Magazine Culture

Les Murs d'Avignon

Par Viviane Michel

"Le temps a donné à ces pierres si égales, si bien jointes, d'un si beau poli, une teinte uniforme de feuille sèche qui en augmente encore la beauté" (Stendhal).

Stendhal, qui fit de nombreux séjours à Avignon, n’a pas été insensible à la beauté de ces vieilles pierres qui entourent de façon élégante la vieille ville. Prosper Mérimée, en tant qu’inspecteur des monuments historiques, a beaucoup œuvré pour la sauvegarde et la réhabilitation de ces murs. Un projet de chemin de fer devait démolir toute la partie des remparts côté Rhône.La gare se serait trouvée aux allées de l’Oule. Prosper Mérimée s’y est opposé énergiquement. Viollet le Duc a procédé à une restauration « à l’ancienne » en 1860. Depuis cette date, la ville continue de protéger ces murailles en créant des espaces verts autour des remparts, empêchant ainsi les véhicules de se garer. Les remparts d’Avignon ont été bâtis avec une pierre calcaire tendre et très abondante dans toute la région appelée communément « pierre du Midi » et « molasse burdigalienne » par les experts.

Les remparts actuels mesurent 4.330 mètres , la surface prisonnière est de 151 hectares et 71 ares, trois fois et demi supérieure à la superficie qu’entourait l’ancien rempart, autrefois ils étaient hauts de huit mètres environ. Au XIVe siècle, on pouvait compter douze portes inscrites dans des tours carrées possédant des ponts-levis. Aujourd’hui, il ne reste que quatre portes: ce sont les portes Saint Lazare, Saint Michel, Saint-Roch et de la Ligne, cette dernière ayant été reconstruite en 1755 dans le style classique. Il y a aussi trente-six autres tours et cinquante-six échauguettes.

Avant le rempart actuel, il y eut plusieurs enceintes :

Une image pour vous donner une idée:

avignonoriginal1

L’enceinte romaine ( ne figure pas sur le plan) : dès le 1er siècle, on a la certitude que des fortifications existaient déjà comme dans toutes les autres villes marchandes qui étaient obligées de se protéger. Des remparts entouraient la ville haute c’est-à-dire le rocher, la place du Palais et le forum qui se situait à l’endroit où se trouve la place de l’Horloge. Le rocher avait un rôle de mirador pour la surveillance et de refuge en cas d’agression du fleuve ou des assaillants.

Hélas, seule l’hypothèse, approuvée plus tard par de nombreux autres historiens, que nous a laissée Sylvain Gagnière après de savantes et rigoureuses recherches, nous a permis de trouver le tracé de cette première enceinte édifiée par les Romains au début de notre ère.

Voici donc à peu près ce tracé de l’enceinte romaine:

-À l'ouest : rue Petite-Reille, rue des Grottes, rue Racine, rue Bouquerie. 
-Au midi: les rues Collège d'Annecy, des Etudes et Crucifix.
-À l'est : les rues Four de la Terre, Chapeau Rouge,  Oriflamme et Sorguette.
-Au nord : le rattachement à l'oppidum du Rocher des Doms se situerait vers la rue de la Forêt et la chapelle des Pénitents noirs.

Après que les populations ont été décimées par les guerres et les épidémies, à la fin de l’Empire Romain, d’autres murs entouraient la ville. Les survivants étaient venus se réfugier autour du Rocher et on délimite l’enceinte réduite à peu près comme suit :

Rue Petite-Fusterie, rue Félicien David, rue Favart, rue de l’Arc-de-l’Agneau et rue de la Peyrollerie.

L’enceinte du XIIe siècle (en vert épais sur le plan) : c'étaient deux murailles espacées avec des larges fossés au milieu ; la muraille intérieure avait un peu la forme carrée de l’enceinte romaine précédente, et l’autre était plus arrondie et se repère très bien sur les plans de la ville. Les eaux de la Sorgue et de la Durançole coulaient dans les fossés renforçant la protection de la cité. En 1226, Louis VIII, fait abattre une grande partie de ces murailles et interdit à la ville de les reconstruire pendant cinq ans.

Un nouveau rempart est construit par les Avignonnais de 1234 à 1237. Son périmètre s’étend vers l’extérieur d’une quarantaine de mètres.

Voici son tracé d’est en ouest : rues des Trois-Colombes, Campane, Philonarde, Lices, Henri Fabre, Joseph Vernet et Grande-Fusterie. À l’angle des rues Saint-Charles et Joseph Vernet, un fragment de cette muraille grossière est à l’air libre. D’autres fragments de ces vieux murs ont été retrouvés au cours de prospections archéologiques. Les autres souvenirs de ce rempart du XIIIe siècle sont les noms des anciens portails et vous les rencontrerez en suivant l’itinéraire cité précédemment : Portail Matheron, Portail Peint, Portail Boquier, Porte Evêque, Portail Bienson etc…Ces portes sont restées en place jusqu’au XVIIIe siècle.

Enceinte du XIVe siècle (c’est-à-dire le rempart actuel, en noir fractionné sur le plan) : édifiée entre 1355 et 1370 environ, sous les pontificats d'Innocent VI et d'Urbain V, les remparts d'Avignon sont parmi les mieux conservés de France. Avignon est alors la ville où se trouve le pape et la population s’accroît de façon impressionnante et s’étale dans les bourgs nouveaux à l’extérieur des murs. De nouveaux quartiers se développent, grâce aux initiatives privées, à l’abord des portes et des couvents à l’extérieur de la première enceinte. Mais bientôt la sereine prospérité d’Avignon laisse percer de nouvelles menaces. En cette époque de la guerre de Cent Ans, des bandes de routiers semaient la terreur dans la région et les débordements du Rhône revenaient inlassablement. Innocent VI  veut protéger sa ville et entreprend la construction de remparts qui mettront à l’abri ces nouveaux bourgs. Les travaux durent plus de dix ans : on creuse des fossés, on fait des clôtures, on place des portails en bois ; puis en 1359, on remplace l’enceinte provisoire par les murailles de pierres. En 1366, douze chantiers étaient à l’œuvre en même temps dans la ville. Les mécènes de cette construction furent la Chambre apostolique et quelques emprunts lancés par les deux papes et un impôt sur les vins, les marchandises et le sel dès 1358. Même si les remparts étaient terminés en 1372, les travaux ont continué avec Clément VII et Benoît XII.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire