Magazine Bd

La nuit des calligraphes

Par Anne Onyme

nuit_des_calligraphesLa nuit des calligraphes - Yasmine Ghata coeur

Fayard, 181 pages

Résumé:

Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les ouvriers de l'écriture sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui léguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe. Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial.

Mon opinion:

Quelle belle lecture! La nuit des calligraphes est à l'image de son titre: tout en douceur. L'écriture est douce, raffinée, poétique. Le roman retrace la vie et le destin d'une femme calligraphe, Rikkat Kunt (la grand-mère de l'auteur) de son art et de sa difficulté à concilier son travail et sa famille. C'est un roman très touchant que j'ai lu lentement, pour en savourer de longs passages. Les chapitres qui font allusion au rituel de la calligraphie sont passionnants! J'ai beaucoup de mal à parler de ce livre qui m'a fait vibrer, dont j'ai absolument tout aimé et que je relirai. Un roman dont les mots m'ont parus infiniment bien choisis. En quelques pages et en une économie de phrases, Yasmine Ghata trace le portait d'une vie, d'une femme qui vivait essentiellement par et pour son art.
La nuit des calligraphes est un petit bijou que je garderai un peu à part dans ma bibliothèque, avec les quelques livres vers lesquels on revient spontanément. De ceux qu'on n'oublie pas. Il m'apparaît d'autant plus précieux qu'une amie que j'aime beaucoup me l'a offert...
Je vous le conseille fortement. L'auteur a une belle plume et j'espère qu'on pourra la lire à nouveau bientôt!

Un extrait:

"J'étais si appliquée qu'il finit par engager un professeur de dessin, une vieille fille de Bebek, petit village de la rive occidentale. Mon père devait aller la chercher puis la ramener chez elle, les navires de transport étant d'après elle mal fréquentés. Kösem, qui avait vécu trois ans à Florence, était une farouche partisane de la maniera italienne et vouait un culte transi à Bellini. À ses yeux, la lumière de Venise était comparable à celle de notre vieille Constantinople, l'Adriatique une cousine de notre Bosphore. Distraite, elle trempait le pinceau dans son thé à la pomme et buvait l'eau de rinçage devenue multicolore."
p.82

10/10


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Anne Onyme 24757 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines