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Savoir baiser

Publié le 06 octobre 2009 par Mry

Baiser Selon saint Jean Chrysostome, « Le baiser a été donné pour allumer en nous le feu de la charité, afin que de cette manière nous nous aimions comme des frères, comme des pères et des enfants s'aiment entre eux...Ainsi les âmes s'avancent l'une vers l'autre pour s'unir.».

Le mot baiser apparaît au XIIème siècle, il est signe de respect et d’affection. Il vient du latin Basiare (basium), qui a remplacé osculare (osculum) : baiser la terre, faire allégeance. Les dictionnaires nous renvoient à : suavius : Petit gâteau : gâterie, qui vient du Grec (basis), à rapprocher de basis : La base, le piédestal d’une statue. En collatéral, on trouvera : basileïa : la royauté, l’autorité. Les anthropologues font naître le baiser, le jour où l’homme a adopté la station verticale. 

Dans les premières sociétés humaines, les mères sevraient leurs enfants en mâchant pour eux les aliments qu'elles leur passaient ensuite par un procédé de bouche-à-bouche. Notre espèce a probablement recouru à ce système pendant un million d'années ou davantage. Et, il y a de fortes chances pour que le baiser érotique des adultes d'aujourd'hui en soit le vestige... Si de jeunes amants, s'exploitant mutuellement la bouche avec la langue, éprouvent l'antique plaisir du sevrage buccal, cela peut fortifier leur confiance l'un en l'autre et, par la même occasion, resserrer les liens qui les unissent.

Une fois l’Homme debout, la bouche s’est trouvée libérée par la main pour la parole et le baiser. Est apparue la nécessité de « lécher » l’autre pour goûter le sel du visage. Mais aucun baiser n’apparaît sur les murs des cavernes, dans les manifestations connues de l’Art rupestre, ni dans l’Art funéraire de l’Homme néandertalien, ni aux débuts de l’Homo Erectus. On ne le retrouve pas non plus dans les manifestations connues des arts et autres symboles des sociétés antérieures à celles de l’Antiquité. En revanche, la société juive à l'aube de son histoire a peut-être inventé le baiser comme nous le connaissons. En effet, la Bible, est le premier ouvrage qui évoque le baiser. Une recherche lexicographique détermine un peu plus de 40 occurrences dans l’Ancien Testament.

Le baiser se révèle comme un symbole de réconciliation. C’est le « baiser de paix », celui qu’on échange en signe de bonne intelligence. Deux ennemis réconciliés devaient s’embrasser. Une variante moderne du baiser de paix est l’accolade politique ou diplomatique qu’on échange si possible devant les caméras de télévision... Mais, Judas convient avec ses complices romains qui ont pour mission d’arrêter le Christ qu’ils le reconnaîtront par le baiser dont il l’honorera… C’est le baiser d’amour à mort, qui symbolise la trahison, et qui est, 2000 ans après, encore utilisé par la mafia pour signifier à un membre qui a trahi l’organisation que tous ses amis ont approuvé son exécution et qu’il n’a plus aucun recours.

Les Perses ont été de grands fervents du baiser entre hommes, du baiser social entre pairs. Il était l’expression de l’égalité sociale dans une société très hiérarchisée et dont les codes étaient alors foisonnants, précisément afin de marquer la place de chacun et sa reconnaissance par tous les autres.

Aux premiers temps de la chrétienté, les chrétiens se donnaient le baiser de foi lorsqu’ils exerçaient l’hospitalité les uns envers les autres. C’était le signe de reconnaissance des membres de ce qui n’était alors qu’une secte. Ainsi, le baiser du moyen âge reste pour l’essentiel un baiser d’hommes, qui marque l’égalité des échangistes devant Dieu et les hommes, et corrige les inégalités de fait, de droit ou sociaux. Il s’échange en public : il a besoin de témoin car il scelle une allégeance, un "hommage ". Il est enfin ritualisé comme un acte religieux.

Hors du religieux, le baiser est diaboliques pour les inquisiteurs (mal baisés certainement). Imaginez vous dans la peau d’un inquisiteur regardant un baiser non religieux : On "voit " des bouches avec des rangées de dents prêtes à mordre toute la chrétienté sans coup férir et pour le plaisir démoniaque de la morsure et de la souffrance ainsi donnée, des langues prêtes à vous happer vers des profondeurs lugubres et fermentées, débordantes de salive dont l’idée que l’on s’en fait nous rappelle l’excrémentiel, des haleines à ne pas pouvoir contraindre une envie de vomir.

Aujourd’hui, le baiser cela veut dire quoi ?

Jean-Luc Tournier dans sa « Petite encyclopédie du baiser » précise que même si la langue française est riche, nous devons nous contenter d’un seul mot, le verbe baiser, pour exprimer des actions ô combien dissemblables. Jugez plutôt : La maman baise tendrement sa petite fille, la jeune fille baise tendrement les lèvres de son amant, l’amant baise la femme infidèle, le fidèle, lui, baise l’anneau du pape, le pape baise le sol en descendant de l’avion - ne parlons pas des hôtesses de l’air - et nous nous pouvons à tout moment nous faire baiser par plus malin que nous. On n’y baiserait rien sans le contexte qui, heureusement fait toute la différence. Nous avons donc bien des occasions pour baiser et se faire baiser. Le baiser prend donc tout son sens dans l’intention que nous avons.

Le baiser n'apparaît tout de même pas comme une pratique universelle. Les tribus africaines Chewa et Thonga, en voyant des Européens s'embrasser, disent : "Regardez, ils mangent l'un de l'autre leur sale salive". Parmi de vastes tribus de nombreux pays -Bornéo, sur le fleuve Gambie en Afrique occidentale, en Birmanie, en Sibérie, en Inde- le mot pour "embrasser" signifie sentir.

Un baiser est en fait une manière de sentir intimement l’autre. Des tribus finnoises voient dans le baiser quelque chose d'indécent. Dans d'autres tribus d'Afrique, dont les membres arborent les lèvres décorées, mutilées, distendues ou déformées, on ne s'embrasse pas. Dans certaines cultures, on s'embrasse chastement; dans d'autres, fiévreusement; et dans d'autres encore, avec férocité en mordant et en suçant les lèvres de l'autre. Par exemples : Les Chinois étaient offensés par la simple idée d'embrasser et voyaient cela comme une forme de cannibalisme. C'est une attitude qui persiste dans certaines parties du monde. En somme par le baiser, nous partageons l'ouverture de notre corps, notre âme. Une foule d'émotions nous envahit : la tendresse, la douceur, la sensibilité, la gentillesse, la compassion, la sollicitude, la confiance, la vulnérabilité et la valorisation. Le baiser est nous... Alors baisons nous !


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