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Les maîtres de glenmarkie

Par A_girl_from_earth

LES MAÎTRES DE GLENMARKIE

LES MAÎTRES DE GLENMARKIE


"Une partie de moi-même se cabra devant cette entame racoleuse, qui cherchait à capter l'attention du lecteur en le circonvenant de ses rets à grosses mailles."
C'est marrant, quand je suis tombée sur ce commentaire de Krook au sujet du Maître de Ballantrae de Stevenson, je me suis dit, "Tiens, c'est drôle comme cette pensée m'a traversée aussi la tête avec ce livre que j'ai entre les mains..."

LES MAÎTRES DE GLENMARKIE

Le style m'a un peu agacée au départ, entre autres dans les comparaisons répétitives et destinées clairement à amuser que j'ai trouvées plus lourdes (à la longue) qu'amusantes, du type:
"... j'ai repensé à ce moment où le nom de Lockhart de Glenmarkie a surgi du néant, [...] tel un bébé vêtu de pied en cap au sortir du ventre de sa mère."
"Cette fameuse beauté dont les poètes se gargarisent n'a pas plus de rapport avec le désir que les pommes et les poires de Cézanne avec la gastronomie... ou que les sermons de votre O'Brien avec la vraie parole du Christ."
"Aussi je me propulsai telle une boule de billard au milieu d'obstacles gigantesques..."
"... sa faculté de sourire et de grimacer alternativement, comme si une main invisible lui caressait le cou tandis qu'un autre lui broyait l'échine, ou comme si un neurone défectueux avait pris la mauvaise habitude de transmettre aux muscles de son visage des informations contradictoires."
"Mrs Krook poussa un petit "oh!" de contrition et mit la main à la bouche, comme si elle venait d'ouvrir la porte des toilettes pour hommes dans un restaurant.
"Bref, j'ignorais encore que l'Université est à l'amour de la littérature ce que l'huile de ricin est à la soif."

(celle-là j'ai bien aimé cela dit car j'ai trouvé ça assez vrai, d'expérience personnelle)
Tout me semblait construit de manière à emberlificoter le lecteur dans ses toiles en lui servant tout ce qui serait censé lui plaire et le divertir - et vazy que je te sers du suspense, et vazy que je te sers des noms d'écrivains victoriens, et revazy que je te mets de l'humour auquel on-ne-résiste-pas-je-le-sais - normalement ça aurait dû prendre avec moi mais j'ai malheureusement trop ressenti l'artifice de la chose et suis passée un peu à côté.


L'intrigue est plutôt originale mais pas assez exploitée à mon goût, comme une bonne idée qui n'aurait pas été creusée aussi loin que ça aurait pu l'être.
C'est en fait un roman à deux voix et plusieurs tiroirs qui évoque beaucoup de choses en surface et pas assez en profondeur:
- le couple Krook/Mary ne m'a pas convaincue (sans compter ce Borel dont je ne sais même pas comment il a fini par se retrouver avec Mary...)
- le mystère des tiroirs, j'aurais bien aimé que le lecteur participe à leur résolution, façon énigmes - j'ai trouvé ça un peu facile la façon dont Mary résout tout
- pas de vrai différence de ton d'une voix à l'autre côté narration, pour moi c'était quasi interchangeable

- l'histoire se déroule dans les années 50, mais elle aurait pu se dérouler dans les années 30, 40, 60, 70, que je n'y aurais vu que du feu. En dehors de la mention de certains auteurs de cette époque, je n'y ai pas ressenti l'atmosphère des années 50...


Malgré cela, je lui reconnais beaucoup de qualités tout de même à ce roman: une intrigue non linéaire qui surprendra par ses rebondissements, les chemins qu'elle prend, rien n'est acquis dès le départ, ni au milieu, ni nulle part, on croit avoir les éléments en main et paf, ce n'est pas ça ou autre chose, il y a, en cela, un jeu de miroir avec le sécrétaire et ses tiroirs que j'ai trouvé judicieux. Le sujet de l'intrigue en lui-même m'a moyennement parlé cela dit mais je l'ai trouvée plutôt bien mené et développé.
L'histoire se laisse lire aussi agréablement, on y croise parfois de vrais bonnes trouvailles, des excentricités de lecteur avec lesquelles tout bon amoureux des livres s'identifiera, ce pourquoi on pourra d'ailleurs éprouver beaucoup de sympathie pour ce livre:
"- Peut-être parce qu'il manque de place. C'est un véritable drame, vous savez! De Quincey déménageait chaque fois que sa bibliothèque était pleine... On dit que, pour éviter cette extrémité, Samuel Johnson avait fixé une bonne fois pour toutes le nombre de livres que devait contenir la sienne à mille sept cent neuf, la date de sa naissance... et chaque fois qu'il en acquérait un nouveau, il devait se défaire d'un autre. Cruel dilemme, qui a dû lui coûter bien des larmes." (J'ADORE! )


J'ai bien aimé l'inititation aux livres de Krook et j'ai trouvé excellent la lettre de Thomas Lockhart à Oliver Cromwell, plein d'ironie, drôlissime, je parlais plus haut d'indistinction des voix d'un personnage à l'autre mais Thomas, là, se démarquait vraiment, l'auteur a réussi là la création d'un personnage unique et savoureux, idem concernant Walpole.
Bon roman dans l'ensemble mais pas aussi foudroyant de perfection (

LES MAÎTRES DE GLENMARKIE
) que j'espérais. En tout cas, joli clin d'oeil à la littérature victorienne qui ravira certainement tous les Victoriens dans l'âme.

L'auteur
Jean-Pierre Ohl est libraire près de Bordeaux. Après Monsieur Dick ou Le dixième livre, Les maîtres de Glenmarkie est son deuxième roman.

Egalement commenté avec enthousiasme par Keisha, Ys, et Brize est plus mitigée, comme moi.


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