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Le Partage de midi de Claudel au théâtre de Marigny

Publié le 01 octobre 2009 par Sijetaisdeboutsurmatete

Sous un soleil aveuglant, sur un bateau tanguant en route vers la Chine, trois hommes tournent autour d’une femme, Ysé : Amalric l’ex amant, Mésa, l’amoureux et Ciz le mari....enfin… lui ne tourne pas, ne pérore pas : il est sûr de son bon droit, Ysé est sienne et mère de ses 4 enfants, mariée elle ne peut lui échapper. Et puis elle l’aime, croit-il sans compter sur la verve du beau Mésa, le sentiment qu’à Ysé de sa jeunesse gâchée à enfanter et finalement, la puissance du désir de cette femme.

A qui aime Paul Claudel, ses envolées mystiques et lyriques, d’une poésie qui

Le Partage de midi de Claudel au théâtre de Marigny
bien souvent semble se moquer d’elle-même, cette pièce est un enchantement, plus saisissant encore que Le Soulier de Satin (que la longueur ne permettait pas d'entrer dans la course) ou que L’Echange (pour ne parler que des pièces que je connais) : une tension mène l'œuvre de bout en bout et l’on s’imagine aisément Claudel écrire ce drame d’un seul trait, noyé dans la douleur de l'homme trahi. Car l’histoire de Mesa est bien la sienne, et Ysé est Rosalie Vetch, femme "interdite", épouse et mère de 4 enfants qu’il a rencontré sur un bateau en partance pour la Chine après s’être vu refusé son entrée dans les ordres par un bénédictin que les lecteurs du poète pourraient sans nul doute remercier.

Effectivement, Le Partage de Midi, dans sa première version (1905), celle que présente le théâtre de Marigny, fut écrit en quelques semaines dans l’urgence de se laver de cet amour malheureux et adultère qui fit scandale au consul de Fou-tcheou. Le texte fut diffusé sous le manteau à quelques initiés et Paul Claudel ne se résolut à le rendre public qu’après la Seconde guerre mondiale en ayant au préalable retouché Ysé sous un jour plus équitable et après s'être réconcilié avec la muse qui l’avait inspiré (Rosalie Vetch devenue Lintner à qui il versait une pension pour leur fille, Louise).

La mise en scène d’Yves Beaunesne (présentée avant Marigny à la Comédie française) rend à merveille, par sa simplicité, la tension qui traverse le texte de part en part faisant ainsi ressortir l’œuvre dans sa pureté originelle : un incroyable exercice de sublimation qui, en ce caractère-ci, rappelle les plus belles sculptures de Camille Claudel, L’âge mur ou La Valse. Qu’on ne se méprenne pas à la lecture de certaines critiques, la scène et les comédiens, plus que « dépouillés » sont « symbolisés » par quelques vêtements et objets qui font d'eux des figures quasi mythologiques qu’au final, la lumière seule semble réellement habiller.

Ce conte mythique, les acteurs l’habitent à merveille, Marina Hands qui suit les pas de sa mère dans ce rôle est géniale à incarner La Femme (celle voulue et désirée par Claudel, celle pour laquelle on entre en religion sans pour autant porter d’habit), Christian Gonon porte bien son cynisme d’époux et de colon, Hervé Pierre est un Amalric bouffonnant, subtile dans ses intonations, quant au bel Eric Ruf, l’on pourrait voir dans sa diction parfois incompréhensible une métaphore de la langue du personnage qu’il incarne véritablement, Paul Claudel, et l’on finit d’ailleurs par s'en convaincre lorsqu’il se transforme en homme rongé de désir, mettant dans son jeu tout la douloureuse torture que l’auteur avait du mettre dans son texte lors de l'écriture. A voir donc, très rapidement.

Au théâtre de Marigny jusqu’au 3 octobre, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h. Jusqu’à 25 ans inclus, il est possible de se présenter une demi-heure (voir un peu plus) devant les caisses avec une carte d’identité afin d’acheter une place à 10 euros d’ailleurs pas forcément malsituée. Métro Champs Elysées Clémenceau. Paris 8e. Environ 2 heures (?)

Marie Barral


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