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Les beaux gosses dynamitent les habitudes du cinéma français

Par Tred @limpossibleblog
Les beaux gosses dynamitent les habitudes du cinéma françaisA l’heure où la geek attitude se dé-ghettoïse de plus en plus de par le monde, le constat affligeant d’un manque total d’assimilation de cette culture dans le cinéma hexagonal fait peine à voir. Ou plutôt « faisait » peine. Car sans crier gare, Les Beaux Gosses débarque et donne un sérieux coup de vitamines à la diversité cinématographique française, qui jusqu’ici semblait bien incapable d’offrir un film de contre culture digne de ce nom.
Pour bien assimiler l’importance et la richesse d’un film tel que Les Beaux Gosses, il faut ouvrir son esprit cinéphile au-delà des cases bien réglementées où le cinéma français aime malheureusement trop souvent se ranger. Pour commencer il ne faut surtout pas voir le film comme un simple film générationnel, une simple comédie s’adressant à la tranche adolescente de la population, ou une simple long-métrage potache. Riad Sattouf, venu de la BD, auteur, réalisateur, producteur (et même compositeur !) du film, est un cinéaste qui risque d’offrir énormément à la production française dans les années à venir.
Pourquoi ? Parce qu’avec Les Beaux Gosses, il pare le cinéma gaulois d’un visage inédit. Il estLes beaux gosses dynamitent les habitudes du cinéma français l’un des rares en France à oser penser, dans sa façon d’écrire et de réaliser, qu’il ne faut pas s’arrêter à des thématiques et leur simple mise en image. Il est l’un des rares à comprendre qu’il s’agit de s’exprimer non seulement à travers le contexte social et sociologique de son époque, mais également à travers sa culture et ses dérivés peu glorieux.
Ce qui fait la richesse du cinéma, c’est qu’il est en constante évolution, qu’il s’abreuve, absorbe l’air du temps de son époque. Bien sûr, les préoccupations des ados de 2009 ne sont, dans le fond, pas si différentes de celles des ados d’il y a 30 ans. Les filles, le sexe, la musique… Mais les ados de Sattouf sont des ados d’aujourd’hui, ce qui trop souvent dans le cinéma français ne sait être reflété autrement que par des jeunes stéréotypés en colère qui brandissent toutes les trois secondes leurs téléphones portables au nez de leurs parents.
Dans Les Beaux Gosses, les protagonistes sont brossés avec nettement plus d’acuité sociétale et de détails amusants. Internet, rap, porno, jeux de rôles, télévision, le cinéaste distille les éléments de la contre-culture moderne tout au long du film. Ces éléments nouveaux du cinéma français s’ajoutent à l’observation sociale en finesse, des familles monoparentales à la cruauté des ados entre eux, qui loin au final de créer une mixture indigeste, trouvent le ton et la rigueur dignes des toutes les meilleures comédies anglo-saxonnes. On retrouve à la fois la saveur sucrée du John Hughes des années 80 et le ton crade et tendre de Judd Apatow dans Les Beaux Gosses.
Il y a chez Sattouf une capacité de cinéaste et des qualités d’auteur semblant dire « Je vais vous décloisonner le cinéma français et vous montrer qu’on peut, en France, s’appuyer sur un genre considéré mineur et des éléments de contre-culture pour tisser un film d’auteur à part entière».
Les beaux gosses dynamitent les habitudes du cinéma françaisSon film, l’histoire d’un adolescent de 3ème et sa petite bande de potes, tous au look et à l’attitude qui leur vaut d’être moqués et martyrisés par leurs camarades plus en vue, leurs déboires en classe et à la récré, les relations avec leurs parents, les émois amoureux, les désirs sexuels, les rêves qui ont du mal à prendre forme, est notamment peuplé de personnages d’une saveur sans égal, à la fois très réalistes et pourtant totalement délirants, que ce soient les ados ou les adultes (Noémie Lvovsky, irrésistible en mère couveuse et dépressive).
Il n’est pas besoin d’être adolescent ou de reconnaître un certain pan de son passé pour apprécier ces beaux gosses. Il suffit d’aimer rire et être un citoyen de 2009 en minimum en phase avec son époque. Et là, croyez-moi, les fous rires fusent.

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