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La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature

Publié le 11 août 2009 par Francisrichard @francisrichard
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature Une dictature - qu'elle soit iranienne ou libyenne - dispose d'un moyen sûr de faire plier un pays occidental qui ne lui témoigne pas une indéfectible soumission : la prise d'otages. En effet le gouvernement d'un pays occidental est prêt à tout faire pour sauver un de ses concitoyens, ne serait-ce que parce qu'il doit rendre compte à son opinion publique, ce que la dictature n'est pas absolument contrainte de faire, puisqu'elle a les moyens de museler, si besoin est, ses médias. 

Dans l'affaire Kadhafi les médias occidentaux n'évoquent même plus le motif pour lequel Max Göldi et Rachid Hamdani, citoyens helvétiques, sont empêchés de quitter le sol libyen depuis plus d'un an. Pour mémoire rappelons seulement qu'ils auraient enfreints la législation du pays sur l'immigration et sur le séjour. Cette accusation, qui sent son bidon de pétrole, est devenue accessoire. On n'en parle même plus parce que n'importe quel motif aurait de toute façon fait l'affaire pour les retenir.

Dans l'affaire iranienne il en est de même. Le régime des mollahs qui, tel Janus, a deux visages - celui du méchant Amadinhejad et celui du gentil Moussavi, comme dans les polars classiques - invoque pour retenir en otage Clotilde Reiss (photo de l'agence IRNA tirée ici du site Iran-Resist) tantôt l'espionnage, tantôt la participation à une manifestation interdite. Dans un cas comme dans l'autre la législation iranienne permet d'incriminer la jeune femme française et de la condamner à de lourdes peines de prison (voir l'article publié ici par Iran-Resist).

Sur le site de soutien à cette dernière (ici), est publié le mail qu'elle a envoyé à ses proches avant d'être arrêtée. Certes dans ce message elle mettait en liens des blogs - fermés aujourd'hui par le régime - où figuraient des images violentes des manifestations insurrectionnelles du 15 au 25 juin, mais ces images n'étaient pas plus violentes que toutes celles diffusées sur les chaînes de télévision occidentales ou sur les réseaux sociaux d'Internet.

Dans ce mail Clotilde Reiss reprenait même l'intox voulue par le régime selon laquelle le gentil Moussavi se serait fait voler sa victoire au profit du méchant Amadinhejad... Seulement, entre-temps, ce n'était plus les gentils verts qui étaient descendus dans les rues mais de véritables opposants au régime, avec lesquels il n'était plus question de prendre des gants et dont il fallait dissimuler au public la véritable insurrection.

Derrière ces prises d'otages motivées en vertu de lois, auxquelles les dictatures font dire ce qu'elles veulent,  il y a en fait de vraies raisons. Muammar Kadhafi exige des excuses pour laver l'humiliation subie par son fils Hannibal qui a eu le mauvais goût de se faire inculper pour sévices par la justice genevoise. Le régime des mollahs exige que soit reconnue l'élection d'Amadinhejad à la présidence de la république islamique et que toute idée de sanctions n'effleure même plus les cerveaux des dirigeants occidentaux.

Quand ces buts poursuivis par la Libye et l'Iran seront atteints, ou quand une somme rondelette en espèces sonnantes et trébuchantes aura été obtenue en guise de rançon compensatoire, il sera toujours temps de se montrer faussement magnanime à l'égard d'otages qui auront dans l'intervalle servis d'instruments ... pour faire céder à un chantage humiliant et jouissif les pays occidentaux voués à la vindicte populaire.

Micheline Calmy-Rey disait le 22 juillet qu'il ne restait que deux millimètres à parcourir pour conclure un accord avec la Libye (voir mon article Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres ). Luc Chatel le porte-parole du gouvernement français a parlé ce matin sur RTL d' un début d'espoir (voir Le Matin ici).

Nous sommes le 11 août et les deux millimètres de Micheline Calmy-Rey n'ont toujours pas été franchis trois semaines après sa déclaration. Peut-être le gouvernement français verra-t-il son début d'espoir récompensé plus vite. Il faut dire qu'en France aujourd'hui les gouvernants s'inspirent davantage de Machiavel que de Corneille...

Francis Richard

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