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Réseaux politiques, chacun chez soi

Publié le 13 janvier 2010 par Careagit
Signes des temps, la période est faste pour les relations sociales. Paumé, orphelin des fondements sociaux traditionnels, le citoyen d’aujourd’hui cherche le lien, l’appartenance au groupe, la participation aux mouvementx de masse au niveau local comme planétaire. Les Réseaux sociaux surfent sur cette vague. Il aura fallu un moment pour que nos partis politiques comprennent le phénomène. En France, (rendons à César) Ségolène Royal avait tenté d’axer sa campagne autour du concept de politique participative. Un tort à mon sens et les résultats l’ont prouvé, le Français est particulièrement friand d'élections de Rois tout puissants qui, une fois aux manettes Elyséennes, dépenseront des milliards pour la prospérité du Pays (disent-ils), sans se soucier aucunement d’une quelconque logique comptable on de notions d’équilibres dépenses/ressources. L’on ne peut être à la fois le Roi démagogue et le cartésien froid.
Les partis politiques français ont donc attendu un premier test au niveau mondial pour se lancer tête baissée dans l’Internet 2.0. Ce test, ce fut bien sûr la campagne présidentielle américaine qui couronna Obama.
Ces deux dernières semaines furent donc le théâtre des lancements respectifs des « Créateurs du Possible » ou le Facebook UMP puis, quelques temps plus tard, de la « Coopol », son frère du PS. Il paraît même qu’il en existe un pour Europe Ecologie.
Sur la toile, c’est le buzz, les geek de service ou les politicards du coin courent se créer un compte pour se faire une idée de chacune des plateformes. Les copains cherchent les copains avec lequel ils sont déjà copains à d’autres endroits et discutent et échange les mêmes sujets qu’aux autres endroits. Mais bon, la plateforme étant nouvelle et l’odeur de peinture fraîche persistante rappelle à tous qu’ils sont témoins d’une expérience nouvelle et donc, en matière de web 2.0, forcément révolutionnaire.
Dans le concert de louanges chantées sur la toile, je débutais alors une conversation avec Marc Vasseur. Marc est un blogueur politique. Il est de gauche, comme 85% des blogueurs politiques aujourd’hui. Enfin il est de gauche mais il a quitté le PS car le PS ne vaut plus grand-chose en termes d’idéologie. Alors je me suis pris de sympathie pour ce blogueur qui a quitté sa chapelle pour laquelle il a pourtant tant œuvré et qui semble tester prudemment la concurrence, un peu comme un pilier de bar perdu testerait les troquets voisins lorsque le sien est en travaux.
Marc est sceptique sur ces nouvelles plateformes. Tout comme moi. Dans notre conversation je lui disais toute ma conviction selon laquelle la multiplication des plateformes de réseaux sociaux tendrait tôt ou tard à tuer la notion même de réseau social. Car si Facebook fonctionne aujourd’hui, c’est en parti parce qu’il n’y a personne à côté et que donc, tout le monde vient patauger dans la même marre. Multiplier les plateformes, est vous segmenterez mathématiquement la population d’utilisateur qui soit n’aura plus de temps pour dire à tout le monde, partagé en x plateformes « qu’il est trop content de revoir sa copine kikoulol méga mdr » soit il ne se déplacera même plus du tout sur aucun site préférant un outil de mutualisation qui lui permettra de mettre toutes les marres à canards à distance de ses oreilles fatiguées.
Sur un plan politique, l’inefficacité du concept est encore plus criante. Si ces réseaux sociaux ont vu le jour, c’est avant tout pour faire croire au citoyen qu’il a son mot à dire dans la politique de son parti. Certains, dont pas mal d’illuminés de Désirs d’avenir, demeurent convaincus qu’il est possible de placer la décision politique au centre de la pluralité d’avis du peuple. De la même manière, le peuple serait un grenier à idées phénoménal dans lequel pourrait venir puiser nos politiques un peu paumés.
Ne nous voilons pas la face. Gauche et (encore plus) Droite, l’échantillon actif sur ce genre de site demeurera à la marge d’une population qui se passionne pour la chose publique environ tous les 5 ans, lorsqu’il lui ait demandé de poster une enveloppe avec le nom d’un guignol dedans. Avec ces nouvelles plateformes qui fonctionneront en vase clos (à la différence des blogs par exemple), la segmentation se précise encore puisque ces « échantillons actifs » devraient présenter, sur le plan social, à peu près les mêmes profils, qu’ils soient professionnels ou familiaux. Il suffit par exemple de s’attarder 5 minutes sur le profil type d’un blogueur et/ou d’un utilisateur de Twitter pour s’apercevoir très vite que l’échantillon n’a pas vraiment la tête d’un échantillon représentatif du peuple français. De plus, le syndrome du vase clos devrait être compliqué à éviter tant je vois mal (mais je peux me tromper) des militants UMP ou PS se précipiter pour poster des propositions politiques au camp d’en face. Au début pour rigoler et visiter les lieux, sûrement. Mais à la longue…
Le temps est d’ailleurs le troisième et dernier bémol que je place sur ces nouveaux outils. Le temps. En analysant Facebook sur un plan strictement social, l’on s’aperçoit que faire vivre un réseau n’est pas chose aisée, même lorsqu’on affiche 500.000.000 de membres partout dans le monde. Il faut des groupes, des jeux, des mails, du partage, bref, de la vie, pour que Facebook ne tombe pas dans l’oubli des historiques visités de nos ordinateurs. Ces sites nécessitent un réel travail de contenu. Rapporté à la taille de ces réseaux politiques, l’on ne mesure que plus la difficulté à venir pour faire vivre de tels outils surtout lorsque « les premiums users », attirés par d’autres sirènes, s’en iront vers d’autres horizons et que tout le monde aura posté sa petite idée pour révolutionner le monde à laquelle il croit plus que tout…
Ces outils sont donc fonctionnels. De mon point de vue, ils montreront de rapides fissures. C’est le lot des sites en vase clos qui ne pourront vivre du débat entre opposants, de la confrontation d’idées réellement différentes etc… S’ils s’avèrent être de réels succès, je ne pourrais qu’admettre mon erreur en soulignant, tout de même, le caractère très précis des profils sociaux utilisant ce genre d’outil. Ce sera alors de la politique conçue par une minorité pour une majorité déconnectée.
Il faudra alors être balaise pour m'expliquer la différence avec le système d'aujourd'hui.

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