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Ségolène Royal est free… elle a tout compris

Publié le 16 novembre 2009 par Lbouvet

2970955697_9a508f88e1_bSégolène Royal a encore frappé. Ce qui s’est passé ce week-end à Dijon, lors du « rassemblement » organisé par Vincent Peillon et le courant « Espoir à gauche » du PS, est une nouvelle et éclatante démonstration du style Royal en politique. Pas un élément de la panoplie qui a rendu célèbre la présidente de la région Poitou-Charentes  n’aura été oublié : coup médiatique, culot sans limites, indifférence au travail d’élaboration programmatique, imperméabilité à tout sens du ridicule, insensibilité à toute démarche qui ne procède pas d’elle… Un peu comme si l’on avait assisté en un week-end à un best of de l’ex-candidate à la présidentielle.

Celle-ci a en tout cas démontré, une fois de plus, et contre tous ceux qui l’avaient un peu vite enterrée ces derniers temps, qu’elle a visiblement mieux compris que quiconque au PS comment fonctionnait son époque : la médiatisation en guise de stratégie, la personnalisation en guise d’idées et l’égoïsme en guise de morale. Et qu’elle joue toujours, de ce point de vue, en première division, à côté d’un Sarkozy ou d’un Besancenot par exemple.

Comment donc ne pas s’étonner de la réaction, même si on la comprend, de Vincent Peillon ? Non parce que ses arguments manqueraient de bon sens : Ségolène Royal n’était pas invitée à Dijon ; elle n’avait d’ailleurs pas annoncé sa venue ; elle est finalement arrivée au dernier moment et a monopolisé l’attention tout en se permettant de donner des leçons de fidélité à son ancien lieutenant ! N’en jetez plus. Mais celui-ci ne la connaît-il donc pas par cœur ? Il l’a soutenue avec beaucoup de conviction ces dernières années. A-t-il oublié la manière dont elle fonctionne et quels sont les défauts de celle qu’il fustige aujourd’hui ?

Au-delà de cette séquence de come back orchestrée en vue des régionales – commencée quelques jours plus tôt par un autre « coup » avec l’annonce du lancement du « carnet contraception » dans sa région –, Ségolène Royal montre pourtant, à l’occasion de cet épisode dijonnais, une fois de plus la fragilité intrinsèque de son positionnement politique, et sans doute, aussi, les limites de sa personnalité.

Si elle reste en effet l’une des meilleures « clientes » politiques des médias, sa crédibilité présidentielle est désormais fortement réduite. Ségolène Royal est incontestablement l’héroïne volontaire de la médiatisation dont elle fait l’objet mais, dans le même temps, elle est loin d’apparaître comme une possible présidente de la République, pour dire le moins, aux yeux des Français. Ce qui rend la situation présente tout à fait différente de celle de 2006 lorsqu’elle s’était appuyée sur son capital médiatique pour conquérir la candidature socialiste. Elle était à l’époque certes connue mais nul ne savait exactement ce qu’elle valait au fond. La campagne présidentielle et ses suites l’ont révélé. Si bien d’ailleurs que ce qu’a pu en dire, horresco referens, Eric Besson au moment de sa trahison en mars 2007, a depuis été repris en chœur par tous les socialistes ou presque, Vincent Peillon inclus désormais (1).

Ségolène Royal est en effet, à la manière de Nicolas Sarkozy même si c’est dans un genre différent, dans le décalage constant entre sa parole, fortement médiatisée et diffusée, et ses actes.

Il en fut ainsi à Dijon, une fois de plus. Elle qui proclame haut et fort, dès qu’elle le peut, son dégoût pour les intrigues partisanes, les jeux de pouvoir et les intérêts de courant au PS, la voilà qui prétend reprendre la main sur « son » courant après l’avoir abandonné à la suite de sa défaite au congrès de Reims en 2008. Elle qui en appelle sans cesse à un débat sur le fond, sur les « propositions », détaché des considérations de personne, la voilà qui écrase par sa seule présence médiatique le travail de longue haleine de militants et d’élus des différentes formations de gauche et du centre, sur un sujet qui pourtant devrait lui tenir particulièrement à cœur : l’école, et qui fustige publiquement celui qui fût l’un de ses principaux soutiens à Reims et qui a entrepris de reconstruire le courant dont elle a été la candidate. Elle qui clame sans cesse son désir d’ordre (juste) et de respect, la voilà qui s’affranchit de toute règle, même de la plus élémentaire politesse qui consiste à ne pas se rendre à une réunion à laquelle on n’a pas été invitée.

Elle aurait tort de se priver puisqu’elle ne subit aucune sanction immédiate pour son attitude. C’est là une conséquence de plus de la présidentialisation à outrance de la vie politique française. Seule l’élection présidentielle compte, donc tout ce qui se déroule entre deux présidentielles – surtout depuis l’instauration du quinquennat, l’accélération du rythme d’usage des institutions par Sarkozy et désormais la perspective de primaires ouvertes et tardives au PS – ne compte plus que dans cette ultime perspective.

Aussi la démarche de Vincent Peillon peut-elle être jugée, de ce point de vue, paradoxale. Ce qui explique aussi ce nouveau « coup » de Ségolène Royal. Comment prétendre en effet mener une démarche uniquement sur le fond – à la fois de travail programmatique et de rassemblement stratégique de la gauche et du centre – en repoussant à plus tard la problématique du leadership ? En expliquant qu’elle se réglera à la fin du processus ? Alors même que la logique présidentielle débridée que l’on connaît aujourd’hui emporte tout sur son passage, et devrait conduire, logiquement, à ce que le candidat potentiel soit désigné en amont afin de pouvoir construire son projet et ses alliances suffisamment tôt. Il y a là une sorte de schizophrénie difficile à comprendre. D’ailleurs, à qui pourra bien profiter tout le travail réalisé dans ce « rassemblement » du PC au Modem qu’appelle de ses vœux Vincent Peillon, sinon à une Ségolène Royal ou un François Bayrou ?

Ségolène Royal l’a bien compris ou du moins senti. Elle se contrefiche de toute démarche de long terme, de toute construction raisonnée et articulée politiquement autour d’un travail intellectuel ou stratégique sophistiqué. Que cette démarche, cette construction et ce travail soient l’œuvre de « son » courant, de ses amis ou de son parti, peu lui importe. Elle sait qu’elle sera de toute manière candidate coûte que coûte aux primaires ouvertes sur son seul nom et son seul capital médiatique. Elle sait aussi que si elle réussit, viendront alors à elle les uns et les autres, anciens et nouveaux supporters, attirés par les lumières des projecteurs et victimes consentantes d’une nouvelle illusion. Elle ne dit finalement pas autre chose quand elle explique qu’elle est toujours aimée et entourée par ses sympathisants ou plutôt son public, malgré les avanies et les abandons réguliers de ses fidèles.

Pour le moment, elle a raison. Elle pourrait très bien être à nouveau désignée comme candidate lors des primaires compte tenu de la configuration que celles-ci sont en train de prendre au PS. Les problèmes, comme en 2007, ne commenceraient alors qu’après sa désignation. En pire encore, cette fois. Nul ne peut se réjouir d’une telle perspective, pas plus à gauche qu’au centre, et même sans doute dans une partie de la droite puisque cela rendrait plus aisée encore la réélection de Nicolas Sarkozy.

Notes

(1) « Elle joue de sa victimisation, elle instrumentalise le féminisme, les souffrances des femmes, et celles des exclus, pour asseoir son pouvoir (…) Seule sa propre gloire la motive. Elle use et abuse de démagogie. Elle prétend briser des tabous, mais elle ne fait qu’accompagner l’opinion dans ses pulsions majoritaires. Et quand elle rencontre une résistance, elle édulcore, se réfugie dans le flou, ne précise rien. (…) Rien ne peut être débattu, discuté, argumenté, puisque rien n’est clair. A l’arrivée, c’est l’arbitraire, des décisions incompréhensibles, l’opinion flattée, distraite, amusée (…) » (Qui connaît Madame Royal ?, Paris, Grasset, 2007, p. 10).


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