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Notre terreur, création collective d'ores et déjà, mise en scène Sylvain Creuzevault, théâtre de la Colline, Paris

Publié le 24 septembre 2009 par Irigoyen
Notre terreur, création collective d'ores et déjà, mise en scène Sylvain Creuzevault, théâtre de la Colline, Paris

Applaudissements très nourris, hier soir, à la fin de « Notre terreur », spectacle mis en scène par Sylvain Creuzevault et qui se joue jusqu'au 31 octobre au théâtre national de la Colline, à Paris. La pièce ambitionne de raconter une partie de la brève histoire du Comité de salut public, instance créée en 1793 et qui devint peu à peu le véritable gouvernement français jusqu'à l'établissement du Directoire, deux ans plus tard.

Sur scène, une immense table autour de laquelle se retrouvent des hommes. Ils veulent coûte que coûte poursuivre une révolution menacée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières. Les spectateurs voient évoluer, dans une proximité géographique des plus intimidantes parfois, Louis-Antoine de Saint-Just, Georges Couthon, Jean-Marie Collot d'Herbois et les autres bien sûr, parmi lesquels Maximilien de Robespierre, l'Incorruptible. Mais comment les comédiens vont-ils relever le défi d'incarner de telles personnalités ?

Notre terreur, création collective d'ores et déjà, mise en scène Sylvain Creuzevault, théâtre de la Colline, Paris

Saint-Just, Robespierre et Couthon

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'accoutrement des acteurs. Les vêtements sont contemporains mais étrangement associés, une sorte d'alliance un peu foutraque. Et puis il y a la langue utilisée sur scène : un français de tous les jours, parfois chanté. Tout ce beau monde parle, parfois en même temps. On se coupe la parole, on sait aussi écouter en silence. Le Comité de salut public c'est aussi cela : le bordel, les cris, les menaces – pas seulement insidieuses -, les rancunes. Malgré cela, nous rions, nous, spectateurs. Nous rions de les entendre s'étriper pour des broutilles. Mais sommes-nous sûrs qu'il s'agit de broutilles ? Pas sûr.

Le drame qui va bientôt éclater – la mort de Robespierre – est le résultat d'une montée en puissance de forces antagonistes. Elle est là cette terreur qui deviendra ensuite La Terreur. Nous, spectateurs, nous la voyons naître, nous pouvons presque la palper. Ce qui se joue là, devant nos yeux, est aussi un miroir de notre inconscient, de nos pulsions meurtrières. C'est normal après tout : il en va de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. Peut-on transiger avec les idéaux révolutionnaires ? Pas sûr. Mais je vous entends déjà préparer vos objections. Ils sont connus ces arguments : la liberté ne justifierait pas tout.

Tout ce que je peux dire, en tant que spectateur ayant assisté à cette représentation hier, c'est que j'ai peut-être changé d'avis sur certains des hommes du Comité de salut public. Comprenez-moi bien : il ne s'agit pas de les dédouanner mais de les replacer dans le contexte révolutionnaire. De les envisager dans la totalité de leur être. Que voyons-nous ? Un Robespierre qui n'est peut-être pas seulement obnubilé par la guillotine. Que voyons-nous d'autre ? Un Saint-Just qui va se battre dans l'Est, même si l'on se rit de lui parce qu'il n'a pas d'expérience en la matière. Mais ce n'est pas tout.

Dans cette pièce on voit avant tout la vie même si, peu à peu c'est la pulsion de mort qui va l'emporter. Et la mise en scène de Sylvain Creuzevault est donc avant tout une tranche de vie avec ses excès, ses zones d'ombres; ses petites et ses grandes tragédies, ses courts moments d'ivresse, pas seulement révolutionnaires.

Hier soir, oui, c'est la vie qui est venu répandre son parfum dans la petite salle du théâtre national de la Colline. Dialogues, cris, chants, musique, sang, ... on voit tout cela dans « Notre terreur », ce que certains qualifieraient volontiers de baroque. Et quand tout est fini, que l'on se dit « déjà », même si l'on connaissait l'épilogue, alors le retour à la réalité est déroutant. Une réalité un peu morne où il est bien rarement question de Politique. Une réalité où nos bien piètres gouvernants ne s'enflamment plus autour de thèmes qui, voilà plus de deux siècles, auraient pourtant déchaîné les passions. Jadis : le chaud et le froid. Aujourd'hui : le tiède.

Hier soir, donc, au théâtre, j'ai vu des révolutionnaires qui redonnaient à la politique ses lettres de noblesse. Un comble oui. Un comble parce que si le théâtre redonne vie à la chose publique, la politique actuelle se contente de faire du bien mauvais théâtre.

Soyons gré à cette équipe du théâtre national de la Colline de nous avoir apporté ce précieux souffle.

J'espère que, comme moi, vous serez ivres de joie en sortant de ce spectacle.


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