsdottir, La Ruée vers l'art 2005 et 2007, cie Scalène...
Marc Grémillon, scène, suisse probablement mais les photos ne sont pas légendées
• Tristan Jeanne-Valès, scène : a photographié la danse contemporaine depuis vingt-cinq ans et a monté une exposition rétrospective, Danse l'étreinte (1980-2007), visible en ligne (en tout petit !), qui a tourné en France et à l'étranger depuis l'automne 2008
• Audrey Leblanc, dont on a déjà parlé, privilégie la rencontre avec le chorégraphe ou le danseur, et l'argentique
Agnès Mellon, scène : photographe officielle du festival de Marseille depuis 2006
• Héctor Olguin, Chilien installé en France, a exposé deux fois à Micadanses, en 2005 et 2009, lors du festival Faits d'hiver. Projet Light sur le flou de bougé
Philippe Pache, scène : photographe du ballet Béjart de 1992 à 2000 et du prix de Lausanne de 1991 à 2003
Christiane Robin, scène : des photographies noir et blanc de la grande époque (années 1990 ?, hélas rien n'est daté), Pina Bausch, Preljocaj, Carolyn Carlson, Cunningham, Maguy Marin, Paco Decina, etc. etc. etc. mais aussi, plus (tout ?) récemment, Dominique Boivin
• Julia Romy, diplômée d'architecture, scène : beau travail sur le flou en couleurs et en noir et blanc, elle suit plusieurs compagnies
• Michael Serfaty, scène : gynécologue, photographe autodidacte depuis 1976, agence ses photos de scène en tableaux pour créer des compositions qui lui sont propres
• Sarah Zhiri, scène : déjà présentée ici, comme Audrey Leblanc fervente de l'argentique, de l'image rare.

e sont des photos "prises" et non pas des photos "faites": aucune action possible sur l'angle de prise de vue, le cadrage et la lumière. Un banal reportage qui me laisse sur ma faim quant aux relations entre ces deux arts.

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