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Egypte: polémique autour des émissions du ramadan

Publié le 27 septembre 2009 par Ttiger

Tandis que les Musulmans partout dans le monde célébraient la fin du ramadan la semaine dernière, les autorités religieuses égyptiennes fulminaient de rage envers plusieurs talk-shows embarrassants diffusés pendant le saint mois à la TV gérée par l’État.

Pendant ces talk-shows qui deviennent de plus en plus populaires dans le monde arabe et en plus diffusés aux heures de pointe, des acteurs ont admis des relations extra-conjugales, des actrices ont mis à nu leurs âmes — et leurs corps — répondant à un barrage de questions provocatrices. Certains critiques y ont vu une tentative flagrante du gouvernement pour contrer l’influence croissante des islamistes conservateurs. D’autres voyaient ça comme un simple signe de la moralité débridée dans un des pays les plus peuplés du monde arabe.


Le ramadan envahi par la culture occidentale ?


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Le ramadan est une tradition pour 1,5 milliard de musulmans et les invite à réfléchir sur leur dévotion religieuse. Le ramadan c’est faire un jeûne quotidien et généralement s'abstenir de rapports sexuels de l’aube jusqu’au crépuscule. Mais les Égyptiens cette année ont eu droit à des discussions en prime time sur des sujets tabous comme le divorce et l’avortement aux côtés de célébrités qui exposent leur vie sexuelle, et ce, en pleine période sainte du ramadan.

Outrées, les autorités religieuses ont critiqué ces émissions blasphématoires, condamnant leur diffusion durant le mois le plus saint de l’année. “Nous devrions boycotter toutes ces absurdités et obscénités et lire le Coran”, explique Mahmoud Ashour d’Al-Azhar U dans un rapport de l’AP.

Le ramadan une période propice aux bonnes affaires pour les télédiffuseurs arabes

Pour les télédiffuseurs le ramadan est un temps fort en Égypte avec des producteurs qui diffusent des émissions à gros budget et des stations qui se battent pour gagner la 1re place tant convoitée du prime time.

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Les stations qui sentent la manne diffusent beaucoup d’émissions, comme des feuilletons égyptiens traditionnels, ils offrent du divertissement léger et des séries dramatiques présentant les plus grandes vedettes du pays. D’autres sondent des thèmes plus politiques et historiques, souvent enracinés dans leur fierté patriotique.

Le prix des publicités monte en flèche pendant la période sainte, incitant quelques gourous de la télévision à considérer le ramadan comme un Super Bowl qui dure un mois.

Une question de vie ou de mort pour les diffuseurs !

Dans des pays arabes plus extrémistes où l’islam règne en roi et maître sur la population et sur les commerçants, des propriétaires de stations de télévision sont carrément affligés de fatwa et menacés de mort par les autorités religieuses ! L’an passé un haut juge saoudien Sheikh Saleh al-Luhaidan a provoqué un tollé en ordonnant de tuer des propriétaires de stations de télévision qui diffusaient des séries dramatiques dépravées. Ce qui équivaut à une fatwa, Luhaidan explique: “Il est licite de tuer… les apôtres de la dépravation… et on ne peut éliminer le mal par des sanctions trop douces ”. Continuant dans la même lignée: “Nous avons le droit de tuer ceux qui préconisent des croyances corrompues. Ceux qui appellent à la sédition,  ceux qui sont capables de la prévenir, mais ne le font pas, nous devons les tuer”. Après il a nuancé ses commentaires en disant à la télévision nationale que les propriétaires de stations de télévision devraient être mis à mort seulement après un processus judiciaire. (sic)

La saison du ramadan est aux dramatiques de TV arabe ce qu’est le superbowl pour la publicité aux Etats-Unis.

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Pratiquement toutes les séries de fiction télévisée sont prévues au cours du mois de jeûne musulman parce qu’elles sont assurées d’un public captif. Les producteurs de télévision arabes essaient souvent de repousser les limites de ce qui est acceptable dans leur programmation pendant le ramadan. Bien que toute critique politique, sociale ou religieuse est généralement diluée dans des allégories, les musalsals (séries télévisées arabes) attirent généralement la colère des éléments religieux les plus conservateurs de la société arabe.

Un autre dignitaire religieux saoudien, cheikh Saleh al-Foza, a déclaré dans un commentaire publié samedi: “S’ils continuent la diffusion de dépravation et d’impudeur, ils devraient être bannis de leurs postes et remplacés par d’autres” en parlant des propriétaires de station de télévision. Il a également suggéré que les pourvoyeurs d’horoscopes et de sorcellerie devraient faire face à la peine de mort.

La guerre des cotes d’écoute

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Les principaux réseaux que Luhaidan semble critiquer appartiennent à de riches Saoudiens. Ils comprennent le groupe MBC détenu par le Cheikh Walid al-Ibrahim, un parent de la famille régnante saoudienne, et Rotana, qui est détenue par un milliardaire le prince Al-Walid bin Talal, qui détient également une participation majoritaire dans la chaîne libanaise LBC. Un autre réseau, ART, est détenu par le magnat saoudien Saleh Kamel.

Al-Ahmari d’Odwan, qui écrit dans le quotidien Al-Watan , indique que ce sont les médias religieux qui incitent le clergé à attaquer les canaux de divertissement, qui ont un plus gros auditoire. “Ce sont les programmes de fatwa qui tentent d’inventer des problèmes au sujet des chaînes de divertissement et en posant ces questions. Le Cheikh (al-Luhaidan) est obligé de dire que ces émissions sont péchés” explique al-Ahmari. En fait parce que les chaines religieuses battent de l’aile par rapport aux canaux commerciaux, ceux-ci veulent la mort des dirigeants de stations et ainsi détruire leurs adversaires.

Cheik Luhaidan a également fait face à la critique de ses pairs.

Un autre dignitaire religieux et membre du Conseil judiciaire suprême a déclaré que les remarques de Luhaidan risquaient de mettre le feu aux poudres du «groupe déviant» – terminologie officielle saoudienne pour Al-Qaïda.
Un collaborateur de Luhaidan, qui a requis l’anonymat, a déclaré à l’AFP que le chef du judiciaire a simplement «exprimé la consternation de la communauté religieuse sur ce qui est diffusé par la plupart des stations de télévision par satellite, comme les émissions et séries qui propagent la sédition et la débauche. ” Luhaidan “a manqué de diplomatie”, selon son collaborateur anonyme.

Les remarques “dangereuses” de Luhaidan sont des cadeaux offerts aux extrémistes qui sont de nature à “bondir sur l’occasion de recruter nos jeunes pour tuer et faire des attentats à la bombe” a déclaré le Cheikh Abdul Mohsen Al-Ubaikan dans un communiqué. Luhaidan avait déjà déclenché une controverse lors d’une publication d’un décret religieux autorisant les Saoudiens à se joindre au jihad contre les troupes américaines en Irak.

Le quotidien anglophone basé à Dubai, Gulf News explique que les remarques de Luhaidan font plus de mal que de bien à l’islam “la décapitation des télédiffuseurs envoie une mauvaise image de l’islam”. Cette histoire donne des munitions à ceux qui croient que les islamistes sont “sanguinaires et des radicaux” selon le rédacteur en chef du quotidien Al-Youm, Sami Al-Riyami.

Le commentateur saoudien Daoud al-Shrayyan est aussi de cet avis, en montrant la couverture des médias occidentaux concernant la fatwa de Luhaidan. “Certains médias ont vu cette fatwa comme une occasion idéale de reprendre le discours sur le lien entre le terrorisme et … l’Arabie saoudite”, écrit-il dans le journal saoudien Al-Hayat.

Source: Variety, Menassat, Reuters, AFP, Al-Arabiya, The Guardian


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