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Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 4

Publié le 17 août 2009 par Porky

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EPISODE 4 : Où Gudule entend une voix (ce qui n'est pas une hallucination) et où elle est confrontée à un terrible danger.

Emportés par une sorte de maelström d'enfer, Gudule et le Servile Séide se retrouvèrent à plat ventre dans le couloir obscur et nauséabond et ce dans un état plus que piteux. Gudule grognait quelques malédictions inefficaces et le Servile Séide, qui se remettait à peine de ses multiples fractures, gémissait à fendre l'âme. Ses plaintes eurent un effet contraire : contrariée par son incapacité à comprendre l'importance de sa rencontre avec le Magma Originel, l'horrible sorcière fila au jugé -because ténèbres environnantes- quelques beignes et coups de pied qui firent taire son malheureux compagnon. « Sais-tu au moins où nous sommes ? » interrogea bêtement Gudule, comme si une idée avait pu traverser le cerveau béant du Servile Séide. « Non », fut la réponse et Gudule ne fut pas étonnée mais seulement encore plus contrariée. « On n'y voit rien, dans ce couloir qui pue », grogna-t-elle. « Mais ton intelligence suffit pourtant à l'éclairer, ô lumière de mes yeux », articula le Servile Séide tout à fait convaincu de la véracité de ses propos et inconscient de l'ironie qu'ils contenaient.

Alors que Gudule, qui avait eu quelques doutes sur lesdits propos, s'apprêtait à le frapper une fois de plus, une voix s'éleva de nulle part. « Appuie sur le bouton qui clignote sur ta gauche, crétine. Tu auras de la lumière. » « Il n'y a pas de bouton, voix inepte ! » répondit Gudule du tac au tac. « Et ça, c'est quoi, demeurée ? » Et au même instant, la sorcière vit effectivement une lueur qui clignotait à quelques mètres d'elle. Elle obéit à l'aimable injonction et le couloir se trouva tout à coup éclairé comme en plein jour, ce qui lui permit de voir le décor qui l'entourait.

Il n'avait rien de spécialement attirant, ce décor. Un sol de terre battue, et des rochers noirs de chaque côté du couloir. Rien d'autre. « Et je fais quoi, maintenant ? » demanda-t-elle. « Tu suis les flèches jaune fluo, rétorqua la voix. Elles te mèneront à mon antre. » Gudule hésita un instant. « Mais qui êtes-vous donc ? » s'enquit-elle. « Je suis le Caribou Maléfique, celui dont tu veux obtenir une minute d'entretien. Je te l'accorde à condition que tu ramènes tes miches sans traîner ! » Et la voix se tut définitivement. « Holà, Séide, fit Gudule en secouant son compagnon. Nous sommes attendus. Dépêche-toi, larve asthmatique, suivons les flèches. »

La déambulation dans le couloir se révéla assez aisée dans la mesure où, à chaque croisement, une flèche indiquait le chemin à prendre. Ainsi Gudule et le Séide cheminèrent-ils pendant un certain temps en silence -fait remarquable qui se doit d'être souligné- jusqu'au moment où leur parvinrent aux oreilles le même gargouillement étrange qu'ils avaient entendu au moment de leur arrivée au centre de la terre. Ce ne pouvait pas être le Gardien du Noyau. Qui produisait des sons aussi bizarrement énervants ?

Ils eurent la réponse au détour d'un couloir : assise sur un rocher, un baquet plein d'eau à ses pieds et une planche à laver posées contre sa cuisse, une femme très maigre nettoyait ce qui pouvait être un vêtement tout en « fredonnant » ce qui pouvait être une chanson. Le son se limitait néanmoins à un feulement d'agonie. « Qu'est-ce que c'est que cette greluche ? » dit Gudule en fronçant les sourcils. La femme maigre releva la tête et lui adressa un sourire. « Bonjour, visiteuse d'en haut, lui dit-elle, mais si bas que Gudule dut s'approcher pour l'entendre. Je suis heureuse de te voir. Tu vas devoir passer l'épreuve avant d'aller plus loin. » Elle parlait avec un accent bizarre qui ajoutait à la difficulté de comprendre ce qu'elle racontait.

« Je suis attendue par le Caribou Maléfique, dit Gudule, hautaine. Alors, tes conneries, tu te les gardes pour quelqu'un d'autre. » « Je sais, rétorqua tranquillement la femme maigre. Mais tu dois quand même passer l'épreuve. Je ne saurais m'écarter de ton chemin avant. » « Je vais te flanquer une baffe qui t'écartera quand même ! » menaça Gudule en levant la main. Mais du baquet s'éleva une énorme gerbe d'eau qui faillit noyer la sorcière ; puis, au cas où elle n'aurait pas été convaincue, le vêtement s'arracha des mains de la femme maigre et vint s'aplatir sur la figure de Gudule, menaçant de l'étouffer dans les plus brefs délais. « Ca va, on a compris, intervint le Servile Séide. En quoi consiste cette épreuve ? » « Oh, elle est très simple, dit la femme maigre. Il va vous falloir résister à mon chant. Je ne m'écarterai qu'à la condition que vous m'écoutiez interpréter trois chansons. Alors, seulement, le baquet se tiendra tranquille, de même que ma planche à laver. »

« Ca va être horrible », geignit le Servile Séide. « Assez, oui, approuva la femme maigre. Je n'ai absolument aucune voix et je fais fuir tous ceux qui ont l'oreille un tant soit peu musicale. Mais c'est comme ça. » Pendant qu'elle s'énonçait, Gudule regardait autour d'elle, à la recherche d'une arme quelconque. Une idée jaillit soudain dans son non cerveau. « Baisse-toi, Séide, et ramasse de la terre, commanda-t-elle. Fais-t-en des bouchons d'oreilles et colle-toi ça dans le conduit auditif. Ca devrait suffire. » Aussitôt dit, aussitôt fait. A peine avaient-ils fermé les écoutilles que la femme maigre, qui avait saisi une guitare apparue brusquement sur sa droite, se mit à chanter. Sa voix ne parvenait que de très, très loin aux oreilles de nos héros ; aussi purent-ils endurer malgré tout cette torture qui consiste à subir des chuintements aussi longs que disgracieux. Au terme de son récital, la femme maigre posa sa guitare et fit un grand geste en direction de Gudule et du Séide. « Vous avez résisté, dit-elle. Passez. »

Comme on avait encore les oreilles bouchées, on ne comprit pas ce qu'elle racontait. Il fallut que la voix s'élevât un peu plus haut que le murmure pour que Gudule arrive à saisir qu'elle ne chantait plus mais qu'elle parlait. Elle enleva ses bouchons. « Vous êtes très forts, dit la femme maigre. Vous avez brillamment réussi l'épreuve. Rares sont les visiteurs qui résistent au chant de Jane B. » « Oh, vous savez, quand on a entendu Carla B., on résiste à tout, répliqua Gudule. On peut y aller, oui ? » « Je vous en prie ! » lui fut-il répondu et Jane B, le baquet, la planche à laver et le « vêtement » disparurent comme par enchantement.

« Elle nous a fait perdre du temps, cette pétasse, commenta Gudule. En route, Séide. J'espère que le Caribou Maléfique ne s'impatiente pas et qu'il n'y aura pas d'autres épreuves à surmonter. »

(A suivre)

(Les espoirs de Gudule se réaliseront-ils ? Elle et le Séide parviendront-ils à l'antre du Caribou Maléfique ? Et l'Affreuse Sirène Jane B. va-t-elle encore frapper ?... La Marsupilania's band devra-t-elle l'affronter ? L'auteur hésitant entre plusieurs solutions... voir au prochain épisode le résultat de ses cogitations.)

 


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