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Dirty Eighties

Par Vance @Great_Wenceslas

Une chronique de Nico

Aujourd'hui est un grand jour. Aujourd'hui le Journal de Vance pourra se targuer de compter parmi ses nombreuses critiques et discussions, un article sur un film immensément culte, totalement ambitieux et irrémédiablement couillon. 

Rappelez vous : les années 80, la gameboy, les films "Mennen, pour nous les hommes" (y a-t-il besoin de les citer ? Top Gun par exemple), les actionners bien bourrins aux gros bras huilés (Cobra, Rambo, Predator, Aliens...), les délires d'un Carpenter en grande forme (Big Trouble in little China..), les comédies franchouillardes (On se calme et on boit frais à Saint-Tropez) et... Dirty Dancing

Eh oui, je rappelle que Twilight n'est sorti que cette année. Il fallait bien que le public adolescent féminin ait quelque chose pour compenser la déferlante de Tony Scott qui s'abattait sur les écrans à cette période là. 

Dirty Eighties
Et Dirty Dancing, donc, il faut en parler. 

Alors bon, pour moi, il y a quatre gros films pour représenter le genre "musical" : Flashdance (avec ses nanas soudeuses qui mettent trop d'acétylène dans leur mélange (cf the Full Monty)), Fame (je ne me souviens que de la série télé mais on va dire que ça suffit pour se représenter le truc), Grease (alors là, je dois dire que l'ayant revu récemment ça a vieilli, mais bon les musiques sont pas trop mal) et donc Dirty Dancing

J'ai souvent parlé de la notion de contexte pour regarder et critiquer une œuvre. Et bien là, c'est très, très simple : il est passé à la télé-y a rien d'autre à se mettre sous la dent-bingo ! on regarde ça. 

Donc faut pas s'attendre à une quelconque critique du support : la compression assez calamiteuse de l'image sur la TNT n'a pas besoin de longues argumentations. 

Mais là, curieusement, on ne peut absolument pas se relancer dans un débat sur le respect et l'intégrité d'une œuvre : Dirty Dancing se regarde dans n'importe quelle condition, si, si, je vous jure. 

Avant tout, que les choses soient claires : ce n'est pas un nanar. C'est un film "générationnel". Culte. 

A la manière d'un... j'ose le rapprochement ou pas ?... à la manière d'un Starship Troopers donc, le film peut se regarder sous des tas et des tas de niveaux de lecture. 

Et c'est en cela que je le trouve ambitieux : il parle de sujets assez "graves" en totale opposition avec l'idée que l'on peut se faire d'un film musical des 80's. 

Très féministe, il aborde la question de l'avortement mais aussi des sujets tels que l'engagement, la liberté, et les valeurs familiales. 

Mais bon, on peut tout simplement le voir comme une comédie existentielle et métaphysique. 

Vous vous rappelez de ce dialogue dans Zoolander comme quoi "ce top model, c'est de la musique pour les yeux" ? 

Et bien Dirty Dancing, on peut dire que c'est de la peinture pour les oreilles. 

TOUS les dialogues, mais vraiment, absolument tous les dialogues frôlent le génie. Non mais vraiment. 

Je ne peux pas résister à écrire un medley (ou plutôt un pot pourri serait plus adapté) : 

"- C'était le plein été 1963, tout le monde à cette époque m'appelait Bébé, et ça m'amusait ..."

 

Dirty Eighties

Mais What The Fuck ? Comment peut-on commencer un film sur un dialogue aussi tarte ? D'autant plus que la nana raconte l'histoire en voix over (;)), genre elle est vieille, alors qu'elle a encore cette voix de gamine. 

Mais attention, accrochez-vous bien car ce n'est pas tout... 

Directement après ça donne un truc du style : 

"- C'était avant l'assassinat du président Kennedy, avant l'avènement des Beatles, j'étais une fan du mouvement pour la paix, et mon père était l'homme le plus formidable du monde..."

On ne dirait pas comme ça, mais tout ça dans la même phrase, quand on l'entend, c'est juste énorme. 

Un peu plus tard (genre 1 minute et quelques, quoi), la sœur de Bébé se plaint de pas avoir pris ses chaussures roses pour leurs vacances. Le père, très moralisateur lui répond : "- Il y a des choses beaucoup plus importantes que les chaussures dans le monde : les pays sous-développés ou la bombe atomique par exemple". 

Vous avez compris, dans chaque ligne de dialogue, on retrouve le côté futile et le côté politique. La classe totale en quelque sorte. 

Bon allez encore quelques-uns pour la route, mais franchement, faut lire le script à ce niveau là. 

Le père de Bébé à Johnny Castel (Patrick Swayze, R.I.P.) : "- Tu n'es qu'un séducteur de Prisunic". 

La sœur de Bébé à Bébé : "Tu es belle à ta manière". 

Mais le top du top, la quintessence, vient d'un dialogue devenu quasi religieux pour les fans du monde entier : 

Bébé à Johnny : 

"- Toute ma vie est un labyrinthe, je fais toujours des hauts et des bas ! Tiens, le mois dernier je bouffais des nouilles pour m’en sortir et demain des femmes rempliront mes poches avec des diamants ! Aujourd’hui je suis l’idole de tout le monde et demain je serai un moins que rien !

- Non, tu n’as pas besoin de courir le monde après ton destin comme un cheval sauvage !"  

Il faut dire que le doublage français est pour beaucoup dans cette réussite. C'est dingue comme à l'époque les doubleurs pouvaient être convaincants (et convaincus). Je ne plaisante pas, ils sont excellents. Beaucoup de doublages français mythiques proviennent de films des 80's. 

 

Dirty Eighties

Bon il n'y a pas que les merveilleux dialogues qui font de ce film un grand film du genre. Il y a aussi l'histoire. Ben oui. 

Des fois la simplicité confère à l'objet filmique une sorte de statut intouchable. Beaucoup de grands films sont bourrés de clichés, mais ces clichés sont transcendés par la qualité globale de l'œuvre. 

Et bien ici, on peut dire que c'est la célébration du cliché. En gros : fille un peu campagnarde, intelligente, qui veut sauver le monde, pas très bien dans sa peau. Mec rebelle, ultra populaire, qui est un peu-bougon-sur-les-bords-mais-tu-vas-voir-qu'en-fait-j'ai-un-grand-coeur-en-plus-d'être-un-peu-poète-incompris. La figure du père, paternaliste donc aha, qui aime sa fifille mais qui refuse de la voir grandir (et ça y va à coup de "Tu ne reverras plus ce garçon, je te l'interdis (ah merde ! C'est dans Titanic ça aussi...)"). La bande de copains bien concon qui donnent pleins de conseils, sauf les bons, évidemment. 

Et le bal de la fin (ou presque quoi). 

 

Dirty Eighties

Ah, j'oubliais également la fameuse séquence de l'entraînement. 

Au début la nana a deux pieds gauches, et Johnny va lui apprendre à s'en servir. 

De magnifiques plans d'entraînement, où l'on ne peut qu'affirmer que décidément, Johnny Castel est le Yoda de la Salsa. 

Ils s'entraînent en forêt sur un vieux tronc d'arbre moisi, dans un lac dans lequel j'aurais jamais mis un orteil tellement j'aurais peur de me chopper le ténia, et même dans la chambre déserte (à part une chaise et un futon) de Johnny (ben oui ça fait "j'ai pas d'attaches, chui un romantique, poête moaaaaaaaaa"). 

 

Dirty Eighties

J'ai vachement pensé au film Ballroom Dancing de Baz Luhrman en fait. Je ne sais pas lequel est sorti avant. A noter que ces deux films proposent dans leur BO le mot "Time" dans leur chanson titre. Bon excepté ça, la mise en scène de Lurhman est quand même plus inspirée, à coup de "je te filme un panneau géant de Coca Cola". 

Dirty Dancing est très sage côté réalisation. Ca fait figé. Le côté carte postale du bled paumé dans la côte Ouest des US quoi. Ca me rappelle les vieux Disney comme les "Dingo" ou Donald & les ours.

Dirty Eighties
Au final, c'est vraiment un film à voir. Les acteurs dansent très bien, il faut le leur accorder. Il faut juste le regarder un peu amusé, et je vous assure que vous passerez un moment vraiment, vraiment inoubliable. 

Vive Dirty Dancing et, au fait, faut vraiment que je vous explique pourquoi j'adoooooooooooooore George de la jungle.  


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