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Les « déconnomistes » de l’OFCE

Publié le 25 octobre 2007 par Argoul

Dans sa dernière « Lettre », l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) reprend le titre que j’avais donné à l’une de mes chroniques : « la peur au ventre ». Il ne s’agit pas cette fois de la xénophobie, mais de l’économie mondiale… « La crise du subprime a claqué dans le ciel de la croissance mondiale comme un éclair par une journée chaude d’août », écrit lyriquement ce centre de recherches de Science Po.

Toute la thèse se résume ainsi : la croissance allait fort bien lorsque le loup surgit. « La contamination de la sphère financière et bancaire par la crise immobilière américaine », et cela par « asymétries d’information sur les marchés financiers (qui) sont à l’origine d’une série d’excès et de spéculations hasardeuses, générant un mouvement de panique qui ressemble de plus en plus à une crise systémique. » Dommage de crier au loup lorsque l’animal est déjà loin ! On aurait aimé un peu plus de prescience. Mais l’excès est dans la peur rétrospective : le mouvement de panique a duré quelques jours – ceux où l’euro a dévissé face au dollar, perçu comme monnaie refuge où se rapatriaient les capitaux. Depuis ? Vous avez bien vu ce qui s’est produit : rechute du dollar, envol de l’euro. Comme quoi la « panique » est bel et bien terminée (sinon, ça se verrait !). Donc la fameuse « crise systémique » est un fantasme d’économistes de bureaux.

Certes, les conditions de financement « se sont durcies » : mais n’était-ce pas justement parce qu’elles étaient laxistes auparavant qu’un recentrage était nécessaire ? Et la Fed ne joue-t-elle pas toujours son rôle qui est d’anticiper ? Anticiper le crédit trop facile, par 14 remontées des taux depuis le plus bas 2002 ; puis rebaisser les taux directeurs assez vite au moment de la crise. La BCE temporise : signe que les menaces d’inflation l’emportent sur le resserrement du crédit. Pas de quoi « paniquer », donc !

Mais l’OFCE préfère le conditionnel : « La persistance de ce stress pourra conduire à des défauts. Ces défauts amplifieraient la défiance et les rumeurs, ils augmenteraient les risques portés par les survivants. » Et encore : « Si le stress financier provoqué par la défiance généralisée, le rationnement quantitatif du financement à court terme ou la hausse des taux de court terme persistaient, les pertes seraient décuplées. » Du pur scénario Hollywood en quelque sorte, pas grand-chose de l’humilité économique, requise de toute prévision…

D’autant que cette scie de “l’engrenage” court les média depuis deux mois; certains l’illustrent même avec plus de talent, comme Patrick Artus. Pourquoi donc répéter ainsi l’opinion commune ? Est-ce la vocation du “Centre de recherche en économie de Science Po” ? Il y aurait pourtant un thème peu abordé à creuser et Science Po y trouverait toute sa justification : l’information assymétrique. Thème privilégié de Joseph Stiglitz, les “incitations positives” de la régulation auraient pu être développées. Car la “crise” des subprime serait-elle due à un manque de ‘démocratie’ sur les marchés ? Un manque de concurrence sur l’information ? Il est dommage que les auteurs de la “Lettre” évacuent en une phrase l’analyse et les corrections possibles : « Si la hausse des taux d’intérêt a été le déclencheur de cette crise, c’est la mise en position de spéculateurs de nombreux individus disposant d’une information très parcellaire sur les risques pris qui en est la cause profonde. »

D’autant que le scénario 2007-2008 “probable”, retenu par l’Observatoire, reste bien consensuel, bien sagement dans la norme, bien loin du roman noir annoncé à sons de trompe dans l’introduction. Les économies en développement croitront vraisemblablement de plus de 7 % chaque année, Chine en tête. Les « vieilles économies industrielles » touchées par la crise immobilière américaine croîtront peu : les États-Unis, sous les 2 % de croissance en 2007 et en 2008, la zone euro un peu mieux avec 2,6 et 2,5 %. Rien qui incite à « paniquer » !

D’autant que « nous avons choisi d’être confiants dans la capacité des autorités mondiales à éteindre l’incendie et éviter le pire. Dès lors, la croissance prévaudra, quelle que soit la peur que l’on garde après un avertissement presque sans frais. Les années 2007 et 2008 s’annoncent de la même veine que les précédentes quoiqu’en léger ralentissement » Ouf ! Nous voilà rassurés. Les économistes de l’OFCE écrivent leur ‘Lettre’ comme un scénario de western : les méchants sont punis et les bons gagnent à la fin. Je n’ai rien contre un ton un peu polémique, qui dépoussière les matières trop sérieuses, mais il faut que le fond soit solide. Or la présentation Science Po retombe ici dans les travers qui lui sont le plus souvent reprochés : la recherche d’effets plus que la présentation d’arguments, le cirque médiatique plus que l’étude universitaire.

On aurait aimé un peu moins de conventionnel dans l’analyse, un peu moins de ‘théâtre’ dans l’exposé, un peu plus d’analyse des régulations incitatrices. En bref un travail d’économes économistes plus que de déconnant « déconnomistes ».


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