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Le ralliement de CPNT : quel gain pour l’UMP ?

Publié le 03 septembre 2009 par Delits

A l’approche des élections régionales, les manœuvres ont repris du côté de la majorité présidentielle. Philippe de Villiers a ainsi annoncé qu’il intégrait le comité de liaison de la majorité et selon toute vraisemblance Frédéric Nihous, leader de CPNT, devrait faire de même. Bien qu’ayant été assez critique vis-à-vis de la politique menée par Nicolas Sarkozy notamment lors de la dernière campagne des européennes, Philippe de Villiers n’était pas très éloigné de la majorité. Il avait ainsi appelé à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, et son mouvement, le MPF, a souvent fait par le passé liste commune avec l’UMP. L’annonce de ce rapprochement devrait permettre au parti sarkozyste, au plan national, de consolider son socle de premier tour en s’adjoignant le renfort d’électeurs situés à sa droite et, au plan local (en Pays de la Loire principalement), de bénéficier de l’audience personnelle de Philippe de Villiers, atout non négligeable.

Si les bénéfices de l’alliance avec le MPF sont assez faciles à évaluer, quel sera l’apport du parti de Frédéric Nihous à la majorité présidentielle ? Les bastions de CPNT sont bien connus et comme le montre la carte suivante, ils sont plus dispersés et moins étendus que le fief du Vendéen. Ils correspondent pour l’essentiel à des zones où la pratique de la chasse au gibier d’eau ou aux migrateurs est fortement ancrée et suscite des contentieux avec les directives européennes.

nihous
 

Lors de l’élection présidentielle, Frédéric Nihous a ainsi obtenu ses meilleurs résultats dans la baie de Somme, sur le littoral bas-normand, dans le Médoc, en Brière, dans les marais charentais et de la Brenne ainsi que dans l’arrière-pays méditerranéen. Si la géographie du « vote chasseur » n’a donc guère varié par rapport aux élections européennes de 1999 ou présidentielle de 2002, le niveau en revanche n’est plus le même puisque Frédéric Nihous n’a obtenu que 1,1 % de voix contre 4,2 % pour Jean Saint-Josse cinq ans plus tôt (ce tassement expliquant sans doute l’alliance avec le MPF sous la bannière Libertas lors des européennes de juin dernier et le rapprochement actuel avec la majorité). Le succès relatif de CPNT dans ses belles années résidait dans le fait que ce mouvement était parvenu, sur un discours de défense des intérêts des chasseurs, élargi en 2002 aux ruraux, à fédérer des électeurs venus d’horizons politiques très différents ainsi que des citoyens, qui ne se reconnaissaient plus dans les partis politiques classiques et avaient déserté les isoloirs depuis de nombreuses années.

Agréger à la majorité un électorat hétéroclite de ce type peut s’avérer plus ardu que de rallier les voix villiéristes provenant très massivement de la droite. Cette difficulté pourrait aujourd’hui être en partie levée, dans la mesure où le dernier carré des électeurs CPNT ayant voté pour Frédéric Nihous à la présidentielle, serait plus homogène politiquement que par le passé, et assez clairement marqué à droite.

D’après un cumul des enquêtes Ifop menées depuis l’élection présidentielle, il ressort en effet que ce segment de l’électorat est nettement plus à droite que la moyenne du corps électoral français, même si, comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous, il existe également une composante de gauche, Modem et écologiste1 dans le « vote chasseur ».   

Le positionnement sur l’échelle gauche/droite des électeurs de Frédéric Nihous à l’élection présidentielle

 

nihous2

 

Si l’électorat resté fidèle à CPNT présente encore un profil assez bigarré, l’hémorragie intervenue depuis 2002 a renforcé son homogénéïté et son orientation droitière. Ceci rend donc plus facile un rapprochement avec l’UMP que par le passé, même si l’on voit bien que tous ces électeurs ne rallieront pas comme un seul homme la majorité présidentielle. De surcroît, des différences de comportements électoraux sont à attendre selon les régions car la base électorale de CPNT présente des profils variés selon les terroirs.

 

Le positionnement sur l’échelle gauche/droite des électeurs de Frédéric Nihous à l’élection présidentielle par grandes régions

 

Gauche

UMP

Aucun parti / Sans préférence partisane

France entière

16 %

47 %

12 %

Nord-Pas-de-Calais/ Picardie/Haute-Normandie

16 %

34 %

20 %

Basse-Normandie/Pays-de-la-Loire/Centre/Poitou-Charentes

16 %

50 %

7 %

Aquitaine/Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon

16 %

56 %

9 %

Ainsi si dans le Sud-Ouest et le Grand Ouest, où la majorité a des espoirs de reconquête, la base CPNT penche nettement à droite, et peut donc laisser escompter une bonne qualité de reports pour l’UMP, la situation est moins favorable dans le Nord. L’électorat « chasseurs » des fiefs picards, du Pas-de-Calais et de Haute-Normandie est nettement moins ancré à droite. On compte dans les rangs de ces électeurs, souvent issus de milieux populaires, une forte composante protestataire, illustrée par la proportion des personnes ne se reconnaissant dans aucun parti politique beaucoup plus forte que dans les autres régions d’implantation du mouvement. Cette base plus remuante s’est par exemple manifestée en avril 2000 lors d’incidents en baie de Somme avec Vincent Peillon et plus récemment, en mars 2009, dans des affrontements avec les forces de l’ordre à Valenciennes. Au plan politique, cette dimension protestataire a déjà conduit par le passé une partie non négligeable des électeurs CPNT de ces régions à voter pour le FN. Ce fut le cas notamment au second tour de l’élection présidentielle de 2002, où Jean-Marie Le Pen progressa significativement par rapport à son score de premier tour dans de nombreux fiefs des chasseurs et particulièrement dans la Somme ou le Pas-de-Calais. De la même façon, on peut penser que les bons, voire très bons, résultats obtenus par Marine Le Pen dans les zones rurales de Picardie et du Nord-Pas-de-Calais2, s’expliquent en partie par ces transferts de voix. Cette dernière avait d’ailleurs spécifiquement ciblé ces territoires et cet électorat puisqu’un mailing fut adressé durant la campagne à tous les foyers des communes de moins de 1 000 habitants de sa circonscription. 

L’accueil de CPNT, ou en tout cas de certains de ces dirigeants, dans le comité de liaison de la majorité présidentielle, pourrait donc permettre à l’UMP de voir revenir dans son giron une partie de ce qui reste aujourd’hui de l’électorat « chasseur » et ce d’autant plus facilement que ce reliquat est plus orienté à droite que par le passé. Néanmoins, il convient de rappeler que ce segment électoral pèse aujourd’hui assez peu. Et si cet appoint peut être utile à la majorité dans certaines régions de l’Ouest, le Front National pourrait, de son côté, capter une part de ce vote en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais. Ceci contribuerait alors à accroître ses chances de franchir la barre des 10 % et donc d’accéder au second tour dans ces régions, hypothéquant ainsi toute chance de conquête pour la droite. 


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