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Entretien avec Jacques Rosselin, de Vendredi Hebo

Publié le 02 octobre 2009 par Vogelsong @Vogelsong

La saison 01 de Vendredi s’est terminée fin juin 2009. Tu as écumé la blogosphère pendant plus de 9 mois, est-elle une alternative sérieuse à l’information ou l’analyse des médias “mainstream” ?


Vendredi+spécial+couverture

D’abord, oui la blogosphère c’est sérieux contrairement à ce qu’on entend beaucoup ces jours-ci dans les médias traditionnels ou chez les politiques. Il se passe réellement quelque chose sur le net en terme d’informations, de commentaires, d’analyses, de réactivité dans le traitement de l’actualité. C’est devenu une vraie alternative. Mais cela ne se substitue pas aux médias traditionnels. La blogosphère est un complément indispensable, certainement pas un substitut. D’ailleurs, les frontières avec la presse traditionnelle ne sont pas complètement étanches. Il y a des journalistes qui bloguent, il y a des blogueurs qui écrivent dans des journaux. Les deux univers se rapprochent. De manière chaotique, mais se rapprochent. Je pense qu’un jour, ils fonctionneront de manière plus harmonieuse. Pour l’instant, c’est comme un moteur à deux temps mal réglés. Ça pétarade et ça fume !

Plus sérieusement, notre constat est que le débat politique et le débat d’idées se sont déplacés sur le net. Dans les médias traditionnels, en gros, tout le monde est d’accord. Par conformisme. Ecoutez Europe1, France Info, lisez les journaux, tout le monde est à peu près d’accord sur tout… Je fixe la date historique de ce glissement au referendum de 2005. C’est la date du premier gros déplacement tectonique du débat politique vers le net. Vendredi veut être l’hebdomadaire de ce débat là.


Un hebdo de gauche ?


Vendredi est un hebdomadaire d’information construit sur le socle du net et demain avec le net, la blogosphère. Alors c’est vrai… aujourd’hui, le ton, les angles, les prises de position des billets politiques ou économiques que nous reprenons sont souvent à gauche. Mais le projet politique du journal n’est pas d’être socialiste ou d’être communiste… Ça, c’est le rôle d’un mouvement ou d’un parti ! Vendredi donne la parole à des gens que l’on n’entend pas ailleurs. Il propose des points de vue décalés, parfois iconoclastes, qu’on n'entend plus dans les médias “mainstream”. Des idées inédites ou des débats qu’on ne trouve que sur le net. Ça, c’est un projet de journal ! Et cela nous conduit d’ailleurs à donner la parole à Authueil, Careagit, H16, Pinsolle ou à Koz et bien d’autres blogueurs classés à droite. Et parfois à ce qu’on appelle la réacosphère (Cultural Gangbang, Causeur ou Marianne2 !).

Qu’est-ce qui te laisse sur ta faim après la saison 01 ?


(Sourire) La diffusion du journal. Nous avons un chiffre insuffisant. On reste autour de 10 000 exemplaires. Pour faire vivre le projet, pour qu’il se développe, il faut qu’on soit au-delà des 20 000. Au dessus de ce seuil tu vas mieux, la publicité commence à s’intéresser à toi, du coup tu as une source de revenus supplémentaires. Les investisseurs viennent alors plus facilement mettre de l’argent. Et tu sors alors de l’ornière.
Nos difficultés sont dues bien sûr au manque de promotion du journal, mais aussi au journal lui-même. Il a dérouté. Quand on propose du contenu Internet sur du papier, ça n’est pas évident pour le lecteur. il faut bien expliquer ce qu’on fait et pourquoi on le fait. Expliquer la démarche, la sélection des sources, des sujets et surtout qui parle. Et puis au début, nous étions essentiellement politique et économie. A partir du mois de mars on est allés plus souvent sur la technologique, la société, par exemple avec HADOPI, ou le numéro qu’on a fait avec les femmes engagées ou celui sur le livre électronique. On s’est progressivement moins centrés sur la politique politicienne, l’éco, le “hard news”.


Bilan humain et financier ?


On a investi autour d’un million d’euros dans ce projet jusqu’à présent. J’avais dit au lancement que pour atteindre l’équilibre il en fallait 3. Je le pense toujours.
L’équipe initiale se composait de Philippe Cohen, Philippe Labarde, Alfred Mignot, Jean-Marc Manach et Eric Walther pour les numéros spéciaux. S’ajoute à ça notre équipe de secrétariat de rédaction et moi. Puis tout autour il y a la blogosphère, composée pour partie de journalistes et pour partie de blogueurs.


Tu es rédacteur en chef de blogueurs ?


Je ne suis pas rédacteur en chef des blogueurs. Je ne leur commande jamais de papier, sauf exception (pour le blogueur invité ou pour Birenbaum). Je signale ou je reproduis leur travail dans Vendredi. D’ailleurs tu connais les blogueurs, comment veux-tu qu’ils aient un rédacteur en chef ! Rires…


Peux-tu nous expliquer en quoi consiste le partenariat entre le nouveau journal Bakchich hebdo et Vendredi ?


Simple. Nous leur livrons 4 pages chaque semaine. En toute liberté. Ils nous font totalement confiance sur le contenu. Sur le premier numéro, même sur un article de jean-Pierre Martin sur France Télécom qu’on trouvait plutôt gonflé, il n’y a pas eu de discussion.


Quand commence (réellement) la saison 02 de Vendredi Hebdo ?


J’aimerais démarrer avant la fin de l’année. Le nouveau projet éditorial sera prêt début novembre. Si tout fonctionne bien, c’est à dire la connexion entre le net et le papier, le fonctionnement avec les blogueurs et la nouvelle formule, oui avant la fin de l’année. Mais on ne repart pas tout seul. Emmanuel (de Moutis) et moi avons investi beaucoup de notre argent là dedans, (Pierre) Bergé nous a accompagné (nous avions gagné de l’argent ensemble avec la télé locale, nous l’avons réinvesti ensemble). Nous ne voulons pas repartir seuls et recherchons un partenaire. Financier ou pro du secteur. Sur les 2 000 000 d’euros dont on a besoin p our achever le lancement du projet, on a la moitié. Aujourd’hui on a un lectorat fidèle (qui s’impatiente d’ailleurs !). La minorité acquise à Vendredi Hebdo, qui est fan du journal, ne suffit pas. Pour aller au-delà, intéresser les lecteurs des quotidiens et des news il faut des moyens pour se faire connaître. Cela peut paraître cynique, brutal, mais un lecteur “durable” a un coût de conquête qu’on évalue à environ 100 euros. Nous devons faire de la promo, être visibles sur les points de vente, travailler le réseau de distribution et commencer des campagnes d’abonnements.
Donc tant qu’on ne trouve pas notre partenaire, on ne sortira pas le papier. Des gens sont prêts à lancer “Grazia”, ce serait quand même malheureux qu’il n’y ait personne pour lancer un nouveau canard d’information (rires) ! À notre avantage, le concept auprès des investisseurs passe bien, comme tout le monde se met à parler de la blogosphère, notre discours est mieux compris. On est plus considéré comme un ovni…


C’est quoi “fonctionner avec les blogueurs” ?


L’interaction entre Vendredi Hebdo et les blogueurs doit évoluer. Si on veut vraiment construire quelque chose d’original, il faudra peut-être créer un groupe de blogueurs “intermédiaires” entre la rédaction et le reste de la blogosphère. Des “propulseurs” comme dit (Thierry) Crouzet sur son blog. De manière à travailler de manière plus intriquée. Si on demande à une quinzaine de blogueurs de réfléchir avec nous sur l’actualité, on va enrichir, du simple fait des angles, sujets et préoccupations tous différents. De là peut venir un vrai ton nouveau. C’est aussi l’écueil de la saison 01, on avait des journalistes vieux comme moi (sourire), qui imprimaient leurs propres obsessions et allaient chercher ce qui les passionnait. Cela ne fait pas un nouveau journal, cela fait une gentille revue du web faite par des vieux journalistes qui s’intéressent à des sources nouvelles d’informations…
Et on va étoffer l’équipe. Guy Birenbaum va intervenir dans la nouvelle formule. On a confié une nouvelle version du site à Nicolas Voisin de 22 mars (Owni, aaaliens). Puis nous avons fait appel aux spécialistes de l’agrégation et de l’agencement d’information du web, tels que Narvic, Thierry et Isabelle Crouzet. Grâce à eux le site devrait être très novateur. Côté rédac, Jean-Marc Manach est toujours là. Le camarade Labarde aussi, bien que jean-Luc Hess lui ait proposé une mission à Radio France. C’est un vieux compagnon de route. Je l’ai rencontré quand je dirigeais Courrier, c’est dire !


Quel format ?


On sera sur un format type Courrier justement. Comme Books. Une sorte de petit tabloïd, un format que je connais bien (sourire). Dans une approche magazine hebdomadaire de 40 pages. À la fin de la saison 01 nous avions 16 pages dans un grand format (entre 15 et 18 0000 signes par page), ce qui correspond en gros à ces 40 pages du nouveau format. Et un format mag correspond bien à l’évolution du contenu. Moins “quotidien”, moins “hard news”.


Pourquoi pas un mensuel ?


Le débat d’idées ne peut attendre un mois, toute la réactivité du net disparaitrait… L’idée nous a traversé l’esprit. Pas longtemps. J’ai même croisé récemment un type un peu fou qui aimerait faire un quotidien sur le modèle de Vendredi (rires).


Comment, en France, peut-on être patron de presse et participer à des manifestations ?


Je les fais à titre perso. Pas en tant que “patron de presse” comme tu dis. On a pas encore prévu de char Vendredi le 1er mai, comme Charlie ou le Plan B (rires) ! Je suis un militant à ma façon, je n’appartiens pas à un parti. Mais j’ai une conception militante de mon travail. Ma mère était comme ça. Elle donnait toujours l’impression qu’elle se battait pour quelque chose. J’ai hérité ce côté là d’elle. Malheureusement dans les manifs, il n’y a plus grand monde… (sauf toi et les left-blogs !).
S’il faut s’engager, militer, pourquoi pas ? Un journal c’est aussi un outil de combat. Les histoires de pirates (HADOPI) par exemple, m’ont beaucoup intéressé. Je me suis demandé si Vendredi hebdo pouvait être un porte-drapeau pour ce type de mouvement. Mais pas un seul des représentants des pirates n’était d’accord. Et puis quand on voit ce qui s’est passé récemment aux élections partielles dans les Yvelines…


Pourquoi n’as-tu pas de blog ?


J’ai peur de bloguer. Vous (les blogueurs) êtes des gens impitoyables. Vous êtes méchants (sourire) ! Sérieusement. Je suis trop sensible à la critique. Je lisais des gens sur les blogs critiquer Vendredi ou dire que nous étions ceci ou cela, cela me heurtait vraiment. J’ai du mal avec la critique dure et les trolls. Il faut avoir la peau dure pour bloguer
De toute façon, un blog sur quoi ? Les blogueurs… ?

Propos recueillis avec l’aide précieuse d’Eric Mainville.

Merci à J. Rosselin.


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