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Déclin de l’altermondialisme / par Alain Sueur

Publié le 25 septembre 2009 par Alains
Tous les deux mois a lieu au CERI un Rendez-vous de la mondialisation. Celui d’hier soir portait sur ‘La contestation de la mondialisation’. Alfredo Valladao (ScPo), Zaki Laïdi (ScPo), Eddy Fougier (IRIS), Dominique Plihon (univ. Paris-Nord) étaient animés par Eric Le Boucher, docteur en économie de Paris-Dauphine et directeur de la rédaction d’Enjeux-Les Échos. Hauts fonctionnaires, syndicalistes, partisans, journalistes et étudiants étaient conviés dans une salle basse de plafond, mal ventilée, d’aspect soviétique mais située idéalement entre Science Po et l’ENA. 
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Qu’est-ce que l’altermondialisme ? Pour Eddy Fougier, ce n’est pas une nouvelle Internationale révolutionnaire mais une nébuleuse qui regroupe à la fois le cœur antilibéral issu de la société civile (ATTAC), une mouvance d’associations dont l’objet subit les inconvénients de la mondialisation (Greenpeace, Caritas, Confédération paysanne), enfin des mouvements institués plus classiques mais très divers, allant du Monde Diplomatique aux partis politiques de la gauche radicale ou verte. 
Paradoxe : les altermondialistes ne sont plus dominants dans la critique de la mondialisation. Pourquoi ? Parce que les pays du sud et notamment l’Amérique latine, dit Alfredo Valladao, se sont relocalisés. Ils pensent moins global que local, ils sont plus pragmatiques que les théoriciens nantis des pays du nord. Le libre-échange menaçait les positions acquises, surtout clientélistes, des classes moyennes et de l’aristocratie ouvrière, d’où sa contestation sud-américaine. Mais, durant 15 ans, ledit libre-échange a favorisé l’essor de la croissance, à assuré du crédit à très bas taux et des investissements étrangers qui ont créé de vrais emplois : désormais, les pays du sud sont très attachés au libre-échange et soucieux de négocier à l’OMC pour se faire entendre. Beaucoup moins les pays du nord… D’autre part, la question sociale et la démocratie participative, cruciales dans le sud, a été reprise par les États et fait moins question (Brésil, Venezuela, Bolivie, Chili). Le souci de l’environnement, lui, est repris par le marché, vidant l’altermondialisme d’une grande partie de sa substance. 
Nous sommes en effet en phase de déglobalisation, explique Zaki Laïdi. Tout retour vers l’étatisme d’hier est improbable et les partis de gauche (dont le PS) n’arrivent pas à convaincre. Au contraire, le parti Libéral allemand regagne du terrain car l’État a l’habitude de soutenir les gros, pas les petits ! Cette déglobalisation est à la fois subie et volontaire. Subie parce que la crise économique rétracte le commerce mondial (-30% sur un an) et que les échanges mondiaux amplifient tout mouvement, de croissance comme de décroissance. Volontaire parce que le libre-échange n’a jamais été populaire parmi les électeurs, soucieux de leur emplois (surtout aux États-Unis !) et qu’un certain protectionnisme revient au travers de la préférence nationale pour l’acier américain, le soutien automobile à condition de ne pas délocaliser français, le maintien des emplois Opel en Allemagne mais pas en Belgique, le plan de relance chinois orienté vers le marché intérieur… Sans parler du nouveau protectionnisme vert à base de considérations éthiques et de protection du consommateur. 
Mais une traduction politique de cette déglobalisation est difficile : comment penser radicalement un « autre monde » possible quand c’est le sien qui intéresse ? Tout le monde converge sur l’idée que tout bouleverser n’est pas la solution (le vieux marxisme n’a rien à proposer) et que les groupes sociaux n’y sont pas prêts du tout (chacun cherche à sauver son emploi, sa santé et ses retraites). L’idée dominante est que le libre-échange est inégalable et qu’il vaut mieux le réguler, tout en redonnant un certain rôle à l’État. Mais un certain rôle seulement, pas celui de la gauche triomphante d’il y a 30 ans ! Le keynésianisme primaire engendre de l’inégalité et de l’inefficacité pour des budgets très serrés et un endettement inouï. La réhabilitation réclamée de l’État est donc plus qualitative, réclamant une protection et un recours, pas un assistanat soviétisé.
ATTAC bouge encore, déclare Dominique Plihon, il est le troisième pouvoir face aux gouvernements et institutions internationales, et aux entreprises et lobbies : il est la société civile. L’idéal de cette société est de s’émanciper, pour cela « penser et agir global, construire des alternatives, constituer des contre-pouvoirs » (et blabla)… ATTAC se veut mouvement d’éducation populaire, de propositions critiques, de mise en réseaux des luttes locales. C’est toujours la Révolution qui continue, le retour au Paradis depuis la Chute, la Sociale en mondial.
Face à ce cocorico resté dans la ligne du XIXe siècle, il semble que les altermondialistes intellos occidentaux soient tombés dans le travers de la gauche hégélienne : ils ont créé une poupée vaudou qui schématise le réel en la prenant pour la vérité révélée. Hélas, affirme Eddy Fougier, les altermondialistes étaient parfaits sous George W. Bush mais ils n’ont pas vu que le monde avait changé en catimini. Désormais, les critiques du libéralisme sont internes au système, tous les libéraux veulent de la régulation et un certain protectionnisme. Bush et les néocons étaient faciles à caricaturer et à brocarder : beaucoup moins la Chine d’aujourd’hui par exemple, ou la défense de l’OMC par les pays émergents. 
Au fond, trop marxiens, trop téléologiques à l’occidentale, les altermondialistes n’ont plus grand-chose à dire sur le monde qui naît.

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