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Une France propre et grise?

Publié le 05 novembre 2007 par Stenograf

Admettons que le tabagisme direct est nocif pour la santé, et qu’il réduit l’espérance de vie de beaucoup de fumeurs. Assumons aussi que la plupart de la population s’en rend compte, et qu’ils essayent à plusieurs reprises d’arrêter de fumer.

Pourquoi des millions de français vont-ils régulièrement, alors, dans les bars-tabac, cafés, bistrots et discothèques, alors que ces endroits sont constamment enfumés et que tout invite à fumer ?

C’est qu’en France, comme dans beaucoup d’autre pays, les bars enfumés jouent un rôle culturel qui peut dépasser en importance les conséquences du tabagisme sur
la santé. Les clients s’y retrouvent régulièrement et se servent de la cigarette comme prétexte et « combustible » pour des moments de discussion et convivialité.

En désenfumant les lieux publics, quelle qualité de vie les législateurs sont-ils en train de créer pour les français, déjà les plus grands consommateurs d’antidépresseurs au monde et de plus en plus accros aux substituts de nicotine?

Le candidat Sarkozy, juste avant d’entamer sa dernière campagne électorale, avait même mentionné un assouplissement de l’interdiction pour les bars-tabac de quartier. Jusqu’ici, à moins de deux mois de l’interdiction totale, on a plutôt des raisons de croire qu’il s’agissait encore d’un stratagème pour arracher quelques votes de plus aux buralistes et fumeurs déçus.

C’est dans ce contexte qu’une étude « catastrophiste » vient d’être diffusée par les medias : Elle prétend que la fumée de chicha contient des quantités monstrueuses de monoxyde de carbone, de goudrons et de nicotine, et que sa toxicité dépasse de loin celle de
la cigarette. Mais qu’en est-il du rythme de consommation ? Connaissez-vous beaucoup de collègues que sortent toutes les 30 minutes fumer la chicha ?

Non seulement ce serait difficile de s’imaginer des vraies pipes à eau « de poche », ces études alarmantes ignorent encore une fois l’aspect culturel et conviviale dudit « comportement à risque ». Le rendez-vous sporadique autour d’une pipe à eau serait même, à mon avis, plus intéressant que le paquet de cigarettes, puisqu’elle soumet la consommation à la sociabilité (alors que la clope est résolument plus solitaire). A ce sujet je vous invite à visiter l’excellent site de l’Observatoire Narguilé et Santé, riche en informations et analyses très fines de ces études et pratiques.

Les bars à chicha (d’après ce que je peux observer au moins dans plusieurs arrondissements de Paris) sont des lieux de rencontre de différentes cultures, parfois des pansements sur les plaies des fractures sociales, souvent des vrais points de repère et de fédération pour les cultures du Maghreb. Les bars et les bistrots, de toutes origines confondues, sont depuis des siècles un pilier des vies culturelle, populaire et intellectuelle françaises. Soutenons ceux qui défendent leurs établissements et leurs clients, avant que la fumée grise soit remplacée par la grisaille.


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