Magazine Info Locale

Pierre Falardeau, le méprisant

Publié le 27 septembre 2009 par Politicoblogue
Pierre Falardeau

Pierre Falardeau

Pierre Falardeau est décédé récemment, la mouvance souverainiste s’en ennui et est en deuil.

J’ai, chez moi, plusieurs de ses films, je respect son œuvre cinématographique, par contre, l’homme a su, dans les dernières années, nous démontrer sa hargne envers les gens qui ne pensaient pas comme lui.

Pour certain c’est un homme de coeur, un homme de convictions qui disparait. Pour moi, c’est un homme qui avait aucun retenue dans ses propos et qui mettait beaucoup plus d’huile sur le feu que de tenter d’aider le Québec à grandir comme société.

Pour lui rendre hommage, je vous offre le texte qu’il a écrit suite au décès de Claude Ryan. Prenez le temps de le lire, ça vaut la peine.

Pourrait-on imaginer, un instant, une personnalité publique qui  rendrait un tel hommage aujourd’hui à Pierre Falardeau !!!

C ‘est une belle démonstration de la profondeur de l’âme du récent disparu.

L’enterrement du Bonhomme Carnaval
Pierre Falardeau

Voilà enfin une bonne chose de faite! Claude Ryan vient de mourir. Ne reste plus qu’à l’embaumer et à fermer le couvercle. Avec sa belle tête de sous‑diacre empaillée et mangée par les mites, il n’aura fait, en mourant, qu’officialiser une situation de fait qui perdurait depuis longtemps.

Les journalistes de service, qu’on a plutôt tendance à confondre avec des amuseurs publics, racontent que Ryan avait sombré dans le coma six jours avant de rendre l’âme. Ces chiens de garde du pouvoir, qui se prennent parfois pour le quatrième pouvoir, sont sûrement les seuls au Québec à ne pas s’être aperçus que le pape du journalisme était déjà dans un coma profond depuis au moins quarante ans. Faut avoir soi‑même un encéphalogramme à plat pour participer à une telle campagne médiatique de béatification. Faut pas craindre de se salir les mains pour oser transformer en immense penseur ce politicien encore plus ridicule dans la vraie vie que le meilleur de ses imitateurs.

À écouter le choeur unanime des pleureuses professionnelles, on a l’impression de nager en plein carnaval. Quoi? Un grand intellectuel ce préfet de discipline de couvent, ce père-économe de communauté de bonnes soeurs, ce petit aumônier des Dames de Sainte‑Aune? On se croirait à « Juste pour rire »

Pierre Falardeau
Faut les voir pour le croire, ces spécialistes‑maison de l’éloge funèbre pompeux. Comme chez tous les mauvais comédiens, leur voix étranglée par l’émotion sonne faux quand ils nous parlent de la « rigueur intellectuelle » et de « l’esprit de synthèse » du petit frère‑directeur du journal « Le Devoir ». Ils confondent rigueur et rigorisme, synthèse, bricolage et liste d’épicerie. Faut les voir avec leurs fausses gueules d’enterrement, empreintes d’une tristesse étudiée, nous présenter ce petit gérant d’estrade pontifiant sous les traits d’un intellectuel incontournable. À grands coups d’enflures verbales et de boursouflures stylistiques, ils nous le dépeignent le plus sérieusement du monde comme un des plus brillants penseurs du Québec. C’est vrai que dans ce milieu journalistique on règne une majorité de deux‑de‑pique et de sous‑doués congénitaux, on passe facilement pour un génie quand on peut aligner deux idées, l’une à la suite de l’autre, dans un style aussi ennuyant que le bottin de téléphone, surtout si ce sont des idées reçues ou des idées archi‑convenues.

Non mais! Vous nous prenez pour des caves ou quoi? Il n’y a pas une personne sur dix mille au Québec capable de me citer une seule ligne de ce pape du journalisme québécois. Si c’était un génie, ça se serait su, non? je lis « Le Devoir » depuis quarante ans et je crois bien n’avoir jamais lu un seul de ses éditoriaux au style fadasse qui puaient l’eau bénite croupie et le canneçon‑à‑grands‑manches mal lavé.

Si « Le style c’est l’homme » comme disait l’autre, seul un esprit « drabe » pouvait oser écrire un livre « beige », même un peu « grisâtre » et pourquoi pas un peu « jaunasse ». Une « grande synthèse » que ce ramassis de toutes les patentes-à-gosses constitutionnelles mises au point par les nationalistes mous et les fédéralistes fatigués des cinquante dernières années. Fédéralisme renouvelé. Fédéralisme rentable. Fédéralisme coopératif. Fédéralisme asymétrique. À une vitesse. À deux vitesses. À trois vitesses. Automatique, power brake, power stering. Alouette. Des projets mort‑nés recyclés l’année suivante sous une nouvelle marque de commerce. Aujourd’hui, on parle d’arrangements administratifs.

Et les spécialistes des notices nécrologiques qui élèvent ce bêtisier « brun » au rang de bible nationale. C’est vraiment à s’ouvrir les veines avec une pelle à neige. Un insignifiant traité de science‑fiction politique qu’on tente de faire passer pour une oeuvre majeure, pour la contribution essentielle d’un grand cerveau. Ce grand cerveau sent le formol à plein nez. C’est celui d’un nationaliste d’Ancien Régime incapable de saisir l’ABC du système néo‑colonial canadien qui a remplacé le vieux colonial­isme britannique en 1867.

Claude Ryan aura passé sa vie à vouloir simplement aménager le statut de protectorat canadien qui est celui du Québec à l’intérieur de la Confédération. Et ces aménagements, même mineurs, même essentiellement cosmétiques, le Canada les aura refusés, à Claude Ryan et à ses disciples purs et durs, les uns après les autres depuis cinquante ans. Niet. Niet. Niet. Le statu quo, à prendre ou à laisser. Et plutôt que de tirer les conclusions politiques d’un tel refus, Ryan se sera accroché à son minable catalogue de voeux pieux jusque dans sa tombe. Son testament politique, sans doute écrit dans ses six jours de coma, en fait foi.

Finalement, le seul souvenir que nous laissera Claude Ryan est celui du petit politicien, mesquin et provincial, qui dirigea le camp du NON en 1980. Celui d’un homme de main chargé de nous faire prendre notre trou. Comme Stéphane Dion. On s’est servi de lui et de son vernis d’intellectuel paroissial pour couvrir les saloperies de Trudeau, de Chrétien, de Camil Samson et du Conseil du Patronat. Et quand il a eu fini la sale job, ce puissant cerveau, on s’est débarrassé de lui et de son fédéralisme renouvelé comme d’une vulgaire chaussette épiscopale. Exit le Bonhomme Sept Heures. Au chômage l’épouvantail à moineaux. Comme Stéphane Dion. Des intellectuels tellement brillants qu’ils sont incapables de comprendre le rôle qu’on leur fait jouer. Désolant et minable.

Claude Ryan emporte dans son cercueil sa pensée politique provincialiste et criminelle. Son livre « brun » finira bien par pourrir lui aussi. Ryan aura au moins réussi sa mort coincé dans les faits divers entre les scandales financiers du gouvernement fédéral et le racisme ordinaire de ses « partenaires » canadiens. Salut pourriture.

« Il est si commode d’être rigoriste dans ses discours! Cela ne nuit jamais qu’aux autres et ne nous gêne aucunement » -Laclos

Publié à l’origine dans le journal Le Québécois, volume 4, numéro 1, février-mars 2004.

Article préalablement publié sur le blogue Montréalais d’origine.

___________________________________ Politicoblogue.com \ Parce que la politique est partout!

Pierre Falardeau, le méprisant


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Pierre Falardeau n’est pas mort …

    Pierre Falardeau n’est mort

    Pierre Falardeau « Nous vaincrons ». Deux mots, griffonnés d’une écriture tremblante à la va-vite sur le scénario de son film « 15 février 1839 ». 1997. Téléfil... Lire la suite

    Par  Politicoblogue
    INFO LOCALE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Pierre Falardeau, héraut intarissable!

    Pierre Falardeau, héraut intarissable!

    Pierre Falardeau Trop tôt ! Il avait tant à dire. Il racontait le pays à venir avec une force et une passion qui ne laissaient personne indifférent. Lire la suite

    Par  Politicoblogue
    INFO LOCALE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Bientôt, la rue Pierre-Falardeau pour remplacer Amherst?

    Bientôt, Pierre-Falardeau pour remplacer Amherst?

    Vous avez été nombreux à m’écouter au 98,5 FM à l’émission de Benoît Dutrizac. Je vous dis merci. Vous pouvez vous inscrire au groupe Facebook demandant qu’on... Lire la suite

    Par  Politicoblogue
    INFO LOCALE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Pierre Falardeau, l’humaniste

    Pierre Falardeau, l’humaniste

    source: 24hmontreal.canoe.ca Mon ami Pierre Falardeau s’est éteint hier soir. Il a vécu sa maladie avec un courage qui dépasse même sa légende. Lire la suite

    Par  Politicoblogue
    INFO LOCALE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Pierre Moscovici

    M.Moscovici a écrit un livre, il en parlait ce matin à France Culture. N.Sarkozy n’est pas invincible. La France ne l’aime pas. D’ailleurs N.Sarkozy est un... Lire la suite

    Par  Christophefaurie
    FRANCE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Pierre Rosanvallon m'effraie...

    « il apparaît ainsi que les apparats formels de la souveraineté populaire peuvent rester intacts alors même qu'un étatisme autoritaire, d'une part, une... Lire la suite

    Par  Edgar
    SOCIÉTÉ
  • Pierre

    Pierre

    Contes du Chemin de Saint-Jacques (7) La randonnée que l’association du quartier de la Petite Bièvre organisait chaque mois, se passait toujours de la même... Lire la suite

    Par  Jlhuss
    HUMEUR, SOCIÉTÉ

A propos de l’auteur


Politicoblogue 35 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte