Le nouveau scrutin en Saxe, le 30 août 2009, a confirmé l’implantation du NPD dans le paysage politique régional : bien qu’en léger déclin, il remporte 5,6% des suffrages, suffisamment pour envoyer 8 députés siéger au Bundesrat. Les élections du même jour en Thuringe lui ont permis de frôler une représentation parlementaire, avec 4,3% contre 1,6% lors du précédent scrutin de 2004. Bien ancré à l’Est, le NPD rêve désormais de « reconquérir » l’Ouest, patrie de ses premiers succès. Comme son homologue autrichien (le FPÖ vient de remporter 25,3% des suffrages lors des élections régionales dans le Vorarlberg, contre 13% en 2004, s'imposant comme la seconde formation politique du Land), le NPD engrange les succès et, quinze ans après le FPÖ de Jörg Haider (qui se souvient que le défunt leader du parti dit de droite nationale vantait la politique sociale du IIIe Reich et s'en allait glorifier les courageux vétérans SS lors de réunions d'anciens combattants ?), opère aujourd'hui une mue sémantique pour se parer d'une façade de respectabilité, et reléguer dans les placards son attirail néonazi. Terminés les saluts hitlériens et les skinheads en tête de manifestation : place aux cols blancs, qui font illusion auprès de sympathisants honteux ! Mais sous le vernis à gogos, la nostalgie du nouvel ordre européen demeure bel et bien vivace, comme en témoignent les revendications irrédentistes du FPÖ en Carinthie, et le prurit antisémite et révisionniste du NPD en Saxe. Mais sans surprise, le NPD refuse d'être qualifié de néonazi, et s'affirme aujourd'hui de droite nationale, patriote, soucieux de défendre l'héritage culturel de l'Occident blanc ! Rengaine bien connue... Le Figaro du 22 septembre revient sur ce lissage marketing du parti.
La communication politique... et la réalité !
Les néonazis ont réussi leur pari. En dix ans, ils ont fait leur nid entre les collines verdoyantes de la « Suisse saxonne » dans la vallée formée le long des méandres de l’Elbe […] Autre victoire du NPD : il n’est plus considéré comme un pestiféré en Saxe, bien que les services de renseignements allemands le décrivent comme un parti « raciste, antisémite et révisionniste », visant à saper la démocratie pour former un IVe Reich. Selon une étude publiée récemment, un électeur sur quatre en Saxe considère le NPD comme un parti « normal ». C’est le résultat d’un changement de stratégie. Les responsables du NPD ont cessé de clamer ouvertement leur admiration pour le IIIe Reich. Ses militants ne sont plus seulement des crânes rasés portant des blousons bombers et des bottes noires. Ils se font pousser les cheveux et ont adopté de nouveaux codes permettant d’afficher plus discrètement leurs idées et de contourner l’interdiction des symboles nazis. Ils portent des vêtements de marques cannibalisées par les néonazis comme Thor Steinar (Thor étant une divinité germanique). Et se tatouent des « 88 » (le « H » étant la huitième lettre de l’alphabet) au lieu de « Heil Hitler ».
Arne Schimmer refuse l’étiquette de néonazi et se décrit comme un « nationaliste ». « Nous sommes pour une Europe des nations, mais contre la dictature de l’Europe qui a privé les citoyens de leur voix, dit-il. Nous ne voulons pas le retour à une dictature de type hitlérienne ». En Saxe, le NPD a axé sa campagne sur les problèmes sociaux et la criminalité liée à la proximité des frontières polonaise et tchèque. Mais sous le vernis de « respectabilité » transparaît vite le vrai visage du NPD. Son autre slogan électoral « Travail, famille, patrie », la maxime du régime de Vichy, n’éveille pas de souvenirs en Saxe. Comme dans les autres Länder d’ex-RDA, on y souffre d’un manque de travail de mémoire, alors que les années de communisme ont glorifié un passé de « héros antifascistes ». Arne Schimmer affirme que « le régime de Pétain a été mal jugé par les historiens. Évidemment on ne peut pas prendre Hitler comme modèle en raison de sa politique contre les Juifs et les Tsiganes. Mais le maréchal Pétain est pour nous une figure de premier plan ».
Pour expliquer le succès du NPD en Saxe, Schimmer souligne que
« les gens n’y sont pas obsédés par la culpabilité de l’époque nazie ». « On ne peut pas condamner l’histoire du IIIe Reich en bloc, finit-il par avouer. Il faut porter un regard
juste sur l’histoire et se souvenir des succès économiques et politiques de Hitler dans les années 1930. De même, il y a eu des erreurs individuelles à la Wehrmacht et chez les SS, mais on ne
peut pas parler de responsabilité collective ». Malgré la « grande coalition », dont la formation favorise traditionnellement les extrêmes, le NPD n’a aucune chance d’entrer au
Bundestag dimanche prochain. Mais en Saxe, certains s’inquiètent de la banalisation du discours néonazi et plusieurs associations de lutte contre l’extrémisme ont fini par voir le jour.
« Les néonazis ont jeté leur dévolu sur les jeunes désœuvrés, explique Tim Waurig de l’association Aktion Zivilcourage, qui s’est installé à Pirna, où le NPD a fait plus de 10% aux dernières
municipales. Ils les emmènent en randonnée ou faire de l’escalade et leur inculquent des notions comme la peine de mort pour les violeurs d’enfants. Pour lutter, nous organisons des séminaires de
mémoire, des voyages à Auschwitz et Buchenwald. Mais aussi des activités sportives et des soirées concert pour occuper les jeunes »À Reinhardtsdorf-Schöna, le NPD récolte entre 20 et 25% des voix depuis dix ans aux élections locales. Une bonne partie des électeurs vote pour le NPD à cause de son candidat local, Michael Jacobi, un plombier qui possède sa propre entreprise. « Il est aimé, c’est un gars du pays, et il vient aussi réparer le chauffage le soir de Noël s’il y a une urgence », explique le maire Olaf Ehrlich. Et d’avouer son impuissance : « Ce sont tous des gars gentils, des garçons bien élevés qui ont grandi ici et qui sont connus de tous. Comment expliquer qu’ils sont une menace pour notre démocratie »…
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