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Publié le 15 septembre 2009 par Ladyblogue
Papi
Ca fait 3 ans ce mois-ci qu'il est mort.
Je ne me souviens pas de la date exacte. Et, entre nous, même si il me serait facile de la connaître, je ne cherche pas à la savoir. Je ne les aime pas les dates. Pas celles-ci, les solennelles qui  marquent votre douleur au fer rouge sur le calendrier, comme si ça ne suffisait pas.
Je me souviens que c'était un dimanche, gloomy sunday, un dimanche soir.
Il est parti tout seul, dans sa putain de chambre blanche et verte. Chié. Tout seul alors qu'ils auraient pu rester avec lui, jusqu'au bout. Pas juste débrancher la machine et se sauver.
Il y a des priorités même dans les détresses.
Je me souviens de lui vieux. Mais est-il possible de se souvenir de son grand-père jeune ?
Je me souviens de ses cheveux  très fins, d'une douceur impensable. Je me souviens que j'aimais lui caresser la tête pour sentir les poils blancs, le crâne moelleux.
Une cotte bleue, des polos grenats comme en acrylique, mais certainement d'une matière beaucoup plus chaude, beaucoup plus "traditionnelle", un couteau dans sa poche - toujours la (le) même - et évidemment une casquette vissée sur la tête. Je me rappelle du pli qui avait marqué la peau plissée à force d'en porter. Quand il est mort, c'est ce que j'ai voulu garder de lui, sa casquette. Enfin, l'une d'elles.
Je me rappelle aussi de ses mains, fripées, calleuses, toujours croisées derrière son dos.
Je me rappelle de sa bouche, souvent accompagnée d'une fleur de liseron blanche.
Je me souviens de ses chaussettes. Des vraies chaussettes de grand-père. Chaudes, longues, sombres.
Je me souviens de ses cuites, nombreuses, habituelles ; de ses coups de gueule avec ma grand-mère, nombreux... habituels. Je me souviens d'elle lui mettant un "produit du pharmacien" dans sa soupe les lendemains d'ivresse pour qu'il paie ses écarts, pour qu'il finisse par vomir ses tripes...  "Tu vois que ca t'rend malade de boire !"... La feinte... Alors que le seul "produit" qu'il mettait dans sa soupe, lui, c'est du vin. Chabrot bon diou de bon diou !
Je me souviens de la super balançoire qui nous avait fabriquée, lui-même, de ses mains, pour nous, ses petits-enfants.
Je me souviens de sa mémoire. Incroyable de le voir jouer au tarot, des heures durant, à retenir toutes les cartes, tous les plis.
Je me souviens de ses clapiers. A défaut d'avoir un chien - "quelle horreur ! des poils partout !" vociférait la mamie ! - il avait ses lapins. Les fidèles.
Je me souviens de ses silences qui en disaient plus longs que les piaillements incessants de sa femme. Ses silences et ses regards. Quand il ouvrait la bouche, c'était pour viser juste, dans le mille, pas dans le foin.
Je me souviens de plein de choses et de si peu.
Je me souviens ne pas lui avoir dit à quel point j'aimais voir ses mains, à quel point j'aimais toucher ses cheveux, à quel point j'aimais percevoir ses silences.
Quelque part, c'est con la différence d'âge dans une relation petite fille/grand-père.
L'inconscience.
Cette putain d'inconscience qui nous empêche de dire les choses.
Cette putain d'inconscience qui nous protège du chemin inéluctable de ceux qu'on aime.


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