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Ni vu ni connu

Par Jlk

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À propos de L'Invisible, de Pascal Janovjak.
par Janine Massard


Un jeune avocat luxembourgeois, parfait exemple de mutant pris dans les tentacules du système de l’homo electronicus avec ses appendices tels portable, ordinateur et placements juteux, se laisse prendre par une sorte de blues : le sentiment de n’être plus rien et de se mouvoir dans un système qui fait de lui un pion sans importance. Ni amours, ni amis, sa propre absence au monde l’écœure, il se surprend en flagrant délit d’insignifiance. Transparent à force de se dissoudre dans la vanité, il devient invisible aux autres et constate sa propre disparition. Curieusement, c’est à partir de là qu’il va pourvoir vivre étonné.
Il serait vain de penser au héros de H.G. Wells avec qui il ne partage que l’invisibilité. Il ne s’est pas fondu dans l’indiscernable pour faire le mal, non. S’il a disparu de l’imperceptible c’est pour exister.
Il vit nu : tout vêtement signalerait sa présence. Alors, nudité oblige, il se laisse aller à la sensualité d’autant que sa nouvelle liberté suscite chez lui des érections qu’il n’a plus besoin de contrôler, puis se pose en voyeur et ensuite en observateur de la société et là, on retrouve le personnage dans le rôle du fameux « Diable boiteux ».
Et c’est à la découverte des sensations de l’invisibilité que le narrateur va partager avec son lecteur ou sa lectrice. Il se plaît à se glisser dans la foule, dans le lit d’une fille, écouter, manger dans les plats des autres. Il tente même de voler un tableau au Musée d’Art et d’histoire du Grand-Duché de Luxembourg, mais sa silhouette repérée sur des détecteurs de vol affole : il finit par planquer le tableau derrière un radiateur et sortir à pied. L’invisible devenu farceur délivre quelques croche-pied sur la place du Grand-Théâtre, susurre des insanités à des écoliers, affole les grands-mères en leur soufflant dans les oreilles : de voyeur, il devient acteur. Constatant que la pluie le rend visible à nouveau, il décide de partir vers le sud, là où il ne pleut pas. Après tout, l’invisibilité lui donne le pouvoir d’appréhender la réalité autrement. En Sardaigne, il va déchiffrer l’envers des vacances, la dépravation des mœurs, la vanité ou la solitude de ses contemporains. Puis, se fixant sur un personnage, un Arabe, il décide de le suivre, quitte l’île avec lui, se retrouve à Gênes, puis à Rome, prend l’avion avec lui jusqu’à Tel-Aviv, ce qui vaut à l’auteur de développer une scène du plus haut burlesque : durant tout le vol, l’invisible passe son temps enfermé dans les toilettes à larguer le contenu de ses boyaux – car l’homme a besoin de manger, de boire et d’évacuer. Alerte, un terroriste planqué dans les gogues ! Après l’atterrissage, un commando spécial ne découvrira dans les toilettes qu’une forte odeur de merde et pas la moindre trace d’un passager clandestin.
Ce premier roman, raconté par un gagneur lassé, est écrit d’une plume alerte, dans une langue proche de l’oralité. La patte de l’auteur emporte le lecteur dès les premières lignes. C’est prometteur.
L’invisible, roman de Pascal Janovjak. Buchet/Chastel, éditeur, 2009

Cet article est à paraître dans la nouvelle livraison du Passe-Muraille, No 79, fin octobre.


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