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Voile : pour un modus vivendi (3)

Publié le 09 septembre 2009 par Roman Bernard
Il n'y aurait donc pas 367, mais environ 2 000 burqas en France. Le Figaro a pu consulter un rapport confidentiel (pas tant que ça, apparemment) de la sous-direction de l'information générale du ministère de l'Intérieur. Le précédent rapport, lui, émanait de la direction du renseignement. Au sein du même ministère, deux directions peuvent donc effectuer deux enquêtes pour rédiger deux rapports aboutissant à deux conclusions différentes. L'une des deux, au moins, est fausse. Et l'on est plus tenté de croire la seconde, dont le caractère imprécis a un peu plus de vraisemblance que la ridicule précision, à l'unité près, de la première. Il n'empêche que cette double communication tend à rendre douteux tout chiffre émanant du ministère de l'Intérieur.
Rien n'empêche donc à l'homme de la rue de penser que le chiffre est sous-estimé.
Ah, mais, attendez une minute, comme disent nos amis d'outre-Manche et Atlantique...
On apprend finalement qu'après avoir fait pousser aux journalistes et aux blogueurs un lâche soupir de soulagement (d'appeasement, devrais-je dire), le ministère reconnait, in fine, que son chiffre de 367 était un faux : il s'agissait « d'un échantillon et bien entendu pas du chiffre global ». On avait deviné.
Je m'apprêtais à fermer l'onglet du figaro.fr, me disant que, 2 000 ou 367, la moindre burqa ou le moindre niqab était de toute façon indésirable, quand j'ai repensé à une phrase de l'article que j'avais survolée au premier abord :
« [La mission parlementaire sur la burqa va] consulter les bailleurs sociaux, très proches du terrain, ou encore les rectorats qui sont au courant lorsque se posent des problèmes d'identification des mères à la sortie du primaire. »

« Des problèmes d'identification des mères à la sortie du primaire »... mais en voilà une, de raison pour justifier le modus vivendi que j'ai défini en février et juillet derniers ! La sortie de l'école, i.e. la rue, est un espace public comme un autre. Pour s'assurer qu'il s'agit bien de la mère allant chercher ses enfants, et non d'un kidnapping, il faut que son visage soit apparent. Pour éviter d'avoir à parlementer pour lui demander de bien vouloir se défaire de son pilori de tissu, il faut qu'elle y ait renoncé dès le pas de la porte de son appartement. Et puisque l'on exige de la mère allant chercher ses enfants à la sortie de l'école d'afficher son visage, on ne va pas s'ingénier à savoir si le fantôme (dé)ambulant que l'on devine se mouvoir sous sa prison de toile va chercher ou non ses enfants à la sortie de l'école. Partant, on exige de chaque personne qu'elle affiche son visage, et on interdit ainsi rationnellement la burqa.
Messieurs (ainsi que Mesdames et Mesdemoiselles bien sûr) les opposants à une loi d'interdiction de la burqa, vous avez perdu. Intellectuellement du moins.
Politiquement, vous n'avez gagné que dans la mesure où les Chamberlain et les Daladier au petit pied qui peuplent les palais de la République sont incapables du courage politique qui consisterait à exiger le strict minimum. Avant qu'ils ne soient remplacés dans ces mêmes palais par d'autres dirigeants, sûrement moins conciliants.
Je précise, en conclusion à ce genre d'article qui donne à son auteur la satisfaction d'avoir raison, que je ne veux pas entendre une fois de plus les arguments spécieux sur la présence de croix, de kippas, de turbans sikhs, de « troisièmes yeux » hindous, de fichus de grands-mères et de coiffes de bonnes-sœurs dans l'espace public, comme si tous ces accoutrements occultaient le visage de leurs porteurs.
Je parle des seuls voiles intégraux, dont j'ai démontré le caractère inacceptable.
Plutôt que de m'opposer toujours les mêmes arguties éculées, assumez-vous donc comme pro-burqa, on avancera un peu. Ou changez d'avis, on avancera encore plus.
Roman Bernard


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