Magazine Journal intime

Gili Trawangan, j'adore quand un plan se déroule sans accroc

Par Simplybrice

Et j'ai crié, criééé, Gili pour que j'y viennes.

Et j'ai pleuré, pleurééé, j'avais trop de peine (à me lever)...

Cinquième ou sixième réveil avant 6h du matin en une semaine, ça vous donne un teint de vainqueur. De prétendues cernes sous les yeux, je traverse la rue me séparant de la gare routière. Théoriquement, si les renseignements glanés la veille s'avèrent exacts, en une poignée de secondes, je devrais me rapprocher inéluctablement des îles Gilis, paradis tellement perdu qu'il faut réserver sa semaine rien que pour y poser le pied marin.

Le minibus pour Padangbai, ville n'ayant d'interet personnel que grace au port qu'elle abrite me permettant de changer d'air, de changer d'île, est déjà là. Le moteur a beau être à l'arret, c'est sur, quand il démarrera, c'est des trémolos de joie dans la voix que je saurais pourquoi je suis dehors avant le soleil.

Arrive 6h précises. Rien. Aucun signe d'activité.

A 6h15, toujours assis dans le bus, je tourne encore et encore. Personne n'est encore venu que ce soit du côté des passagers ou du côté du conducteur. Je suis tout seul, on pourrait croire à la scène finale d'un western quand le héros attend, la main frolant la crosse de son revolver, son pire ennemi de l'autre côté de la rue principale où sont charriés des balots de paille portés par le vent du grand ouest.

A 6h30, un bougre arrive sur ses pieds nus.

- Tu vas où mon p'tit gars? Padangbai?

- Oui m'sieur, enfin en théorie... Vous savez à quelle heure le bus s'en va parcourir monts et merveilles?

- Ahhh non. En principe, si deux ou trois autres clients arrivent, c'est dans la poche pour toi. Mais en attendant, tu peux toujours te couper les ongles pour patienter.

Ca tombe bien, ils sont longs, je passe à l'action.

Une fois ma tache accomplie, je regrette déjà de ne pas avoir plus de doigts. On approche les 7h du matin et question clients, à part moi, il n'y a pas foule au portillon.

7h30 pareil. Que suis-je donc venu faire dans cette galère? Ils sont où les autres touristes?

Un type se présentant comme étant le chauffeur arrive alors.

- Tu sais, ça pourrait bien durer toute la journée à ce rythme là. Si tu veux, je peux te faire un prix qui t'emmenera tout seul à destination.

- Non merci, j'attends.

L'habitude sans doute...

Sur les autres emplacements menant vers d'autres contrées balinaises, les bus se remplissent bon train et démarrent en trombe. C'en est trop, une cigarette.

A 8h15, rien n'a changé, il n'y a pas un autre con pour partager ma peine. Le chauffeur revient à la charge. Malgré ma sagesse désormais éprouvée, essorée, réduite comme peau de chagrin, je cède. C'est mon pognon que tu veux? Tiens, charogne! Il n'en fallait pas plus pour qu'effectivement, il glisse la cle dans le contact et que dans une symphonie monocorde de tondeuse à gazon, on quitte ce lieu maléfique en prise directe avec le Purgatoire.

Il faudra autant de temps que mon attente pour arriver à bon port. Le soleil est déjà au zénith quand j'arrive au port. Là, à peine la brouette arrêtée, de l'autre côté de la porte un type avec lequel je n'ai pas rendez-vous attend déjà. C'est le responsable d'une agence de voyage qui, forcément, arrange des allers, des retours et des allers-retours vers les Gilis à des prix "cheap, cheap for you". Je connais la chanson à tel point qu'en général, dès le premier "cheap", le gars est déjà renvoyé dans ses foyers avec sa brochure sous le bras. Mais aujourd'hui, c'est son jour de chance. Comme il me reste encore deux bateaux et un bus à prendre, que le premier bus du jour s'est perdu dans les couloirs du temps, j'obtempère, espérant un cocktail multi-coloré en milieu d'après-midi.

Le rythme s'accélère alors, du moins le temps d'une valse mes sacs sur le dos. La chance frappe gracieusement à la porte, le bateau pour Lombok est dans les starting blocks et vue comme la journée est partie, je ferais bien de ne pas laisser passer cette chance! En une course à perdre haleine, je vole littéralement vers le ferry qui est déjà chargé de camions jusqu'à la gueule, il n'y a plus de la place que pour un cul, celui qui court et qui pourrait pousser une poussette dans l'océan pour prendre sa place. Les femmes et les enfants d'abord qu'ils disaient.

Aujourd'hui, c'est de l'hébreu, ça ne veut plus rien dire du tout. Même si t'es pas d'accord, Les impatients à bord d'abord!!!!

Sitôt ma dernière foulée a-t-elle quitté la terre ferme que la plateforme permettant d'enjamber le quai bascule à la verticale, les moteurs démarrent. Je m'installe sur le pont supérieur, le bateau bouge. Je m'endors du sommeil du vainqueur qui a bien mérité un peu de repos.

La traversée vers Lombok se déroule sans entraves. Le navire a filé bon train et deux heures plus tard, nous ne sommes plus qu'à quelques enclablures des côtes, moment rêvé pour un réveil en fanfare, prêt à enchaîner sur une nouvelle étape me rapprochant toujours un peu plus des Gilis. Seulement, alors qu'il ne reste au capitaine que quelques courtes minutes de labeur, celui-ci arrête son navire en proie à la rouille. La terre est pourtant là, suffisamment proche pour qu'on puisse en distinguer tous les détails. Peut-être est-il parti uriner ce qui ne devrait pas lui prendre plus de trente secondes.

Mais après cinq minutes, c'est comme si on s'était échoué. Le bateau est toujours immobile et mauvais signe, d'autres bateaux plus petits se rapprochent suffisamment près pour passer à l'abordage, autorisant de nombreux vendeurs à la sauvette à monter à bord pour proposer tout ce qu'il faut pour prolonger l'attente en satisfaisant nos besoins vitaux. Eau fraiche, sodas, biscuits, nouilles chinoises à cuisson instantannée, tout y est!! A bord, l'ambiance "bivouac" est à son paroxisme. C'est rageant, je ne vous dit pas!!!!!

Imaginez-vous faire un Pékin-Paris en bicyclette pour retrouver bloqué sur le périphérique intérieur pour une durée indéterminée. Voilà ce qu'on ressent. Et ça dure... Une heure. UNe heure et demie. DEUX heures, autant que la traversée. DEUX HEURes et demie. TROIS HEURES!!! Je devrais déjà en être à la deuxième ou troisième tournée à l'heure qu'il est!!!!! A en juger par l'attitude des autres passagers qui mangent ou dorment alongés partout, on pourrait aussi bien passer la semaine comme ça!! Jusqu'à ce que finalement, enfin, on achève cette torture psychologique, les moteurs repartent dans un clameur générale. En trois minutes, le ponton est libre, on lui rentre dedans.

C'est qu'il le mérite, ce satané ponton!

La raison pour laquelle on a sympathiquement perdu trois heures, c'est que, au port de Lembar, il n'y a de place que pour un bateau à la fois et, quand celle-ci est occupée, tu prends un ticket et tu attends ton tour comme à la caisse générale des impots avec le même sourire. Notre numéro étant enfin sorti du chapeau, on accoste croyant presque à une erreur dans l'enchainement des flashbacks. (NDLR : si tu ne comprends pas la private joke, télécharge "Le Grand Détournement" et ris pour moi!)

Ensuite, comme tout est pré-organisé, je suis comme sur des rails bien huilés, c'est pas trop tôt, je pensais plutôt qu'ils étaient émantés.

A l'issue du débarquement, c'est la foule des tour-operators qui forme le comité d'accueuil. Une fois mon minivan trouvé, je n'ai plus qu'à troquer mes lunettes de soleil contre mes binocles. Il est 17h00 et la lumière fond comme neige au soleil. Déjà...

Etant assis à côté du chauffeur, on converse gentiment. Il m'apprend notamment que le bateau a toujours du retard mais que cette fois-ci, on bat tous les records de lenteur. Charmant... Lui aussi nous attendait sur le pied de guerre depuis plusieurs heures déjà ce qui a au moins le mérite suicidaire que le faire appuyer sur l'accélérateur jusqu'à ce que mort s'en suive, à moins que non, finalement ça passe. On a beau froler l'accident à de multiples reprises, c'est sains et saufs qu'on peut reprendre l'usage de nos jambes pour monter dans un dernier bateau, si on ne coule pas en route.

Le soleil se couche, il est 18h passées, douze heures que je suis debout à attendre la délivrance.

Depuis Lombok, Les Gilis, qui sont au nombre de trois, sont nettement visibles malgré leur taille liliputienne.

Pour cette ultime traversée, je ne tiens plus en place et c'est finalement presque à ma place, sur la proue, que je compte les derniers mètres. Trois, deux, un, on est les champions, on est les champions... Fatigués, mais champions quand même.

Sur ces îles délicieuses, quand il n'y a pas une fête à deux pas, c'est un paradis de tranquilité. Aucun moteur n'a droit de cité, pas une voiture, une moto, une tondeuse. Aucun chien n'est toléré pour quelque raison que j'ignore. Par terre, tout n'est que sable et propreté, s'il t'en dit de rester sans sandales pendant ton séjour, fais toi plaisir et enlève moi donc aussi cette chemise dont tu t'efforces de rentrer le bas dans ton pantalon, c'est pas très couleur locale!

Pour l'instant, la première des choses à faire est de me trouver une crèche, une spacieuse, une qui ferait honneur à ma toute dernière étape asiatique avant le grand saut néo-zélandais. Fort de mon expérience, je négocie. Seulement, les Gilis sont apparemment à une autre échelle de prix que le reste de l'Indonésie ce qui fait que seule une de mes exigences trouve chaussure à son pied, j'ai un hamac, endroit parfait pour regarder filer le temps.

Il fait nuit noire, le hamac attendra. Un poisson frais plus tard, je retourne à ma chambre me demandant quoi faire d'autre. Rien de tel alors que de s'installer alongé avec l'ordinateur sur le ventre en guise de chat ronronnant. Une session d'écriture prend forme. Cette première nuit jusqu'à 2h du matin.

Le lendemain, dès le réveil, je reprends là où j'avais laissé mon inspiration. De 11h du matin à 20h sans interruption avant que le dîner vienne à me tirer de cette embuscade littéraire. Au retour, deux heures supplémentaires finissent de m'achever. Ce n'est pas fini...

Une nouvelle journée plus tard, il faut bien que j'en vienne à bout malgré tous les signaux d'alarme que m'envoie mon corps lassé de cette interminable bataille cérébrale, je paufine les tournures, je vérifie une dernière fois si les accents sont bien à leur place, je conclus. Au final, plus de quinze heures auront été nécessaires pour te faire partager les joies nées des volcans javanais. Il y avait de quoi faire, j'espère que tu as apprécié!

Avant la mise en ligne, il me reste une dernière étape avant de venir à bout de ce marathon, réduire la taille des photos qu'il me reste à sélectionner. Pour ce faire, j'ai besoin de mon appareil photo... Or, le malheureux est introuvable. Dans le petit sac, rien. Dans le gros sac, rien non plus. Je vide, je dissèque, je multiplie les vérifications jusqu'au moment où il faut bien se rendre à l'évidence. C'est maintenant la routine, l'appareil photo est quelque part entre Java et Gili Trawangan sans qu'évidemment je puisse poser la main dessus. Pour la troisième fois en cinq mois, l'énervement fait gonfler les veines de mon front brulant. La malédiction digitale me poursuit de re-chef. J'ai beau me déplacer aussi vite que possible en passant par des endroits improbables, elle sait toujours où me trouver!!

Tant pis pour les photos des volcans que tu ne pourras déguster en même temps que tu lis les articles sans fins, et, encore pire, tant pis pour les photos que je me serais fait une joie de prendre dans ce paradis de couleurs, pour les Gilis, je fais chou blanc...

Malgré la colère qui laisse très rapidement la place au dépit, je fais quand même mon tour au cybercafé. En même temps, je vérifie les horaires de mon avion pour Auckland dont je crois me rappeler qu'il est le 12 novembre. Erreur, encore une fois. Il se trouve en fait que je décolle de Denpasar à Bali le 11 ce qui n'est pas encore trop emmerdant. Ce qui l'est plus, c'est que l'horloge affichera 0h20 à l'heure de quitter le pays.

Non seulement il va falloir que je partes plus tôt mais en plus c'est déjà prévu au lendemain 10 novembre. Bisque bisque rage!!!! J'ai beau tout faire pour avoir un karma de bonne soeur aimable et attentionnée, ce n'est jamais assez, les mauvaises nouvelles continuent de me tendre des embuscades au lieu de s'en prendre aux radins, aux aigris, aux intolérants de tous poils.

Il est 17h30 quand ma mission est enfin accomplie. Pour aujourd'hui, l'exploration est encore ratée. Pour demain aussi.

Le 10 novembre, j'entame le chemin retour dès 8h du matin. Les Gilis, c'est déjà fini. Ce fut une sacrée belle étape constructive. Espérons que la prochaine le soit un peu plus qu'en perdant l'imperdable. Toute la journée, j'enchaine les moyens de transport à l'envers par rapport à quelques jours plus tôt.

Il est 21h quand je suis à l'aéroport.

L'Asie, c'est fini, et dire que c'était la ville de mon premier amour!!

L'Asie, c'est fini, je sais que j'y retournerais un jour!!!


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