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Vincent Trouble : « Ça me permet tout de m’appeler Trouble »

Publié le 23 septembre 2009 par Titus @TitusFR

Trouble.jpgChanteur, compositeur et arrangeur belge, Vincent Trouble publiait, au début des années 1990, son premier album en solo, "Triste, beau et fier", couronné par le prix prestigieux Québec-Wallonie-Bruxelles. C'est alors qu'il assurait la promotion de cet album que nous l'avons rencontré, pour la radio CINN FM, en Ontario, le 17 novembre 1995. Aujourd'hui comédien et musicien pour la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" basée à Marseille, Vincent Trouble a récemment écrit (et arrangé) la musique du "Mime woman show" d'Elena Serra, au théâtre Montmartre Galabru à Paris, en plus d'être parallèlement un pivot de la Fanfare Opulente Wonderbrass. Le site MySpace de cet infatigable touche-à-tout est une vitrine de son extraordinaire polyvalence.

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Titus – Vincent Trouble, vous avez reçu l’an dernier (en 1994, ndr) le Prix Québec-Wallonie-Bruxelles de chanson à l’occasion des Francofolies de Montréal. Ce prix est décerné alternativement à des artistes du Québec et de la communauté francophone de Belgique. Parmi les récipiendaires, on compte entre autres Michel Rivard, Richard Desjardins, Daniel Lavoie et, côté belge, Maurane ou Pierre Rapsat. Si on regarde le profil de carrière de tous ces chanteurs, c’est tout de même assez flatteur, non, de recevoir un tel prix ?

Vincent Trouble – Oui, tout à fait. Il va falloir que je sois à la hauteur, là. Allons, je vais y arriver (rires).

Titus – Ce que j’aime, chez vous, c’est qu’on peut difficilement vous classer dans telle ou telle catégorie. Vous avez une musique qui est très personnelle et aux influences multiples. Comment vous définiriez-vous si vous aviez à dresser votre portrait musical ?

Oh, bâtard. Bâtard bruxellois qui est traversé de plein d’influences. Le rock m’a traversé, mais aussi l’accordéon, la musette, la musique tzigane, le blues… Même si finalement, j’ai très peu écouté le blues. C’est une musique que je connais peu mais qui correspond assez bien à ma voix rauque, rauque’n’roll.

Titus – Quelques éléments font désormais partie de l’image Vincent Trouble. Il y a l’accordéon, tout d’abord, qui connaît, depuis quelque temps, une seconde jeunesse au sein de multiples formations rock…

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Ca me fait bien plaisir. C’est ce mouvement qui fait qu’on est en train de redécouvrir notre musique à nous, notre musique première. L’accordéon, c’est plein de musiques différentes. On avait l’image du musette, d’Yvette Horner et du petit bal du samedi soir, mais c’est aussi la musique juive, tzigane, la musique tex-mex, cajun. Il y en a tellement ! L’accordéon est un instrument qui s’est propagé un peu partout. C’est vraiment chouette qu’il redevienne un instrument populaire !

Titus – Comment en êtes-vous venu à pratiquer de cet instrument ? Je crois que ce n’était pas votre premier instrument ?

Non, en effet. J’ai commencé avec le piano. L’accordéon est venu plus tard, sur un coup de tête. Je m’étais fait le portrait-robot d’un instrument plus léger qu’un piano que je pourrais prendre dans des jams, dans la rue. Et embarquer dans ma bagnole… Comme j’étais pianiste, je voulais trouver un instrument proche du piano mais en très léger. Je me suis dit : « bon sang, mais c’est bien sûr… l’accordéon ». Le problème, c’est que je n’aimais pas du tout l’accordéon. J’en ai quand même acheté un et puis ça fait maintenant près de six ans que je vais de découverte en découverte. J’en suis devenu un passionné. C’est un instrument fabuleux !

Titus – C’est vrai que c’est un instrument aux multiples visages, entre le diatonique et les autres.

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C’est vrai. Et en plus, ce qui est chouette, c’est qu’il peut donner une sensation de tristesse. Il peut être d’une grande mélancolie. Souvent, les gens me parlent de la tristesse de l’accordéon. Et en même temps, c’est un instrument de fête. Il y a donc les deux polarités dans cet instrument !

Titus – J’ai noté que vous aviez suivi des cours au fameux collège de musique Berkeley, à Boston. Qu’en avez-vous retiré ?

C’était la première fois que je mettais les pieds aux Etats-Unis. Ce fut un choc, naturellement ! Ce séjour a eu plusieurs incidences. C’était fabuleux, même si c’était dur pour moi. Quand j’en suis revenu, après deux ans de Berkeley, j’étais très complexé. J’étais obnubilé par la technique parce que je n’en avais pas. Ça m’a fait un peu de tort quand je suis revenu de Berkeley. Avec le temps, je réalise toutefois que ça m’a beaucoup servi parce que j’ai pu pénétrer la musique jazz, blues, surtout le jazz, et tout ce que ça comporte d’improvisation, de souplesse, que j’adapte aujourd’hui à l’accordéon et qui donne mon style à moi… Cette espèce de mélange un peu bâtard.

Titus – Vous êtes un chanteur à textes, c’est l’une de vos forces, mais on sent bien que vous accordez aussi une grande importance à la musique. Ça n’a pas toujours été le cas dans le domaine de la chanson francophone…

La réponse de Vincent Trouble dans Calypso, sur CINN FM :

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Peut-être. Ça change depuis un moment mais c’est vrai que c’est un truc que je me suis déjà dit. Avec la chanson à texte, le texte était toujours bien mais la musique n’était souvent que fonctionnelle derrière. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui a foutu la chanson française en l’air pendant un moment. Qui a fait qu’elle s’est fait bouffer par la musique anglo-saxonne qui elle, était beaucoup plus intelligemment faite. La musique avait un côté beaucoup plus prédominant mais, en même temps, le texte en face était n’importe quoi aussi. Ce qui fait qu’il y a une sorte de fusion à opérer entre les deux éléments, musique et texte. Et c’est vrai que moi, comme je suis un peu musicien à la base, c’est quelque chose que je considère de très important, cette fusion, ce travail musical qui ne doit pas non plus camoufler le chant. C’est un métier d’être chanteur, de composer et de bien arranger ! Moi, c’est ça ma vie, c’est ça qui m’éclate !

Titus – On a fait allusion aux Etats-Unis tout à l’heure. J’aimerais que vous nous parliez de votre chanson « Welcome to Atlanta » qui a fait un vrai malheur ici et qui est le premier extrait de votre premier album solo, « Triste, beau et fier ». Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’il y a derrière cette chanson. Du vécu, j’imagine ?

Oui. Je devais aller en Louisiane et je suis passé par Atlanta car je voulais absolument voir cette ville. Je voulais aller me recueillir sur la tombe de Martin Luther King. J’avais une crise de mysticisme intense. Je ne sais pas pourquoi, enfin si, parce que le racisme est un truc qui me fout les boules et parce que voilà… J’ai été faire ça l’après-midi, me recueillir. Dans les quartiers pauvres d’Atlanta. Il y a de très beaux quartiers avec des maisons en bois. Pour un Européen, les belles maisons en bois, c’est fascinant. Et le soir, en revenant d’un club de blues, je me suis payé la version plus « live », quoi. Je me suis fait casser la gueule par quatre mecs, quatre noirs évidemment. Et je sentais vraiment bien que quand ils me cassaient la gueule, il y avait de la haine, une haine qui était la haine du blanc. Je me disais en moi-même : « t’es Européen, t’y es pour rien », mais en y réfléchissant bien, évidemment que j’y étais pour quelque chose. J’avais fait mon pèlerinage l’après-midi, mais le fait de me faire casser la gueule, c’était peut-être aussi un pèlerinage. De prendre leurs souffrances, leurs galères dans la gueule. C’est peut-être ça qu’il me faut pour écrire de bonne chansons, c’est de prendre dans la tronche (rires).

Titus – Vous avez fait partie de plusieurs formations avant de vous lancer en solo. Vous avez notamment été chanteur et compositeur du groupe Big Trouble, avec lequel vous avez fait le Printemps de Bourges. Est-ce que votre style de composition était alors comparable à ce que vous avez choisi de faire en solo par la suite ?

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A mon avis, il devait être un peu plus fêlé à l’époque, un peu plus fou. Ça devait être plus aux alentours de Frank Zappa. C’étaient des histoires très délirantes que je racontais, là, et la musique aussi. C’était plus expérimental. Enfin, expérimental, entendons-nous. C’était pas de la musique dodécaphonique ou du Pierre Boulez. J’en serais bien incapable. C’était plus dans l’esprit Zappa. Il y avait une certaine dérision que j’aimais bien, que j’ai toujours aimée. Je n’aime pas que la dérision, mais il y avait ça beaucoup là-dedans.

Titus – « Big Trouble », puis Vincent Trouble. C’est ce qui vous a décidé à choisir votre nom de scène ?

Tout à fait ! J’aime bien ce nom-là. Ça me permet tout de m’appeler Trouble. J’ai tous les droits… (rires).

Titus – J’aimerais aussi que l’on revienne sur le choix du titre pour l’album, « Triste, beau et fier ». Encore un peu d’autodérision, que l’on retrouve aussi dans vos textes, quand vous évoquez les jeunes « désespoirs de la chanson française ».

Je parle un peu de ma vie. Je suis chanteur et j’en connais d’autres, des chanteurs à Bruxelles. La chanson française a traversé une crise et c’est un métier de fou de toute façon. C’est pour ça que j’en ai fait une chanson. Pour tous mes frères de combat. « Triste, beau et fier », c’est un peu ça. C’est un peu la tranche de vie que j’ai dû vivre en composant cet album. Triste, parce que c’est une sensation qui m’envahit souvent. Beau, c’est parce que je suis très beau. Et fier, parce que je n’ai pas envie de laisser tomber les bras et que je suis plutôt d’une nature combative. Pas toujours, mais la vie est un défi.

Titus – Vous avez été, l’an dernier, l’une des révélations des Francofolies de Montréal. Quel accueil y avez-vous reçu ?

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J’ai bien aimé. J’aime beaucoup le Canada. Je suis allé au Québec et en Ontario. L’amour de la chanson y est vraiment particulier. C’est un truc qui est plus vivace que chez nous, j’ai l’impression. Le public y est plus généreux, plus prêt à rentrer dedans, plus attentif aux textes aussi ! Le souvenir que j’ai de concerts que j’ai faits ici, la plupart sont vraiment très intenses, plus intenses qu’en France ou en Belgique.

Titus – Je crois que vous avez visité le Canada à plusieurs reprises, et pas seulement en solo. Aux côtés de Philippe Tasquin notamment !

C’est ça. On avait fait les Coups de cœur francophones à Montréal et on était descendus en Louisiane. Donc c’est pour ça que j’ai fait mon petit crochet par Atlanta. Avec les Frères Brozeur, aussi, qui est un autre groupe avec lequel je joue et avec lequel je suis déjà venu deux ou trois fois. C’est un peu notre terre promise.

Titus – Expliquez-nous le lien qu’on pourrait voir entre le Québec et la Belgique, par rapport à la mégapole française qui a tendance, parfois, à prendre beaucoup de place…

On est tous les deux des sous-Français. C’est vrai qu’il y a des similitudes. On se prend moins la tête que les Français, je dirais. Bon, attention, j’espère que les Français ne vont pas me lyncher… Mais il y a un côté un peu plus simple, plus familier, un peu plus complexé aussi. Quand un Québécois voit un Belge, il a l’impression de voir un cousin. C’est vrai aussi qu’au Canada, il y a une communauté anglophone et une communauté francophone et qu’il existe des difficultés de communication entre elles. En Belgique, on a la même chose avec les Flamands. Cette similitude est là aussi.

Titus – Vous avez d’ailleurs adopté des musiciens québécois pour votre tournée canadienne ?

Oui, ça me plaît beaucoup. Ils ont une technique, un feeling qui est typique du continent américain. Ce côté blues bien assimilé qu’on voit moins chez nous bien évidemment. J’aime bien mélanger mon côté plus musette ou tzigane, plus européen avec ce feeling-là...

Un extrait du spectacle "Petits exorcismes" avec Vincent Trouble, Thierry ROQUES (accordéon) et Denis Van Hecke (violoncelle) :

Vincent Trouble "Théâtre de la vie" Bruxelles 1999
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Pour en savoir plus :

Le site MySpace de Vincent Trouble

Le site de la compagnie théâtrale "Agence de voyages imaginaires" à Marseille.


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