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La vaine attente de Nadeem Aslam

Par Sylvie

ANGLO-PAKISTANAIS
La vaine attente
Editions du Seuil, 2009


Voici l'un des romans étrangers les plus remarqués de cette rentrée littéraire 2009, sélectionné notamment pour le Prix Médicis étranger.
Nadeem Aslam, né en 1966, vivant en Angleterre depuis l'âge de 14 ans, s'est fait remarquer à la sortie de son premier roman La cité des amants perdus, chronique d'une famille anglo-pakistanaise confrontée à l'intégrisme religieux.
Son deuxième opus nous plonge au coeur de l'Afghanistan, de l'invasion soviétique de 1979 à nos jours en nous contant l'histoire d'un homme et de sa famille décimée par les guerres, au coeur d'un territoire aux prises avec les rivalités géopolitiques des deux géants, Etats-Unis et Union Soviétique.
Les critiques évoquent la justesse du regard, la description d'une région stratégique où le conflit des grandes puissances a préparé le terreau des islamistes.
Cette grande fresque orientale brille à la fois par son caractère enchanteur digne des Mille et une nuits et par sa richesse documentaire étudiant les conflits tribaux, les relations Pakistan/ Afghanistan et Russie/USA.
Une montagne sous un ciel lapis-lazuli, un bouddha à demi enterré, un lac, une maison aux fresques colorées évoquant les cinq sens, une ancienne fabrique de parfums, des plafonds où l'on a cloué des livres pour les sauver de la griffe des talibans : dans cette maison, au centre de l'intrigue, un vieux médecin anglais, Marcus Caldwell, le vieux lettré, dont la femme et la fille ont disparu depuis des années. Il n'a de cesse depuis des années de retrouver son petits fils.
Pour l'aider dans ses recherches, David, un négociant américain en pierres précieuses, ex-agent de la CIA, ex-amant de sa fille.
Cette maison paradisiaque est le cadre de la "veine attente" : celle de Marcus, celle de David qui a perdu sa bien-aimée et celle de Lara, citoyenne russe, recherchant depuis des années son frère, enrôlé dans l'armée russe en Afghanistan.
Ces trois êtres en latence sont à la recherche de l'être aimé dans un univers d'apocalypse : guerre civile, affrontements tribaux entre chefs rivaux, enlèvements, tortures, attentats.
Casa, un jeune terroriste, va entrer provisoirement dans le havre de paix de Caldwell, mettant en doute ses convictions islamistes.
Situé aux frontières entre le Pakistan et l'Afghanistan, le roman examine en profondeur la déstabilisation de cette région à partir des années 80 : Etats-Unis utilisant le Pakistan comme base pour combattre les Soviétiques, encouragement de l'islamisme pour lutter contre le communisme, "dommages collatéraux" pour arriver à ses fins.
Aslam mêle le romanesque d'un conte oriental au récit d'espionnage et au thriller politique : agences privées protégeant les chefs tribaux à la solde des Etats-unis, attentats terroristes, enlèvement de jeunes femmes....
Chacun des protagonistes trompe l'autre, soit pour le trahir, soit pour le protéger.
Une fresque foisonnante éclairant comme jamais l'actualité internationale. Un souvenir inoubliable : les livres cloués et le bouddha enterré symbolisant l'éternité de la culture sur la barbarie.


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