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Quand William Byrd opère la fusion entre le madrigal et la musique sacrée

Publié le 13 janvier 2010 par Philippe Delaide

Dans ma note du 12 avril 2007, j'avais déjà mentionné l'excellent travail de l'ensemble The Cardinall's Musick sur les compositions sacrées de William Byrd.

Toujours sous le label Hyperion, l'ensemble vocal britannique nous propose, dans un de ses derniers enregistrements, de découvrir des pièces issues du premier volume de Gradualia, écrit par le compositeur en 1605. Il est important de rappeler le statut particulier de ce compositeur, catholique en terres protestantes, dans le contexte d'extrême tension qui régnait en Europe entre ces deux communautés chrétiennes. D'aucuns considéreront alors que sa musique sacrée se distingue de celle de ses contemporains protestants par la recherche d'une forme de fusion entre une certaine expressivité, une recherche de couleurs et une "grandeur retenue", avec des harmonies célestes, au service de la spiritualité qu'incarnent les textes.

Byrd Assumpta est Maria
Avec les Cantiones Sacrae de 1591, le climat dominant est une certaines noirceur, avec une tension propre à l'écriture de William Byrd, capable de conduire à une niveau d'élévation et de grandeur impressionnant. A contrario, avec ce volume de Gradualia et les pièces choisies par the Cardinall's Musick, sous le titre de "Assumpta est Maria" (qui est le nom d'un des versets enregistrés), William Byrd opère une fusion intéressante entre l'expressivité du style madrigal et le recueillement devant exprimer la spiritualité propre aux pièces sacrées.

Le point commun entre le disque consacré aux Cantiones Sacrae et ce dernier enregistrement demeure une certaine variété de climats.

On notera parmi les pièces admirables de ce corpus, la superbe miniature que représente le Beata viscera, ciselé à merveille avec un Alléluia final qui se déploie avec des harmonies d'une beauté toute céleste, mais également, un modèle d'équilibre entre densité de la texture et plasticité, avec le Diffusa Est Gracia.

Parmi les pièces les plus proches du style madrigal, celle donnant son nom au titre de l'album est la plus représentative (Assumpta est Maria). Elle révèle des traits presque monteverdiens.

The Cardinall's Musick est un des rares ensembles vocaux britanniques à déployer une belle plasticité, finalement asse proche de ses homologies la Venexiana, quant à eux spécialisés sur le répertoire madrigal italien. Les caractéristiques stylistiques métissées de ces pièces de William Byrd, mêlant le style profane de déclamation avec les codes plus stricts de la polyphonie sacrée conduisent naturellement à rapprocher la lecture de ces deux ensembles sur des répertoires pourtant en apparence assez différents et marqués.

Superbe disque hautement recommandé.

Lien vers la page du site Hyperion Records pour plus de détails.

Je vous propose d'écouter comme extrait de ce disque le Beata viscera.

William Byrd - Assumpta est Maria - The Cardinall's Musick Byrd Edition / Volume 12 - The Cardinall's Musick, Andrew Carwood (Direction) - label Hyperion.

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