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Comment écrire une chanson – La production (5)

Publié le 06 octobre 2009 par Kinishao

Comment écrire une chanson – La production (5)Cinquième et dernier article dans ma série concernée à la composition d’une chanson, consacré à l’étape finale, la production de la musique.

Vous pouvez relire le premier article, le deuxième article, le troisième article et le quatrième article.

Une fois que vous avez trouvé vos idées, vos mélodies, que vous avez pleuré pour écrire des paroles tenant à peu près la route, et que vous avez élaboré la structure de la chanson, l’heure est venue de vous prendre pour Quincy Jones et de produire votre musique …

La production, très simplement, consiste à décider quels instruments vous allez utiliser, quelles harmonies vocales vous allez mettre ou non, quel son de batterie vous allez utiliser, quels ornements vous allez mettre pour embellir votre musique …

Bref, comment vous allez faire en sorte que votre musique soit la plus belle possible.

C’est l’un des stages les plus importants de la création de votre musique, parce que c’est à cette étape que vous pouvez sublimer ou au contraire détruire tout ce que vous avez fait auparavant.

La production a toujours été un mythe pour nombre de musiciens … Au cours des années 60, il existait de grandes rivalités entre musiciens, pour savoir lequel produisait le mieux … A ce petit jeu, se sont distingués des gens comme Brian Wilson (notamment avec “Pet Sounds“), les Beatles et George Martin ou Phil Spector … un peu plus tard, Jimmy Page de Led Zeppelin … et bien entendu Quincy Jones, au travers de son travail avec Michael Jackson.

Lorsque j’ai commencé à écrire de la musique, je n’ai pas échappé à la règle … je me rappelle avoir eu très tôt des interrogations sur la façon de “remplir” ma musique. Je voulais aussi éviter à tout prix de me répéter d’une musique à l’autre, en utilisant le même type d’arrangement ou les mêmes instruments … ce qui s’est vite révélé être quasi-impossible …

Là encore, il n’y a pas de recette magique, si ce n’est comprendre la logique de sa propre musique et lui donner l’écrin qui la mettra le mieux en valeur.

Plutôt que d’énoncer de grandes vérités, je vais illustrer mon propos avec deux de mes compositions.

La première s’appelle “Live in me again“.

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L’écriture de cette chanson s’est passée sur plus d’une année et demie. J’ai trouvé le thème du refrain en septembre 2007, le thème du break (le changement brusque au milieu du morceau) au cours de l’année 2007 et le couplet au début de l’année 2008, quand j’ai décidé qu’il était temps d’écrire cette chanson.

Elle parle d’un besoin urgent et impérieux pour moi de rallumer cette chose qui brulait en moi et qui me faisait être le type le plus optimiste du monde … avant que je décide qu’il était très intelligent de tout détruire, en bon scorpion que je suis.

Bien entendu, je trouve maintenant que la chanson est ratée, que je chante mal et que ça manque clairement de puissance … mais si je pensais le contraire, je serais à pendre.

En fait … j’aime bien cette chanson, parce qu’elle déborde d’énergie et d’optimisme. Bien sûr, je ne chante pas avec assez de puissance et de conviction, mais je ne pouvais pas faire mieux à l’époque où je l’ai enregistrée.

Comment ai-je donc produit cette musique ?

La base du morceau est la suite d’accords qui se répète sur le refrain et les couplets. Il s’agit en fait de trois accords, mais je ne joue qu’une note de basse, ce qui donne une impression d’espace et d’accords qui “tournent”.

J’ai aussi joué les accords une octave plus bas sur les refrains, avec un piano différent, mais c’est exactement la même chose qui se joue sur couplets et refrain.

Sur le couplet, vous entendez une guitare qui joue très très vite : j’ai voulu rajouter un côté rugueux et … “coureur” à la musique, quelque chose qui donne une impression d’urgence.

Sur le refrain, le motif de guitare est doublé par une rythmique à la guitare légèrement saturée, destinée à renforcer ce rayon d’énergie que je voulais faire jaillir de la chanson en général et du refrain en particulier. Il y a enfin une piste d’orgue, destinée à apporter encore un peu de chaleur à ce refrain, ainsi qu’une boucle de synthé qui tourne et qui est une sorte de “réponse” synthétique à la guitare.

Il y a également l’intro, qui n’est pas en 4 temps comme le reste de la chanson, mais en 3 : je voulais que la chanson parte de très haut, avec une sorte de chute qui précède l’entrée du refrain et de l’envie de tout exploser qu’il véhicule … La production est ici très simple, avec un piano, puis des arpèges de guitare. J’avais à l’origine ajouté un piano électrique, que j’ai supprimé sur les conseils de celui qui m’a mixé la chanson … et que, pour une fois, j’ai écouté …

Et enfin, il y a le break, qui était le refrain d’origine, produit très simplement avec le piano et l’orgue … avant d’arriver au super solo de guitare, que je n’ai hélas pas joué, puisqu’il est interprété par mon pote Chris Martins, qui est un bien meilleur guitariste que moi … Il a joué ce que je voulais, c’est-à-dire quelque chose qui débordait d’énergie et d’espoir.

Concernant la voix, elle est doublée sur tout le morceau, parce que je déteste ma voix brute … J’ai rajouté quelques harmonies à la fin du refrain, parce que je trouvais que ça faisait classe …

Et voilà.

Le second morceau s’appelle “Turndown“.

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C’est un morceau qui est très problématique pour moi … d’abord, parce que j’avais oublié que je l’avais composé, ce qui ne m’était jamais arrivé … ensuite, parce que je trouve que mon chant est un véritable désastre (pas la peine de me dire que c’est pas vrai, je vous dis que c’est nul : c’est hésitant, il y a des fausses notes et c’est d’une mollesse …) et enfin parce que c’est terrible ce que je raconte dans ce truc …

Je ne me souviens plus du tout comment j’ai écrit la musique … je me rappelle juste que je n’ai pas eu de problème à écrire les paroles, pour une fois … et que le début des paroles m’est venu en lisant quelque chose sur internet, où l’auteur disait en substance qu’il voulait sauver le monde. J’avais été surpris (ce qui veut dire dans le langage d’une personne normale que je me suis énervé tout seul) de tant de prétention et je me suis dit qu’il ferait mieux de penser à se sauver lui-même avant d’avoir des prétentions de ce genre pour les autres.

J’ai eu le début des paroles qui me sont venus d’un seul coup : “I won’t save the world tonight, I won’t even save myself“.

Et la suite … j’étais vraiment super mal pour écrire des trucs pareils. Pour que vous compreniez bien l’étendue des dégats, je vous les donne en entier, pour une fois …

I won’t save the world tonight, I won’t even save myself
It doesn’t stop to sound absurd, I just get down with my bad self
I live with unanswered questions, I live consumed with obsessions
I’m trying, for once, to learn the lesson, but I can’t live with my passions

I can’t help thinking about all the things I should have said
Growing lumps and broken-heart songs are all that I have gained

I can’t get out of this circle, do I really want it after all ?
Cause I still beg for the same things that will end up with inside tears

Every night I fall in the same depths of despair
Trying hard to find a way to go on in a harmless way

But I’m just killing myself in the end …

Je dois dire qu’aujourd’hui encore, c’est une musique qui a toujours pour effet de me mettre une boule dans la gorge (“growing lumps” …), notamment la fin … Ce genre de musique se compose quasiment inconsciemment, parce qu’elle est l’expression brute d’un sentiment qu’on ne peut plus retenir. De la même manière, la production et l’enregistrement se font d’une manière très froide et quasi-clinique. Mais quand j’ai écouté le résultat final (après m’être bien entendu dit que je l’avais chanté très mal), je me suis trouvé … pas super bien, parce que je ne pensais pas être aussi mal à ce moment-là. Et l’adéquation des paroles avec la musique était … très troublante, aujourd’hui encore d’ailleurs. C’est le genre de chansons que je suis content d’avoir composé, parce qu’elle reflète quelque chose d’une manière très exacte, mais en même temps … je ne sais pas comment expliquer, je ressens une sorte de malaise en l’écoutant.

Pour ce morceau, il était évident pour moi que je ne mettrai pas la moindre percussion, à l’exception de la cymbale qui arrive à 1:36.

Je voulais utiliser des instruments très doux : piano, violons, petit glockenspiel et voix.

Les couplets sont composés d’arpèges de piano, qui rejouent la mélodie avec un léger décalage, pour accentuer le côté épuisé de celui qui chante.

Ensuite, j’ai rajouté une nappe de violons et une deuxième voix, parce que … j’ai une terrible boule dans la gorge en ce moment, parce que j’écoute le morceau en écrivant et 3 ou 4 fois de suite, ça commence à devenir très lourd. Qu’est ce que je ferai pas pour vous …

Parce que le violon donne un souffle à la musique, l’aère et lui donne une nouvelle dimension.

Puis, j’ai ajouté le petit glockenspiel sur le petit changement où je chante tout aigu … passage que j’ai eu le plus grand mal à faire, parce que je n’avais strictement aucun souffle, ce qui peut d’ailleurs s’entendre si on écoute bien le chant à ce moment là …

Puis, lorsque le dernier couplet reprend, j’ai ajouté des choeurs, parce que c’était le meilleur moyen de renforcer le côté très intime et très touchant (enfin … je pense que c’est touchant) de la musique.

Ensuite, il y a la montée de cymbale qui amène un passage qui aurait du être bien plus puissant s’il avait été mieux chanté. C’est l’un des moments culminants de cette musique, d’où la présence de tous les instruments utilisés précédemment … c’était censé illustrer le fait que celui qui chante essaye de se sortir de ce qu’il vit par tous les moyens … mais au final … I’m just killing myself in the end.

La fin est très douce, avec un affinage progressif du piano … et une descente vers la fin et une issue laissée forcément en suspens.

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Cet article constitue le dernier de ma série consacrée à la composition d’une chanson. J’espère vraiment que certaines choses vous auront été utiles … Je n’ai pas la prétention d’avoir écrit quelque chose de définitif, mais simplement de vous avoir fait passer quelques unes des techniques que j’utilise et un peu de mon expérience.

La musique est l’un des moyens les plus merveilleux d’exprimer ce que l’on est et ce que l’on a au plus profond de soi. Pour moi, c’est même LE meilleur moyen, mais je manque d’objectivité en la matière …

Si j’ai pu vous donner envie d’essayer d’utiliser ce moyen … j’en serais très heureux.

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