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Gaza, bientôt un an après…

Publié le 18 octobre 2009 par Gonzo

Gaza, bientôt un an après…

Gaza, la Palestine : des noms qui reviennent dans nos informations au gré de l’actualité politique d’une population, au mieux désincarnée, au pire diabolisée. Plus encore que dans le reste du monde arabe, les Palestiniens n’ont d’existence que comme « problème », en dépit d’un combat national qui n’est évoqué, de plus en plus souvent, que par le seul prisme de l’islam. Et c’est pour cela qu’il faut, encore plus qu’ailleurs, être attentif à ce que dit une création artistique dont, en général, on ignore tout ou presque.

Cet été, le public de Ramallah a pu assister à la projection d’un film d’animation palestinien. Réalisé en infographie 3D avec un budget de 60 000 dollars (grâce au soutien de l’Organisation mondiale de la santé), Fatina (فاتنة), qui a demandé plus d’une année et demie de travail, dure un peu plus de 30 minutes. Né en Irak en 1976, son réalisateur-animateur, Ahmad Habash ( أحمد حبش : photo et bio en français) vit depuis 1999 dans les Territoires occupés qu’il n’a quittés qu’en 2004, le temps de compléter en Grande-Bretagne une formation technique entamée en 1993 au Caire.

Fatina raconte une histoire réelle, rapportée en 2005 par un groupe de médecins israéliens militant au sein de Physicians for Human Rights. Une histoire de tous les jours, celle d’une jeune femme de Gaza atteinte d’un cancer du sein. Subissant les conditions ordinaires de la vie dans cette prison à ciel ouvert, avec ses coupures de courant, ses bouclages et ses privations, Fatina est d’abord victime de la médiocrité des soins qu’elle peut recevoir : médecins imbéciles que sa maladie met mal à l’aise et qui lui suggèrent de changer de soutien-gorge ou de se marier, quand ils ne décident pas une opération inutile mais lucrative.

L’unique solution passe par un traitement en Israël. Pour s’y rendre, il faut donc obtenir une autorisation et passer les contrôles de sécurité au « point de passage » – l’expression consacrée pour cette frontière qui n’est même pas reconnue comme telle – d’Erez. Une des scènes les plus fortes du film (illustration ci-dessus) montre – pudiquement – l’héroïne contrainte de se dénuder devant une soldate pour attester de sa maladie. (Dans la réalité, selon le rapport de PHR, elle s’écroule au sol, de faiblesse et de honte, et un soldat lui ordonne de retourner d’où elle vient.)

Grâce à la persévérance d’organisations militantes israéliennes, Fatina finira par être traitée, humainement, à l’hôpital Tell-Hashmir, près de Tel Aviv, mais trop tard pour qu’elle puisse survivre. Elle regagnera Gaza où elle décèdera peu après.

Rien qu’une histoire ordinaire à Gaza où, bientôt un an après les bombardements, près d’un million et demi de personnes vivent dans des conditions que la Turquie est la seule ou presque à condamner avec force (intéressante analyse sur le site de De defensa).

Une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU aura donc permis l’adoption du rapport Goldstone, là où l’armée israélienne a agi avec “des gants de velours” selon les termes du ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre israélien… En 2005, 5% des demandes de patients nécessitant un traitement contre le cancer étaient reçues par les autorités israéliennes. Combien meurent aujourd’hui faute de soins ?

Gaza, bientôt un an après…
La bande-annonce de Fatina est visible sur le site du film mais on trouve également sur internet une vidéo (en anglais) très intéressante avec des extraits du film et des commentaires (très compréhensibles en anglais) du réalisateur et du producteur. Une bonne partie des informations de ce billet sont reprises de cet article (en français), qui reprend une information donnée par la BBC (avec l’inévitable allusion aux méfaits du Hamas).

Le travail d’Ahmad Habash peut être découvert à travers son site personnel. Deux courts métrages d’animation sont visibles sur la Toile, Flee (2006) et Red Faether(2007) mais on peut leur préférer une étonnante animation à base de dessins sur du sable.

Une vidéo de ce réalisateur-animateur palestinien est également disponible sur Seensoon, un site (en français, anglais et arabe) qui s’efforce d’ouvrir d’utiles fenêtres sur la création artistique actuelle en Palestine.


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