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L'expert, Trevanian

Par Clementso

L'expert, TrevanianSt Martin-in-The-Fields est le théâtre choisi par des êtres lugubres, mais discrets pour éliminer de manière particulièrement sadique un quidam qui a bien fini par ne plus se faire aucune illusion sur son destin. Rien à voir avec l’Academy du même lieu si magnifique porte-drapeau de la musique classique.
Le lien avec Jonathan Hemlock ? Pas si direct ni simple si on se limite au fait que celui-ci est un extraordinaire expert ES arts dont le sens et la qualité de l’observation des œuvres qui sont soumises à son évaluation n’ont d’égales que sa capacité à reconnaître d’un seul coup d’œil un faux d’un vrai, sa célérité à juger une merde pour ce qu’elle est et sa verve lui permet de le dire sans en avoir l’air. Mais il ne faut pas se fier aux apparences souvent trompeuses et systématiquement insuffisantes pour juger d’un homme.
Outre le fait que sa capacité d’expert lui permet d’être un vrai collectionneur, Jonathan a été un alpiniste chevronné. Et a mis certaines autres de ses capacités au service de Services Très Spéciaux de son pays, les États-Unis d’Amérique. Au CII, il était chargé de missions très particulières de « contre-assassinats » : juste pour faire passer des messages clairs aux gens d’en face.
Retiré de cette activité qui lui permettait cependant d’assouvir sa passion pour l’Art, le vrai, Jonathan erre dans les salons de la Galerie Tomkinson, à Londres, où il a accepté de venir à la demande pressante de son amie Vanessa qui va lui faire faire, en marge de l’exposition, dans un petit salon attenant, une étrange rencontre avec un amateur d’Art, beaucoup plus discret, lui !
L'expert, TrevanianFinalement débarrassé de cette rencontre qui est plutôt une corvée, Jonathan quitte rapidement l’exposition pour un autre rendez-vous. Visiblement ses agissements ont intéressé beaucoup de gens qui tâchent de ne perdre aucun de ses gestes : le « Vicaire » au « Siège », « Strange » au « Cloître » semblent vouloir tout faire pour s’attacher ses services !
Et bien sûr, à partir de là, des engrenages parallèles vont se mettre en branle afin de lui forcer la main pour faire ce qu’il n’a plus vraiment envie de refaire. Malgré quelques passes préliminaires qui montrent que toutes ses capacités ne sont pas convoitées pour rien, les pièges vont se refermer les uns après les autres. Et l’Expert va, dans un nouveau contexte, reprendre du Service souterrain pour le compte de Her Majesty !
De l’avis de la quatrième de couverture, TREVANIAN est un auteur « des plus mystérieux ». À un point tel que, s’il a un prénom, l’éditeur n’en a pas eu connaissance ! À un point tel que son décès en 2005 resterait une hypothèse ! Ce n’est pas grave, car, au fond, ce ne sont pas des éléments essentiels quand il s’agit seulement de lire ce que l’auteur a écrit.
Et ceci ne change effectivement rien à la qualité de ce roman policier qui est mené de main de maître : encore et toujours, celui qui a le plus de chances de se tirer d’affaire avec le moins de dégâts, c’est celui qui est capable d’anticiper avec le plus de clairvoyance afin de garder, toujours, si possible, un coup d’avance sur ses adversaires. Principe fondamental.

L'expert, Trevanian

Trevanian...

Mais dans une partie de poker menteur, il est parfois bien difficile de discerner le bon grain de l’ivraie. Et il est de notoriété publique que les services d’espionnage (n’oublions pas que Hemlock se fait enrôler de force par une excroissance occulte du MI5 et du MI6 !!!) sont passés maîtres en la matière quand il s’agit de retourner, chez l’adversaire, des pions essentiels.
Qu’à cela ne tienne, notre expert a beaucoup de cordes à son Art ! Et, dans le genre, c’est aussi un artiste même s’il s’agit parfois d’art brut(al) ! Du coup, cela donne un sacré dynamisme à cette histoire où la qualité du récit est largement à la hauteur des qualités du héros (j’ajouterai également la qualité du livre dont il faut tout particulièrement remercier l’éditeur : étonnantes pages deux et trois de couverture ou s’affichent des illustrations tout à fait inhabituelles, typographie et mise en page particulièrement soignées et attrayantes, ne sont pas étrangères au plaisir, encore une fois physique, de prendre en main ce livre à la peau très noire).
Je n’ai qu’un regret, c’est qu’à trente pages de la fin, j’ai un peu perdu l’entrain de ma lecture du fait d’une histoire qui a, à mes yeux, baissé d’un ton et fait perdre une bonne dose de crédibilité au fil du récit. C’est dommage, car je n’aurais pas été loin de considérer, jusqu’à ce point de ma lecture, avec le New York Times, que ce livre avait de la graine de chef-d'œuvre. Ceci étant, ne vous y méprenez pas. Si le qualificatif de « chef-d'œuvre » est certainement excessif, il s’agit là tout de même d’un excellent policier qui ne tombe pas dans l’exhibitionnisme macabre ou sanguinolent, mais qui fait preuve de capacités suggestives particulièrement efficaces.


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