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Faut-il brûler les traders ? / par Alain Sueur

Publié le 25 septembre 2009 par Argoul

Remerciements à Thami Kabbaj de l’université Paris-Dauphine, Romain Dion du Revenu et André Malpel organisateur du salon du trading.

L’opinion méfiante, la gauche morale et la presse en écho amplifient la rumeur : les traders sont des spéculateurs, mot grossier depuis les Grecs, mépris pour l’argent repris par l’église et par les utopies marxistes. Dès lors, la vox populi suivant la loi de Lynch ne rêve que de vouer au bûcher les traders, nouveaux sorciers du monde moderne. Dans un monde idéal, les relations humaines compteraient plus que les relations d’affaires et le doux commerce se limiterait aux échanges de salon. Hélas ! nous ne vivons pas dans un monde idéal mais dans le monde tel qu’il est, de bon et de mauvais mêlé. A quoi sert donc un trader ?

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A spéculer, certes, mais la spéculation est un vieux mot latin qui désigne le miroir - celui dans lequel on regarde son âme, mais aussi l’avenir. Spéculer, c’est calculer les risques à venir. La spéculation a l’utilité de couvrir les risques potentiels - et c’est ce que font les traders tous les jours pour les entreprises sur le prix du pétrole pour les compagnies aériennes, sur les récoltes de céréales pour l’industrie agroalimentaire, sur le cours d’une devise pour les exportatrices - mais aussi sur le taux moyen de la dette pour les États gourmands. La spéculation au sens négatif est la dérive du trading qui sert à gagner de l’argent pour compte propre en prenant des risques qui dépassent les autorisations de position.

Le métier de trader est très utile à l’entreprise, à l’État, comme à la liquidité de l’économie. Le trader réussit-il autant qu’on le dit ? Une étude de finance comportementale initiée par Thami Kabbaj, professeur agrégé d’économie à l’université Paris-Dauphine et ancien trader (montrée aux auditeurs du salon du trading), montre que très peu gagnent : seulement 10%. Et que les plus de 45 ans et les femmes réussissent mieux que les autres, notamment les jeunes traders, trop pris par leurs émotions.

Le trader doit penser neutre. Cela rappelle ce que dit le Tao : « le sage est sans idée ». Il est certain que la voie asiatique prépare mieux à accepter le monde tel qu’il est que les religions du Livre où le monde, étant créé par un Être suprême, est réputé tout calculable et sa connaissance en progrès constant depuis la Chute, pour retrouver le Paradis.

C’est dire combien le trading est un véritable métier qui demande discipline, maîtrise et patience. N’importe qui ne peut pas y réussir sans de longues années de travail et un journal de trading qui lui permet d’apprendre constamment de ses erreurs. Car le travers courant du trader inexpérimenté est que tout gain est dû à son génie et toute perte au complot des autres et à la malice des choses. Or la perte fait partie du « jeu », elle est un aléa dû à ce que personne ne peut tout calculer. Une perte est donc un événement parmi d’autres et il ne faut pas la prendre comme une remise en cause de soi, mais analyser pourquoi la position a été mal menée.

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La question est donc moins le bonus du trader que l’organisation du système. Le bonus est la part variable qui revient aux résultats. Que l’on use de modes de calculs favorisant le durable, que l’on compense le bonus par un malus si le gain d’une période est remis en cause, c’est sain. Mais la surveillance des banques par les Autorités dont c’est le rôle, la comptabilité prudentielle des recommandations des comités Bâle (dont le II en cours), l’élévation des ratios de fonds propres des banques pour prise de risques - c’est tout cela qui doit être discuté. Il est trop commode de désigner à la vindicte populaire de brillants sujets qui se trouvent mis sur le devant de l’actualité : cela permet aux obscurs du contrôle - qui n’ont pas fait leur travail convenablement par naïveté ou inertie - d’échapper aux projecteurs. Or les rôles de la SEC, de la Fed, du Trésor, trop souvent incestueux car truffés d’anciens des banques de marché aux États-Unis et ailleurs, sont à examiner de près. Les faillites de la réglementation et de la surveillance sont flagrantes dans la crise des subprimes ! Ce ne sont pas les traders, ni les hedge funds, ni les paradis fiscaux, qui ont mis en danger le système financier mondial, mais bel et bien le laxisme monétaire de la Fed, le laxisme mafieux de la SEC (songez à Madoff), le laxisme des modèles assureurs et le laxisme des organismes semi-publics de refinancement hypothécaire Fanny Mae et Freddie Mac.

Alain Sueur, auteur des Outils de la stratégie boursière et de Gestion de fortune, rédac chef du Blog Boursier écrit régulièrement sur Fugues.

Pour en savoir plus :

Thami Kabbaj

Thami Kabbaj, L’art du trading, Eyrolles 2007, 540 pages.

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