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Indonésie : les dessous d'une transition démocratique réussie et d'une bonne résistance à la crise

Publié le 15 novembre 2009 par Fouchardphotographe @fouchardphoto

Avec un passé marqué par vingt ans de troubles séparatistes, depuis l'indépendance en 1945, suivi de plus de trente ans de régime dictatorial du Général Soeharto (1966-1998), l'Indonésie est en passe de réussir une discrète transition démocratique qui en fait désormais la troisième démocratie du monde.

L'économie de ce pays, le seul du sud-est asiatique à faire partie du G20 après avoir été le plus durement touché par la crise de 1997-1998, vient d'enregistrer, en ces temps de récession mondiale, une croissance de 4,3% (au troisième trimestre 2009 sur un an), grâce notamment à la vitalité de la consommation des ménages et à l'investissement public (Le Figaro 12/11).

Comment le plus grand pays à majorité musulmane s'engage-t-il dans la transition démocratique et le développement ? Analyse.

On parle rarement de l'Indonésie dans les mass médias, sauf en cas de nouvelles rapportant des attentats islamistes ici et là, dont le tristement célèbre carnage de Bali en 2002 ! Et pourtant, l'évolution récente de ce pays mérite, à bien des égards, d'être étudiée notamment dans les Etats en voie de développement.

Avec près de 240 millions d'habitants, répartis sur quelques 10 000 parmi les 17 500 îles que compte le plus grand archipel du monde, et une multitude de groupes ethniques distincts sur les plans culturel, linguistique et religieux, l'Indonésie s'est très vite trouvée confrontée, au lendemain de l'indépendance, à la question de l'identité nationale et à de périlleuses tentatives séparatistes. De nos jours, malgré l'existence de centaines de langues locales, l'Indonésien, promu depuis les années 1920 par les mouvements nationalistes et décrété "langue officielle" du pays en 1945, est parlé par la quasi-totalité d'une population alphabétisée à près de 90%. "L'Unité dans la Diversité" constitue la devise nationale du pays dont la Constitution garantit le respect de la liberté des cultes religieux.

Sur les plans politique et économique, rarement une crise ne s'est révélée, paradoxalement et en si peu de temps, aussi salutaire pour un pays comme le fut la crise asiatique de 1997-1998 pour l'Indonésie ! La démission en 1998 du Général Soeharto, précipitée par les émeutes aux 1200 morts de Djakarta, ne manqua pas, en effet, d'ouvrir la voie à un réel renouveau politique et vaste programme de réformes structurelles.

Dans son évaluation économique, courant l'année 2008, l'OCDE indiquait que "l'économie [Indonésienne] s'est totalement remise de la crise financière de 1997-98, et la croissance du PIB a été de l'ordre de 5.5 % par an depuis 2004. Ce taux est inférieur à celui observé dans d'autres pays comparables de la région, mais néanmoins suffisamment élevé pour permettre une amélioration globale du niveau de vie. La contribution de la consommation privée a suivi une tendance à la hausse, surtout depuis 2004, s'appuyant sur une forte création de crédit. L'investissement semble par ailleurs rebondir, même si, en pourcentage du PIB, il reste inférieur à ce qu'il est ailleurs dans la région. La croissance des exportations a bénéficié de la fermeté des prix des matières premières. Le rythme de l'expansion actuelle devrait se poursuivre en 2008-09, fort d'une croissance du PIB qui dépassera probablement 6 % par an".

Le même rapport précisait que "la politique budgétaire responsable menée dans un contexte de décentralisation de plus en plus poussée a eu pour effet de faire baisser les déficits et la part de l'endettement public dans le PIB. Le budget a donc bénéficié d'un « dividende d'intérêts », qui a permis aux autorités d'envisager une réaffectation des ressources au profit de programmes plus salutaires de développement social et de modernisation des infrastructures...Les mesures prises pour renforcer le secteur financier depuis la crise de 1997-98 ont largement porté leurs fruits : le système bancaire est sain, les indicateurs relatifs à la solvabilité et à la liquidité des banques se sont améliorés au fil des années, et la qualité des portefeuilles de prêts a été rehaussée".

Ces tendances se confirment en 2009 dans la mesure où l'Indonésie est en passe d'être l'une des rares économies à résister à la crise de fin 2008 aux côtés de la Chine et de l'Inde.

Les résultats des élections législatives d'avril dernier et la victoire dés le premier tour du président Susilo Bambang Yudhoyono traduisent la volonté d'une majorité d'indonésiens de rompre avec le passé marqué par les massacres qui suivirent la prise du pouvoir par Soeharto et la situation chaotique qui força sa démission trois décennies plus tard.

Fort des résultats encourageants des réformes engagées et du soutien d'une société dont la majorité se garde bien, jusqu'à présent, de réveiller les vieux démons de l'Indonésie, le président réélu a fixé un taux de croissance annuel de l'ordre de 7% au cours de son deuxième quinquennat pour "faire reculer la pauvreté". L'essor de l'Indonésie semble plus que jamais tenir à sa capacité à consolider sa démocratie et à assurer une croissance soutenue et durable à même d'améliorer le niveau de vie de ses citoyens et à résorber les inégalités.

Ben Khabou (13 novembre 2009). - http://www.agoravox.fr


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