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Arthur et Isabelle Rimbaud, les derniers jours

Publié le 04 octobre 2009 par Bonamangangu
rimbaud_malato.jpg« … Il me regardait ave le ciel dans les yeux… Alors, il m’a dit : il faut tout préparer dans la chambre, tout ranger, le prêtre va revenir avec les sacrements. Tu vas voir, on va apporter les cierges et les dentelles, il faut mettre les linges blancs partout… Eveillé, il achève sa vie dans une sorte de rêve continuel : il dit à présent des choses bizarres, très douement, d’une voix qui m’enchanterait si elle ne perçait pas le cœur. Ce qu’il dit, ce sont des rêves—pourtant ce n’est pas la même chose du tout que quand il avait la fièvre. On dirait, et je crois, qu’il fait exprès.

Comme il murmurait ces choses-là, la sœur m’a dit tout bas : «  Il a donc perdu connaissance ? » Mais il a entendu et est devenu tout rouge ; il n’a plus rien dit, mais la sœur partie, il m’a dit : On me croit fou, et toi, le crois-tu ? Non, je ne le crois pas, c’est un être immatériel presque et sa pensée s’échappe malgré lui.

Quelquefois, il demande aux médecins si eux voient les choses extraordinaires qu’il aperçoit, et il leur parle et leur raconte avec douceur, en termes que je ne saurais rendre, ses impressions : les médecins le regardent dans les yeux, ces beaux yeux qui n’ont jamais été si beaux et plus intelligents, et se disent entre eux : c’est singulier. Il y a dans le cas d’Arthur quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Les médecins d’ailleurs ne viennent presque plus parce qu’il pleure en leur parlant, et cela les bouleverse.

Il reconnaît tout le monde, moi il m’appelle parfois Djami, mais je sais que c’est parce qu’il le veut, et que cela rentre dans son rêve voulu ainsi ; d’ailleurs, il mêle tout et … avec art. Nous sommes au Harrar, nous partons toujours pour Aden, il faut chercher des chameaux, organiser la caravane ; il marche très facilement avec la nouvelle jambe articulée ; nous faisons quelques tours de promenade sur de beaux mulets richement harnachés ; puis il faut travailler, tenir les écritures, faire des lettres.

Vite, vite, on nous attend, fermons les valises et partons.

Pourquoi l’a t-on laissé dormir ? Pourquoi ne l’ai-je pas aidé à s’habiller ? Que dira-t-on si nous n’arrivons pas aujourd’hui ? On ne le croira pas sur parole, on n’aura plus confiance en lui ! Et il se met à pleurer en regrettant ma maladresse et ma négligence, car je suis toujours avec lui et c’est moi qui suis chargée de faire tous les préparatifs… »

Lettre d’Isabelle Rimbaud racontant les derniers jours d’Arthur en l'Hôpital de la Conception, à Marseille, 1891.

" Je suis un de ceux qui l'ont cru sur parole, un de ceux qui ont eu confiance en lui. Juillet 1912. Paul Claudel in Positions et Propositions, page 145, NRF Gallimard. 1928


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