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Contes de la banlieue lointaine ~ Shaun Tan

Publié le 23 septembre 2009 par Clarabel

Gallimard jeunesse, 2009 - 96 pages - 18,00€
traduit de l'anglais par Anne Krief

contes_de_la_banlieue_lointaine
Cet album est tout simplement superbe. C'est une invitation muette à pénétrer un univers étrange et atypique constitué de quinze contes (ou histoires) au charme inqualifiable. Et chaque histoire est unique, le rythme est latent, d'une page à l'autre cela se suit mais cela ne se ressemble pas, c'est à chaque fois un monde à part, magique dans le sens fascinant, et carrément bluffant.
J'avais les yeux ronds comme des billes, la bouche bée et je dévorais chacune des histoires en plus des illustrations magnifiques. C'est difficile à décrire, c'est comme la quatrième dimension, ou l'idée de quitter ton monde pour entrer dans une dimension inconnue, avec humour et émotion. C'est fantastique, je m'étais promis de vous raconter telle ou telle histoire, et puis finalement je me rends compte que j'ai envie de les décrire toutes. Pas une plus faible que l'autre, non, tout est très bon. Avec, de plus, cette petite touche qui vous saisit, qui vous noue l'estomac et qui vous fait soupirer profondément... genre fichtre que c'est beau, comme c'est bien dit, avec beaucoup de pureté, de naturel et de poésie.
Il y a ce petit passage qui pourrait s'appliquer à l'ensemble de cette lecture, c'est extrait de l'histoire intitulée Orage à l'horizon :
Plus étrange encore sera la découverte que sur chaque petit morceau de papier figurent des mots délavés composant d'imprévisibles poèmes à peine visibles mais indéniablement présents. A chaque lecteur ils confieront quelque chose de différent quelque chose de gai quelque chose de triste vrai absurbe drôle profond et parfait. Personne ne pourra expliquer la troublante impression de légèreté ni le sourire énigmatique qui persisteront longtemps après que les rues auront été balayées.
A découvrir, pour lecteurs de tous âges.

encore des petits cailloux ...

(jouets cassés) Le scaphandrier a prononcé de nouveau son mot en japonais et tendu son petit cheval. Il nous masquait la vue, et nous ne voyions pas grand-chose, hormis Mme Cata, pétrifiée, la main plaquée sur la bouche. On aurait dit qu'elle allait s'évanouir de frayeur. Nous avions une chance insensée.
- Attends un peu, as-tu dit en plissant les yeux. Je crois qu'elle... pleure !
Et en effet, plantée dans l'encadrement de la porte, elle sanglotait de façon irrépressible.
Etions-nous allés trop loin ?
A vrai dire, nous commençions à avoir de la peine pour elle... C'est alors qu'ellle a levé ses bras maigres et les a passés autour du cou du personnage à la combinaison dégoulinante d'eau et couverte de coquillages. Nous n'avons pas vu la suite car nous étions trop occupés à comparer notre étonnement, mesuré à la hauteur de nos sourcils. Puis la moustiquaire s'est refermée et il n'est plus resté que le rectangle noir de la porte et le casque du scaphandre au milieu d'une flaque d'eau.

(nulle part ailleurs) Le béton peint en vert devant la maison, qui au premier abord devait sembler une façon originale de ne plus avoir à entretenir de pelouse, présentait aujourd'hui un aspect des plus déprimants. L'eau chaude arrivait à l'évier de la cuisine comme si elle avait dû parcourir des kilomètres pour y parvenir, avec de sérieuses réticences en prime, et parfois de couleur brunâtre. La plupart des fenêtres n'ouvraient pas assez bien pour que les mouches puissent sortir. D'autres fermaient si mal qu'elles ne pouvaient les empêcher d'entrer. Les arbres fruitiers plantés récemment avaient dépéri dans le sol sablonneux d'une arrière-cour en plein soleil et avaient été laissés sur place telles de frêles stèles sous les cordes à linge lâches, petit cimetière de toutes les désillusions. Il semblait impossible de dénicher les denrées que l'on désirait, ou d'apprendre comment demander correctement les choses les plus simples. Les enfants s'exprimaient rarement autrement que pour se plaindre.
- Nulle part ailleurs... il n'y a pas pire pays au monde, protestait incessamment leur mère, que personne n'éprouvait le besoin de contredire.
Une fois les traites payées, il ne restait pas d'argent pour les travaux.
- Les enfants, il faut que vous aidiez plus votre mère, répétait leur père.
Et cela signifiait dénicher l'arbre de Noël en plastique le moins cher et le ranger momentanément dans les combles, sous le toit. Voilà au moins une chose que l'on attendait avec impatience, et les enfants passaient le mois suivant à fabriquer leurs propres décorations, réalisant des découpages et des pliages en papier tout à fait ravissants, assis par terre, au milieu du salon, et y attachant des petits bouts de fil. Pendant ce temps-là, ils ne pensaient plus à la chaleur accablante ni à tous les problèmes qu'ils avaient à l'école.
Mais le jour où ils montèrent chercher l'arbre de Noël, ils le découvrirent collé aux poutres : il avait fait si chaud dans les combles que l'arbre avait purement et simplement fondu.

Là, vous vous dites, mais c'est triiiste ! Attendez que la page se tourne, vous ne le regretterez pas...

Shaun Tan est l'auteur de Là où vont nos pères (Dargaud, 2007) qui a été couronné par le prix du meilleur album à Angoulême en 2008.
Contes de la banlieue lointaine a reçu en 2008 l'Aurealis award du meilleur livre/roman graphique.


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