Dans son excellent manuel de
survie: «Survivre ou comment vaincre en milieu hostile», Xavier Maniguet entame
chacun des thèmes qu’il traite – Le froid, le naufrage, le désert etc…- par un
cas vécu et ses enseignements. Tous ont un point commun, l’énergie phénoménale déployée
par les survivants. Tant de dépense se paye ensuite bien-sûr. Ainsi, ce groupe
d’évadés du Goulag pendant la dernière guerre mondiale, est parvenu à survivre
au froid de la sibérie, à la fournaise du désert de Gobi, aux bêtes sauvages et
aux sommets inhospitaliers de l’Himalaya, avant d’arriver enfin sur les plaines
de l’Inde où les britanniques les ont recueillis après leurs deux ans de marche
infernale. Merveilleuse machine humaine mais voilà, plus de la moitié des
rescapés sont morts à l’hôpital, alors qu’ils recevaient soins et nourriture.
La fatigue sans borne accumulée était trop immense. Ils s’étaient brulés.
Dans une moindre mesure, c’est toujours
mon état du moment. J’ai un bon étalon avec Nikko, pourtant pas chochotte. Je
me couche plus tard, me lève plus tôt et hier encore, la journée en quad était
certainement
un peu trop longue, trop speed. Nikko a fini dans le décor, puis à l’hosto avec
quelques points de suture sur le visage. Quant au quad, il est bon pour la
casse. Je me sens un peu responsable mais après tout, Nikko est un grand garçon
qui a assez vécu pour connaître les limites. Je tente de me racheter en
m’occupant du blessé comme une mère.
Les limites, je n’en ai plus. Je
brûle. Le manque des enfants, la perte de sens, insupportables mais trompés
par l’intensité et l’inattendu de chaque jour. J’ai un «client difficile» en
face de moi comme dirait Nikko, un de ceux que j’étais incapable de gérer
froidement quand j’étais commercial. Elle a ses raisons. Je ne peux que m’aligner en tentant de garder mon sang-froid. On me
conseille la prudence, prudence dans la gestion de la crise, prudence pour
moi-même. J’essaye, y parviens parfois mais la prudence concerne avant tout ceux
qui veulent mourir vieux et en
bonne santé. Mon père brûlait aussi. Il en est
mort brutalement et sans transition à 39 ans. Les chiens ne font pas des chats
et je ne suis pas persuadé que je battrai son score pourtant médiocre. Position
overdrive, une giclette de nitroglycerine dans le carburateur de l’Interceptor façon
Mad Max. Tirette pour lancer le compresseur volumex et accélérer encore. Ça abime le moulin plus vite que prévu mais
au moins, on trace la route.
Je commets des erreurs, c’est
évident. Ainsi, je dominais largement la partie d’échec jouée contre Nikko au
windsurf bar de François Guy, style aggressif, virevoltant et qui ne laisse
aucun répit. J’allais le piler mais lui ai offert finalement le mat sur un
plateau d’argent. Typique. En windsurf en revanche, j’ai survolé les flots,
n’ai pas éclaté l’aileron contre la caillasse et, malgré mon hygiène de vie
douteuse, suis rentré au bout de deux heures frais, reposé et content. Merci
François pour m’avoir enseigné les deux seuls principes qui vaillent dans toute
activité physique, regarder loin et expirer. C’est d’ailleurs valable pour
tout. Il faudrait que j’y pense un peu plus d’ailleurs.
En tous cas, me voici réconcilié pour de bon avec Boavista, même changée, même quand des petits cons ne trouvent rien de mieux pour s’occuper que de creuver un boudin de mon annexe. Décidément, quelques jours de refit au CVD de Dakar ne seront pas du luxe.



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