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L’oligopole des télécoms et le charabia de Joffrin

Publié le 04 octobre 2009 par H16

Quand je lis la presse nationale, je suis souvent plongé dans une intense réflexion. En effet, le lecteur moyen que je suis ne sait pas comment se déroule le processus intellectuel qui aboutit à produire un éditorial tel qu’on peut les lire dans les « grands » quotidiens français. Alors, ma pensée vagabonde et se prend à imaginer les événements et le contexte qui ont présidé à la réalisation d’un truc comme … ça.

Rien que la lecture de ce court articulet de quelques centaines de signes permet de classer immédiatement ce qui suit dans les Pignouferies de la presse.

L’oligopole des télécoms et le charabia de Joffrin

En effet, même si l’article est court, il est renversant d’illogisme, d’idées toutes (mal) faites, et, pour résumer, un grand n’importe quoi indigent assez représentatif tant des capacités moyennes de Joffrin que des meilleures analyses du quotidien pour lequel il sévit.

Il y a d’ailleurs quelque chose de quasi-héroïque dans cette propension phénoménale à raconter autant d’inepties dans un aussi petit volume. Pas facile, quand on y réfléchit.

C’est d’ailleurs en y réfléchissant (d’où mon introduction) que je me suis demandé comment on pouvait en arriver là. J’ai donc imaginé un Laurent Joffrin, égal à lui-même, courant les pieds nus dans une pièce remplie d’objets bas avec le doigt profondément enfoncé dans l’œil, comme à son habitude, essayant sans doute d’atteindre son rectum par le mauvais côté. Il court, s’époumone, zigue et zague vaillamment, et là, patatras,  c’est le drame.

Dans les secondes qui suivent la chute, de fulgurantes idées lui passent par la tête. Il les couchera plus tard sur papier. Quatre paragraphes de bonheur ? Allez, zou, envoyez les rotatives, c’est du bon, les enfants !

Ohpopopopop attendez un peu avant de faire tourner les machines.

Calmons-nous.

Car à bien y regarder, dans ces quatre paragraphes, Joffrin démontre à la fois sa parfaite méconnaissance de ce qu’est le libéralisme (normal, c’est un journaliste à Libé), son ignorance du marché des télécoms (logique, il en parle), la pauvreté de son argumentation pro/anti concurrence, particulièrement foutraque, et pose une question en fin d’article à laquelle il s’empresse de ne pas répondre et de ne surtout pas mener ou faire mener d’enquête, dans la plus pure tradition du journalisme d’investigation qu’on a oubliée depuis des lustres.

En effet, à l’entendre, il n’y a pas contradiction à s’opposer à la privatisation de la Poste, et dans la même foulée athlétique, à requérir une plus grande ouverture de la concurrence pour les télécoms.

Et son explication de cette position paradoxale ?

Pour la Poste, le gouvernement devrait bien arriver à bien gérer le bazar. Et pour les télécoms, la privatisation est acquise, donc un concurrent de plus, c’est toujours bon à prendre.

Voilà. Emballez c’est pesé et envoyez les rotatives, c’est du bon, les enfants !

Ohpopopopop attendez encore !

C’est quoi cette explication qui n’en est pas une ? Monsieur Joffrin, c’est tout ce que vous avez dans votre ventre repu de journaliste-people salarié par un grand quotidien ?

Allons ! Un peu de sérieux, tout de même. Même si les informations du monde réel semblent difficilement parvenir jusqu’à la rédaction de Libé, vous devriez avoir entendu dire qu’un marché sur lequel l’état met une très très importante barrière à l’entrée (plusieurs centaine de millions d’euros) est tout sauf libéralisé, non ?

Il est vrai que la cohérence générale ne vous étouffe pas … Et bien qu’en général très critique de ce que peut dire un gouvernement, surtout s’il est de droite, vous n’avez pas eu de mal à gober ce mot de « libéralisation » claironné à longueur de temps par les politiques.

Mais non, décidément non : le marché des télécoms en France n’est pas libéralisé. Il a été transformé en cartel, avec la bienveillance de l’état qui, contre une absence de guerre des prix et – par voie de conséquence – une TVA élevée, récupère des monceaux de thune auprès des consommateurs qui payent cet oligopole de fait.

Quant à l’autre remarque sur la Poste, vous nous dites donc, je cite:

« il doit être possible de bien gérer la Poste en la maintenant dans le périmètre public. »

Ah oui, puisqu’il suffit de, y’a qu’à. Fastoche. Allez, emballez c’est pesé et envoyez les rotatives, c’est du bon, les enfants !

Ohpopopopop Monsieur Joffrin, calmez vos hormones  !

Il n’aura pas échappé à la sagacité des immenses journalistes d’investigation de Libé, dont, je suis sûr, vous faites partie, que la Poste est dans une situation financière globalement pas top depuis … des dizaines d’années : sans le milliard d’euro de l’Etat pour payer ses retraités, la Poste serait mise en faillite, purement et simplement.

Alors prétendre que l’affaire pourrait être bien gérée, alors qu’on patauge dans cette situation depuis plus d’un demi-siècle et qu’elle s’est dégradée au fur et à mesure qu’aucune décision n’a été prise, cela revient à dire que sur les années passées, les gouvernements et les patrons de La Poste ont été des branquignoles et qu’à présent, il suffit de trouver quelqu’un de compétent.

Autrement dit, avant, on ne savait pas faire, mais maintenant, on va faire comme il faut, pouf, comme ça. Suffisait de le dire. Sacré Laurent.

En outre, le soutient des journalistes de presse, et de toute la presse en générale, à la Poste, ne proviendrait pas des accointances naturelles de l’une avec l’autre ? N’y aurait-il pas là matière à investigation ? Ce serait pourtant intéressant de mesurer exactement de combien dépendent les organes de presses des accords passés avec la Poste. Accords qui, finalement, n’améliorent certainement pas le sort de la Poste et, malgré tout, ne permettent pas à la presse de briller dans les kiosques…

Voilà : ça, c’est du grââând journalisme à la française, début XXIè siècle, dans un journal sous perfusion de subventions étatiques, au milieu d’un gouvernement de droite auquel il est sensément opposé.

Bah.

Monsieur Joffrin, il n’y a guère de doute. Vous pouvez vous cacher derrière votre petit doigt en prétendant rester cohérent avec vos piètres arguments, mais en réalité, il s’agit d’opposition. Purement, simplement, bêtement et stérilement, de l’opposition.

Le gouvernement est, notamment pour des raisons européennes, pour la privatisation de la Poste ?

Alors Libé et Joffrin seront contre.

Le gouvernement est, pour des raisons de lobbyisme qu’il serait dangereux pour un organe financé par l’état de dénoncer, de plus en plus favorable au statu quo dans les télécoms ?

Alors Libé et Joffrin seront contre.

Mécaniquement.

Le souci étant, et vous l’avez bien compris, sacré Laurent, que les deux positions ne sont pas cohérentes sur le plan de la logique pure, mais seulement sur le plan de la logique partisane, celle du militant engagé… Pour ma part, quand on ne sait être ni cohérent, ni pertinent, on ne mérite pas de subventions. Et couper vos subventions, c’est à coup sûr faire disparaître Libé.

Et bien soit.

Delenda Est Libération.


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