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Moraliser l'étatisme, l'agent infectieux du capitalisme

Publié le 04 octobre 2009 par Objectifliberte

L'état prétendant "moraliser le capitalisme", voilà qui ne peut qu'étonner tout observateur objectif de la vie publique française depuis de trop nombreuses années. L'état peut il lui même se prétendre moral ? Et peut-il garantir la "moralité" des actions de la société civile ?

Offensive étatiste sur le capitalisme

Profitant de la crise actuelle pour exciter les penchants anti-capitalistes d'une partie de l'opinion, nos gouvernements, au niveau national, ou mondial, prétendent prendre des mesures visant à "réformer" le système financier, et à le rendre plus "moral". Sont visés les "paradis fiscaux", qui permettent aux banques d'amoindrir le racket fiscal pesant sur leurs clients, les bonus des traders, dont le rôle dans le déclenchement de la crise est pour le moins difficile à définir (j'y reviendrai un autre jour), réglementer les "hedge funds", qui n'ont joué absolument aucun rôle dans le déclenchement de la crise, et ainsi de suite. Naturellement, l'entreprise de "moralisation" menée par l'état ne prétend pas s'arrêter au secteur financier mais s'étendre à tout le "capitalisme", qui serait par essence sauvage et indifférent au sort de l'individu et de l'environnement, et qui, suprême inconvenance, essaie de réduire sa facture fiscale par tous les moyens.
Le capitalisme est amoral

Comte-sponville
Notez la dépersonnalisation du langage adopté en ouverture de ce billet. C'est "le capitalisme" dans son ensemble qu'il faudrait "moraliser". Le philosophe André Comte-Sponville démontre  l'incohérence de cette façon de penser dans son court mais stimulant essai "le capitalisme est il moral ?". Selon Comte-Sponville, le capitalisme n'est ni moral ni immoral, il est amoral; Ne sont  moraux ou immoraux que les agissements de personnes utilisant les institutions et les outils du capitalisme: entreprenariat, finance, commerce, etc...

Que ces personnes se conduisent "moralement", ce terme restant à préciser, et alors les outils du capitalisme seront majoritairement utilisés à des fins morales.
La vision de Comte Sponville induit donc que ce n'est pas le capitalisme, qui n'est qu'une forme d'organisation de la propriété des outils de production, qui est porteur de moralité ou d'immoralité en lui même, mais le cadre culturel et institutionnel dans lequel les capitalistes évoluent. 

La moralité des capitalistes sera-t-elle mieux garantie par une économie dirigée, où l'état oriente les décisions des agents économiques, ou dans un cadre plus libéral, où il se contente de sanctionner les manquements aux grands principes d'honnêteté et de responsabilité décrits, entre autres, par la déclaration des droits de l'homme de 1789 ?
Erreur de casting ?
Le capitalisme aurait pour conséquence, nous répète-t-on en boucle, le déclenchement d'épisodes de crise, laissant derrière lui malheureux par millions, destructions environnementales, enrichissements obscènes de quelques uns. Immoral que tout cela, l'état doit s'en mêler. Moraliser, à tout prix: telle est la nouvelle mission dont les hérauts de l'état s'auto-investissent.
Problème: maintenant que vous savez qui ils sont, confieriez vous votre argent à une banque dirigée par Stavisky ou Maddoff ? Confieriez vous le baby-sitting de votre fille à Roman Polanski ? Et bien, vous ne seriez pas plus inspirés en confiant aveuglément la "moralisation" du capitalisme à l'état.
Et cela pour plusieurs raisons: L'état, de par son mode de fonctionnement, encourage l'immoralité en son sein, et l'état introduit de l'immoralité dans l'économie lorsqu'il la sort de son cadre libéral pour en faire une économie dirigée, c'est à dire co-gérée avec certains capitalistes qui partagent son immoralité.
L'immoralité des hommes de l'état
En terme de moralité, les hommes et femmes de l'état n'ont pas brillé par une exemplarité sans faille au cours de l'histoire. Rois, empereurs et régents ont consciencieusement dépensé et guerroyé, ruinant la France pour entretenir des cours dispendieuses et assouvir leur rêves de grandeur. Beaucoup plus près de nous, la classe politique actuelle s'est illustrée par des comportements immoraux en de nombreuses occasions, des plus anecdotiques aux plus atroces par leurs conséquences. Sans vouloir écrire un livre, que dis-je, une encyclopédie de l'horreur étatique, revenons tout de même sur quelques unes de ces méconduites, représentatives de ce dont l'état est capable. 
Au plan personnel, nombreux sont les politiciens à traîner, comme on le dit parfois vulgairement, de grandes casseroles. Un pays où les deux candidats au second tour de l'élection présidentielle pouvaient être légitimement accusés (cf. révélations du canard enchaîné) de sous-déclaration flagrante de leur patrimoine immobilier au titre de l'ISF, donc de fraude fiscale, sans que la justice ne lève le petit doigt, alors qu'elle harcèle les petits propriétaires du Lubéron ou de l'île de Ré dont la valeur de la maison a été artificiellement gonflée à cause de politiques publiques, ne peut prétendre avoir des institutions très morales.
Le soutien quasi impulsif et bruyant du premier parti de la majorité à un cinéaste convaincu de viol sur mineure de 13 ans ne peut en aucun cas passer pour un examen de moralité réussi pour notre classe politique. Lorsque des journalistes curieux n'arrivent pas à comprendre comment de très nombreux politiciens ont pu former un tel capital avec les salaires régulièrement déclarés au cours de leur carrière, et que cela ne suscite pas le moindre haussement de sourcils de la justice, la morale semble bien loin.
De l'immoralité personnelle à l'immoralité fonctionnelle
Mais, me direz vous, tout cela ne sont que turpitudes personnelles qui ne sont pas spécifiques aux hommes de l'état. Certes. Mais ces hommes et femmes toujours prompts à s'exonérer de leurs fautes commises dans le domaine privé grâce à leur position au sein de l'état ne se montrent pas plus "moraux" dans l'exercice de leurs fonctions.
Ce sont des hommes de l'appareil d'état qui ont froidement décidé de mettre en circulation des poches de sang contaminé par le virus VIH, pour de simples questions budgétaires, convaincus que leur position ou leurs relations au sein de l'appareil d'état les exonèrerait de leur responsabilité. Ce sont des hommes de l'état qui se sont auto-amnistiés pour toutes les turpitudes qu'ils ont commises pour financer leur vie politique si rémunératrice, jurant leurs grands dieux que les lois nouvelles signifieraient la fin de ces abus. Et ce, pour que nous découvrions quelques années après, au cours de nouveaux procès dont seuls les lampistes furent jugés, que ces pratiques avaient continué sous des formes différentes. Ce sont des hommes de l'état Français qui, au nom d'intérêts de personnes proche des plus hauts échelons du pouvoir, ont dans l'ombre oeuvré pour mettre en coupe réglée une partie du continent africain, allant jusqu'à fermer les yeux et par là-même encourager un génocide ethnique au Rwanda dont l'ampleur n'a eu d'égale que dans les pires dictatures du socialisme brun ou rouge.
Je pourrais multiplier à l'infini de tels exemples d'immoralité de l'action publique, et le mot paraît faible. Et même si cette immoralité des hommes de l'état ne leur est pas propre, seule la puissance coercitive des états leur donne la possibilité d'être aussi destructrice. En outre,  la protection que l'état octroie à sa noblesse et sa cour de proches, garantie sinon d'impunité, du moins de moindre capacité de la justice d'agir défavorablement à leur égard, rend plus probable la rencontre avec l'immoralité.
La connivence immorale de l'état et du haut patronat
Les hommes du haut de la hiérarchie de l'état, pour diverses raisons qui tiennent généralement peu de l'altruisme ou de l'intérêt général, recherchent l'association avec les grands patrons d'industrie, d'une part parce qu'à titre personnel, la fréquentation de gens riches permet de profiter d'un certain luxe, mais aussi et surtout parce que nombre d'hommes aux plus hautes fonctions de l'état espèrent pouvoir quitter son service pour entrer dans un de ces grands groupes capables d'assurer à ses cadres dirigeants de très confortables émoluments. Peut être nulle part ailleurs qu'en France, une telle consanguinité entre les grands corps de l'état et les grandes entreprises du CAC ne s'est développée.
Immoral, le ballet de chefs d'entreprise allant racler les fonds de tiroirs publics alors que ceux-ci ne se remplissent plus que des dettes de nos enfants, quels qu'en soient les intentions affichées. Au motif de sauver le bâtiment, de promouvoir la construction verte, la voiture électrique, le tramway, l'énergie prétendument renouvelable, quand bien même la science supportant ces décisions n'en serait pas réellement, tout est bon pour chasser les primes que l'état octroie en signant des reconnaissances de dette dont on sait qu'un jour, il ne pourra plus les honorer. Les lois soi-disant "pro-entreprise" que l'état vote, ou enfreint, les attitudes qu'il adopte, non pas pour favoriser la libre entreprise, mais pour protéger des entreprises amies de la concurrence de nouveaux entrants, comme on peut le voir, par exemple, avec la quatrième licence de téléphonie, ne sont pas plus morales.  Ce ne sont pas des lois "libérales", pro-marché, ce sont des lois "immorales", pro-clientèles.
Certes, le phénomène n'est pas franco-français. Il est mondial. Du moment qu'un état se permet de prendre mille et un prétextes "d'intérêt général" pour voler au secours d'un secteur avec l'argent du contribuable, des abeilles s'agglutinent autour du pot de miel. De ce point de vue, la vie politique américaine, présentée par nos étatistes bien pensant comme le sommet du capitalisme ultra libéral, n'a plus rien de libéral, au sens classique du terme. Le capitalisme de connivence, le copinage financier, y atteignent des sommets depuis le déclenchement de la crise et l'élection d'une clique que nous qualifierons pudiquement de néo-keynesienne.
Il n'y a qu'une vraie morale, l'éthique libérale
Naturellement, l'état impute les résultats de son incurie au "capitalisme sauvage", au marché "sans coeur", à l' "ultra libéralisme sans éthique". Cela donne du grain à moudre aux idiots utiles de cet étatisme néo-féodal, alter-comprenants à qui l'état a inculqué, en lieu et place d'intelligence critique, un psittacisme anti-libéral qui protège l'état, justement,  du retour en grâce d'une vraie morale libérale qui mettrait en danger ses prérogatives.
Car il faut oser le dire dans la France d'aujourd'hui: la seule vraie morale, du droit commun comme de celui des affaires, est l'éthique libérale. Jacques de Guénin, président du cercle Frédéric Bastiat, résume cette éthique en une seule phrase: "La morale libérale est celle qui interdit à l'homme, libre de ses actes, d'obtenir quoi que ce soit des autres par la violence, la coercition, le vol ou la tromperie,  qui l'oblige à respecter ses engagements, et à réparer ses fautes".
Un entrepreneur qui réussit à proposer à ses clients des biens et services répondant à des besoins à un prix que la clientèle est prête à payer, en utilisant pour ce faire moins de ressources que la valeur qu'il crée, accomplit un acte profondément moral. S'il réussit très bien, il en récolte beaucoup de fruits. S'il réussit moyennement, il vivra dignement mais sans luxe. S'il échoue, il perdra ses investissements. Rien de plus moral que la réussite si le risque de l'échec est présent, s'il n'a pas bénéficié de l'aide de la force publique pour dominer ses concurrents, s'il a respecté ses contrats, et s'il n'a commis aucun acte enfreignant la vie, la liberté ou la propriété d'autrui.
La répartition des richesses qui découle d'un tel partage est le résultat de milliards de décisions individuelles, prises en conscience par des individus, d'autant plus libres qu'ils ont le choix. Choix des produits qu'ils peuvent acheter, choix des fournisseurs, choix des employeurs à mettre en concurrence pour obtenir le meilleur salaire possible, liberté de s'associer pour peser collectivement sur certaines négociations... Ce sont là les tenants de la société la plus libérale et la plus morale qui soit.
Certes, dans cette société dotée d'un droit ontologiquement profondément moral, peuvent évoluer des individus tentés par l'immoralité. Lorsque ces individus causent préjudice à autrui, la société doit se donner les moyens de faire cesser le préjudice, de punir le coupable et de l'obliger à réparer ses fautes. Certains de ces immoraux peuvent, par malice, échapper à la punition. Mais la société n'est pas immorale pour autant. 
L'état, fauteur de transgressions immorales
En revanche, lorsque des individus transgressent le devoir moral d'honnêteté et se servent de leurs relations étatiques, ou de leurs positions au sommet de l'état  pour échapper à de justes sanctions, alors l'état, en leur apportant protection, devient profondément immoral.
Dans une telle société, l'immoralité devient normale pour obtenir de l'état toujours plus d'avantages, par la nuisance et la corruption. Agriculteurs bloquant les routes pour plus de subventions, fonctionnaires en grève pour obtenir toujours plus de "moyens", lobbying actif de telle ou telle profession pour obtenir ici un rabais fiscal, là une réglementation anti-concurrentielle, pots de vins demandés par tel décideur pour arranger une affaire juteuse... Il ne faut pas s'étonner qu'une part de plus en plus importante des individus composant notre société en viennent à considérer normales les violences  anti-patronales, anti-bourgeois, anti-dhimmis, anti-ogm, anti-libérales... L'immoralité de l'état suppure au sein de notre société un néo-nihilisme violent qui la mine de l'intérieur, et qui se retourne contre l'état, qui devient lui même la cible de ce nihilisme, dans les cours de préfectures remplies de fumier ou dans les banlieues-dortoir accueillant la police à coup de Kalashnikov. 
A fin immorale, moyen honteux
Revenons au capitalisme. Il est peu de secteurs d'activités pourtant capitalistes sur le papier qui  échappent aujourd'hui à la distorsion immorale de l'état. Comme le disait Frédéric Bastiat, l'état devient une grande fiction par laquelle tout le monde croit pouvoir vivre aux dépens de tout le monde. Mais naturellement, si ceux qui  reçoivent de l'état un petit sucre d'orge pouvaient se rendre compte de ce que cette douceur leur coûte réellement en  taxes, impôts, et opportunités perdues d'améliorer leur condition, il se révolteraient rapidement contre un tel système.
Aussi les moyens de la coercition de l'état se font furtifs, presque honteux. Les impôts deviennent indirects, le langage politique les qualifie d'indolores. TVA, CSG, cotisations patronales... L'état entretient, par ces moyens, la fiction d'une répartition équitable et modérée des charges et redistribue à ses clientèles. Les fiscalités indirectes sont un des outils majeurs de perpétuation de l'immoralité étatique.
Les grands gagnants nets certains de l'organisation de ce vaste trafic d'avantages, sont les organisateurs de la distribution, les hauts fonctionnaires et les grands élus. Mais certains secteurs de l'économie ont aussi bien su profiter de la maîtrise étatique de pans entier de la société pour en tirer des avantages considérables.
Votre argent et votre avenir confisqués au profit d'une clique néo-féodale
Au premier rang d'entre eux, la haute finance est la grande gagnante de l'instauration d'un système monétaire prétendument indépendant de l'état, mais en fait totalement à son service. En convaincant les états de retirer, petit à petit, tous les éléments qui faisaient de la monnaie et du crédit des instruments de pur marché, tels que les monnaies-créances sur des étalons métalliques, et en confiant à des hommes appointés par l'état le soin de définir les quantités de monnaie irriguant les échanges, par le canal exclusif des banques, les états ont permis aux grandes banques d'accaparer une part croissante des profits engendrés par la société dans son ensemble, tout en favorisant un endettement croissant de tous les acteurs de l'économie, ménages, entreprises, et bien sûr, les états eux mêmes qui ont pu joyeusement participer au festin.
Immoralité ultime de l'état, que d'accaparer l'outil essentiel de l'échange, la monnaie, pour pouvoir vivre depuis si longtemps au dessus de ses moyens, détruire chaque année 2 à 3% du PIB en valeur, pour au final endetter les générations futures à des niveaux insupportables, au risque de devoirs spolier des millions d'épargnants qui lui ont fait confiance, soit par la banqueroute, soit par le retour d'inflations incontrôlées.
Moraliser l'étatisme ? Une impossibilité inhérente à sa nature
L'état veut moraliser le capitalisme ? Mais moraliser le capitalisme, c'est d'abord et avant tout moraliser l'étatisme. Or cela est impossible.
Quand bien même nous arriverions par miracle à créer un système de pouvoirs et contre-pouvoirs tellement efficace que les profits personnels que les hommes de l'état tirent de leur position seraient nuls, ou marginaux, il n'en reste pas moins que le fait d'orienter, fiscalement ou législativement, ou par la monnaie, l'activité économique, suppose que l'état se substitue à des millions d'actes individuels pour décider ce qui est bon et ce qui l'est moins. Une telle rhétorique suppose donc que l'homme de l'état considère les autres comme incapables de faire bon usage de leur liberté dans les domaines qu'il a choisi, mais que sa qualité d'homme de l'état lui confère, subitement, la compétence, la maturité, la sagesse, pour déterminer de bons choix "collectifs".
L'étatisme est donc, fondamentalement, un ségrégationnisme, un avatar des concepts prônant la supériorité de certains groupes d'hommes sur d'autres. L'étatisme est un néo-féodalisme, et lorsqu'il devient universaliste, hégémonique, paternaliste, il ne demande qu'à devenir mafieux ou fasciste au fur et à mesure qu'il croît tel un cancer. L'étatisme ne peut donc, de ce seul fait, prétendre à la moralité.
La séparation du capitalisme et de l'état, seule voie de la morale
Tant l'histoire que la sociologie sont formelles : l'étatisme est le seul agent infectieux aigu du capitalisme, lequel, sans cela, saurait fort bien, en s'appuyant sur les fondations naturelles de l'éthique libérale, traiter les inévitable comportements individuels inappropriés qui apparaitraient en son sein. Il n'est donc point d'autre moyen pour moraliser le capitalisme, qui a été perverti par l'étatisme, que d'organiser sa séparation complète d'avec l'état, en cantonnant celui-ci à son rôle de garant de dernier recours contre la violation des droits fondamentaux et des engagements contractuels. Voilà qui en outre, limitera considérablement le champ d'actions possibles offertes aux tendances immorales de l'état, et donc, contribuera également à le moraliser. Demain, le capitalisme sera libéral ou sera immoral

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