Magazine

Les heures souterraines

Publié le 23 septembre 2009 par Vanessav
Les heures souterraines
Je lis, beaucoup, et pourtant les chroniques ne suivent pas. Manque de temps entre autres. Il y a certains livres qui me tombent dans les mains comme cela en ce moment, peu choisit et pourtant j’y retrouve une lecture entre les lignes toujours constructives. Le roman de Delphine de VIGAN, « Les heures souterraines » apporte une vision pertinente et noire du monde de l’entreprise. Moi qui ai quitté la mienne et lui trouvais des failles de communication et une violence souterraine (et aérienne), j’ai été servi par le récit.
Mathilde et Thibault sont deux personnages en prise à deux autres, désincarnés et si présents, si source de violence : Paris et le monde de l’entreprise.Mathilde était, il y a encore 6 mois, une femme épanouie dans son travail avec un poste à responsabilité. Thibault avait choisit de ne pas rester médecin de campagne et était arrivé très vite dans la capitale pour se confronter à la misère et aux humeurs physiologiques. Il était passionné par cette ville grouillante et cet accaparement par le travail.Et puis soudainement, ou par un déroulement du temps anodin, la situation devient plus grave, la violence du quotidien, sourde au départ, devient réelle. « Les heures souterraines » prennent consistance pour donner une pesanteur. Les heures souterraines *source métro parisien
L’entreprise brise peu à peu Mathilde. Ce système de fonctionnement, clos, aux conventions de communication, l’enserre comme élément perturbateur à la productivité. L’efficacité professionnelle et l’hypocrisie confortable ont, un jour, trouvé une faille humaine et un chef va l’utiliser pour anéantir ce qui a fait revivre Mathilde. Les pertes de repères professionnels se suivent, de détails, ils deviennent un engrenage déshumanisant où le silence et la honte sont les premiers maillons.De son côté, Thibault se retrouve confronté aux misères, isolements, petits et grands maux des hommes en ville. Toujours sur la brèche, en action ou dans les embouteillages, entouré de bruit, il sillonne Paris : réseaux de routes, logements en pagaille et pourtant solitude. Avec le temps et ce rendement horaire obligatoire, les relations humaines lui manquent, de celles qui stabilisent, apaisent, soutiennent. Son amour du moment manque de cette consistance, l’échange de fluides ne règle pas ce qu’il aurait pu prendre pour un décalage de rythme, de langage. Il reste maladroit de n’être pas incarné en dehors d’un lit.
La ville et l’entreprise ne permettent plus cette récupération corporelle qui donne envie d’un autre jour. Le temps défile comme les jeux de cartes personnifiés que s’échangent les mômes et au fur et à mesure, Mathilde et Thibault se perdent.
Il y a un espoir, que quelqu’un quelque part soit là pour eux. Peut-être qu’aujourd’hui, en ce 20 mai, ils peuvent se rencontrer, choquer leur épuisement, leur absence à eux-mêmes, pour revenir. « Quelqu’un qui comprendrait qu’elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l’essentiel. » Peut-être que ce manque, un deuil ou des doigts en moins, va les rapprocher, les faire se reconnaître, pour ne plus se définir « par la soustraction » mais par le soutien, la compréhension, l’adjonction de présence chaleureuse.
Ce roman fait la part belle à tous ces éléments qui perturbent le droit file des jours. Pièces à éliminer d’une entreprise qui n’a plus le temps de s’intéresser aux états d’âme, qui, à certains moments, pour certains êtres, devient une « mise à l’épreuve de la morale ». Personnes en détresse comme une galère médicale, comme perte de temps dans les transports. La déshumanisation est partout et les espoirs sont fugaces. « - Croyez-vous qu’on est victime de quelque chose comme ça parce qu’on est faible, parce qu’on le veut bien, parce que, même si cela parait incompréhensible, on l’a choisi ? Croyez-vous que certaines personnes, sans le savoir, se désignent elles-mêmes comme des cibles ?
(…)
- Je ne crois pas, non. Je crois que c’est votre capacité à résister qui vous désigne comme cible. »On aimerait croire que Mathilde et Thibault se rencontrent, même tardivement même si « Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l’édifice (…). » « Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »
Ce billet est une reprise de celui fait sur mon blog principal

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Le vigan (4)

    vigan

    Et voila que les troubles de la révolution viennent contrarier cela. On incendie les châteaux et en 1801 on exécute "Sans Peur", alias de Sollier, chef agitateu... Lire la suite

    Par  Elisabeth Leroy
    CULTURE, HISTOIRE
  • Le vigan (5)

    vigan

    Après le premier conflit mondial, la bonneterie industrielle s'installe au Vigan, mais la concurrence est grande et l'activité se restreint. L'heure de la... Lire la suite

    Par  Elisabeth Leroy
    CULTURE, HISTOIRE
  • Photographie : Thibault Stipal

    Photographe portraitiste diplômé de l’école des Gobelins en 2006, Thibault Stipal collabore aujourd’hui en parallèle de ses travaux personnels avec la presse... Lire la suite

    Par  Ervan
    BEAUX ARTS, CULTURE, EXPOS & MUSÉES, SORTIR
  • No et moi de D. de Vigan

    Vigan

    Quatrième de couverture Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les... Lire la suite

    Par  Roudoudou
    CULTURE, LIVRES
  • Thibault Quintens : Le grand départ vers l'aventure ludique !

    Thibault Quintens est un homme qui à décidé de partir à travers le monde avec comme outil fédérateur : le jeu. Un parcours de 28 000 km pour une période de 6... Lire la suite

    Par  Snakeyese
    CONSO, JEUX & JOUETS
  • Exsonvaldes by Thibault Jehanne

    Exsonvaldes au Mondo Bizarro, à Rennes, ça donne une super vidéo : Exsonvaldes - Folk Song - Last Year par sadartha [Thanks Vianney] © Monsieur Pedro... Lire la suite

    Par  Monsieurpedro
    CULTURE, HUMEUR, SOCIÉTÉ
  • Thibault Quintens : Dans le train ...

    Les trajets sont long dans le périple de Thibault et il y a de quoi faire de bonne partie de jeux dans le train. En 20h de voyage, combien de partie pouvons nou... Lire la suite

    Par  Snakeyese
    INSOLITE

A propos de l’auteur


Vanessav 1186 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog