Le livre de Cécile Portier, contact, est publié dans la collection Déplacements aux éditions du Seuil. Pendant 669 kilomètres, un personnage conduit sa voiture. Il mettra bien du temps à dire "je", et ce sera un "je" [sans visage], arrivé "au milieu de nulle part". En attendant, mais attend-il vraiment quelque chose, il dit "on". On pense à la route, à la voiture, à la vitesse, au paysage et même à soi. On pense au corps de l'autre. Quel autre ? Où se trouve-t-il ? Et le désir, ce marécage, qu'en est-il au juste ? Le beau texte de Cécile Portier nous montre une pensée en chemin avec ses bifurcations possibles, en décalage avec la vitesse de la voiture et les perceptions du corps. L'écriture va et vient entre notations "neutres" et touches poétiques et philosophiques, dans un mouvement où même ce qui échappe reste maîtrisé. Mais voilà, l'écriture est-elle un mouvement alors qu'on demeure sans destination ? " Le paysage est figé. Avec cette chaleur et cette lumière qui tombe comme d'un plafonnier hostile, rien n'est reconnaissable de ce qui tout à l'heure paraissait si charmant, si pittoresquement champêtre. Maintenant, la nature environnante a ce quelque chose de sournois de qui s'est fait battre (soleil massue) et cherche à éviter les coups. Même un arbre, sous cette lumière, paraît monstrueux : ce tronc comme une jambe qui n'aurait pas voulu aller plus loin. Cette peau rebelle et croûteuse. Ces branches aux formes de doigts opiniâtres, cherchant à accrocher quelque chose au passage ". " Quand l'autre est triste, il faudrait pouvoir prendre son corps, porter son corps, pour le soulager d'au moins ça qui est palpable, et qui est le siège de la souffrance, même quand c'est de tristesse qu'on parle. Surtout quand c'est de tristesse qu'on parle. L'autre est triste, et c'est un animal qui souffre, c'est un corps qui se replie et qui ne respire pas jusqu'au bout, jusqu'à la profération des mots qui au moins seraient une accroche qu'on pourrait saisir, qu'on utiliserait pour venir jusqu'à lui ". Et mille coups de chapeau à l'éditeur de Cécile Portier, François Bon !
Magazine
Cécile Portier, contact
Publié le 28 novembre 2009 par Cetaitdemainorg
Le livre de Cécile Portier, contact, est publié dans la collection Déplacements aux éditions du Seuil. Pendant 669 kilomètres, un personnage conduit sa voiture. Il mettra bien du temps à dire "je", et ce sera un "je" [sans visage], arrivé "au milieu de nulle part". En attendant, mais attend-il vraiment quelque chose, il dit "on". On pense à la route, à la voiture, à la vitesse, au paysage et même à soi. On pense au corps de l'autre. Quel autre ? Où se trouve-t-il ? Et le désir, ce marécage, qu'en est-il au juste ? Le beau texte de Cécile Portier nous montre une pensée en chemin avec ses bifurcations possibles, en décalage avec la vitesse de la voiture et les perceptions du corps. L'écriture va et vient entre notations "neutres" et touches poétiques et philosophiques, dans un mouvement où même ce qui échappe reste maîtrisé. Mais voilà, l'écriture est-elle un mouvement alors qu'on demeure sans destination ? " Le paysage est figé. Avec cette chaleur et cette lumière qui tombe comme d'un plafonnier hostile, rien n'est reconnaissable de ce qui tout à l'heure paraissait si charmant, si pittoresquement champêtre. Maintenant, la nature environnante a ce quelque chose de sournois de qui s'est fait battre (soleil massue) et cherche à éviter les coups. Même un arbre, sous cette lumière, paraît monstrueux : ce tronc comme une jambe qui n'aurait pas voulu aller plus loin. Cette peau rebelle et croûteuse. Ces branches aux formes de doigts opiniâtres, cherchant à accrocher quelque chose au passage ". " Quand l'autre est triste, il faudrait pouvoir prendre son corps, porter son corps, pour le soulager d'au moins ça qui est palpable, et qui est le siège de la souffrance, même quand c'est de tristesse qu'on parle. Surtout quand c'est de tristesse qu'on parle. L'autre est triste, et c'est un animal qui souffre, c'est un corps qui se replie et qui ne respire pas jusqu'au bout, jusqu'à la profération des mots qui au moins seraient une accroche qu'on pourrait saisir, qu'on utiliserait pour venir jusqu'à lui ". Et mille coups de chapeau à l'éditeur de Cécile Portier, François Bon !
Ces articles peuvent vous intéresser :
-
Marketing viral, par Cécile Portier
Nathalie Pages est née le 31 mai 1971, habite à Paris dans un 70 mètres carrés situé au 40, rue de la Justice dans le 20ème arrondissement, a trois enfants de... Lire la suite
Le 02 octobre 2009 par Cetaitdemainorg
-
Petite Racine - le blog de cécile portier [del.icio.us]
-
Le site de François Bon
http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2304 Lire la suite
Le 05 novembre 2011 par Aredius44
-
Les liens coup de coeur
Ma vie "bloguesque" est faite de coups de coeur. De découvertes. De rebonds. D'évolutions. D'idées de clé sous la porte à des vagues puissantes de stimulation.... Lire la suite
Le 21 février 2010 par Didier54
-
Le poids des mots
En recherchant l'adresse du site le tiers livre, pour les besoins de ma note publiée ce matin sur le musée des enfants, Google m'a appris le poids exact du... Lire la suite
Le 02 février 2010 par Sammy Fisher Jr
-
portfolio
Depuis le temps que j'en parle, ça y est, la collection Portfolio aux éditions Publie.net que je codirige avec Arnaud Maïsetti vient d'être lancée. Un beau... Lire la suite
Le 21 septembre 2009 par Lironjeremy
-
l'incendie du Hilton
François Bon j’y avais abordé un peu tard alors que je faisais ma première année à Paris. J’avais commencé avec « quatre avec le mort », un théâtre chez... Lire la suite
Le 25 août 2009 par Lironjeremy

Ajouter un commentaire