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Banderille n°315 : Mieux vaut-il violer une fillette ou la bienséance ?

Publié le 28 septembre 2009 par Toreador

Polanski en cavaliere et Berlusconi en cabale

Mon titre tapageur vous a sans doute ému. Tant mieux.

Je ne sais plus qui disait « je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron » mais c’est un peu l’esprit de ce billet. Oh, bien sûr, notre âge moderne a depuis belle lurette laissé tomber ses oripeaux philosophiques pour controverser sur des thématiques plus chic et choc. Nous avons aujourd’hui les affrontements qu’on mérite, et leur version moderne pourrait être le cas de l’intéressant paradoxe Polanski/Berlusconi.

A ma gauche, Roman Polanski – le Sartre de notre histoire – talentueux cinéaste de 76 ans, suspecté d’avoir, il y a 32 ans, commis un crime en violant une jeune fille de 13 ans et arrêté en Suisse (La Suisse devient peu à peu un Enfer fiscal et pénal !). Le réalisateur qui avait passé 42 jours en prison aux Etats-Unis a toujours affirmé que la jeune fille était consentante et avait déjà eu des expériences sexuelles. Reste qu’à l’époque des faits, il avait 44 ans, soit l’âge d’être le père de l’adolescente. Et qu’il est en cavale depuis.

A ma droite, Silvio Berlusconi – le Aron de notre récit – vieil affairiste politique de 72 ans cabotin et provocateur, qui préfère les escort girls aux mineures. Le Président du Conseil, de retour de Washington, a commis une plaisanterie un poil douteuse en faisant référence à une polémique déjà ancienne où il avait qualifié Obama de « Bronzé » : ‘Je dois vous transmettre les salutations d’un homme, quel est son nom déjà ? Ah oui, quelqu’un de bronzé, Barack Obama (…) Nous n’allez pas me croire mais le couple Obama est allé à la plage pour se faire bronzer parce que même son épouse est bronzée !« . Ca s’appelle enfoncer le clou. Et on ne parle pas de cavale mais de cavaliere.

Le Bal des Bronzés

Deux Seniors qui aiment les femmes, deux destins croisés.

Pour le premier, quelles réactions ?  Polanski à Zurich, c’est Hugo à Guernesey. Le monde est en émoi et trouve injuste le sort fait au malheureux. Dès l’annonce de cette arrestation à sa sortie d’avion, le monde du cinéma et de l’art en général s’est mobilisé pour exiger l’abandon des poursuites et la remise en liberté du réalisateur.

Costa-Gavras, Wong Kar Wai, Fanny Ardant, Ettore Scola, Marco Bellocchio, Giuseppe Tornatore, Monica Bellucci, Abderrahmane Sissako, Tony Gatlif, Pierre Jolivet, Bertrand Tavernier et j’en passe sont d’ores et déjà signataires. Si un jour je commets un crime fédéral, j’aimerais la même liste de soutiens.

Pour le second, c’est la curée : Berlusconi a écorné l’image de l’italie par son racisme. Et chacun de lui jeter la pierre.

Indépendamment de ce qu’on peut penser de l’un ou de l’autre (notamment du régime de prescription), il me semble qu’il y a une asymétrie incroyable entre d’un coté ce qui relève d’une décision de justice concernant un crime, et de l’autre une plaisanterie de corps de garde.

Je n’ai pas de sympathie particulière pour Silvio, je ne pense pas que sa blague était appropriée mais je pense que son principal crime était surtout qu’elle n’était pas drôle. De là à le lapider…

Je n’ai pas d’antipathie particulière pour Roman, je ne pense pas que les Suisses se soient bien comportés, mais je n’oublie pas qu’il a commis un crime qu’il doit assumer. Alors, de là à le défendre…

Tags: asymétrie, Berlusconi, Polanski

Sujets: Banderille, Toréador critique littéraire et médiatique | 7 Comments »


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