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INDONÉSIE : Internet facilite le commerce illégal de reins

Publié le 13 janvier 2010 par Fouchardphotographe @fouchardphoto

JAKARTA, 11 janvier 2010 (IRIN) - Thomas, 30 ans, a dit que des dettes de plus en plus importantes l'avaient forcé à prendre une décision désespérée : vendre un rein sur Internet pour 300 millions de rupiahs (32 400 dollars). « Je dois tenter ma chance parce que c'est la seule manière pour moi d'obtenir l'argent pour rembourser mes dettes », a dit à IRIN, par téléphone, Thomas, qui n'a pas souhaité indiquer son nom de famille. Thomas fait partie des Indonésiens, de plus en plus nombreux, qui mettent leurs reins en vente sur des sites Internet gratuits, pour des raisons de pauvreté et d'endettement. Une recherche Google révèle que les sites Internet contenant des annonces de « reins à vendre » en langue indonésienne sont de plus en plus nombreux. « Je suis un homme de 25 ans. Je veux vendre mon rein pour 400 millions de rupiahs. J'ai besoin d'argent pour payer le traitement de ma mère à l'hôpital », pouvait-on lire sur www.iklanoke.com. « C'est un cliché, mais j'ai vraiment besoin d'argent pour faire vivre mes deux enfants », a dit une autre personne, se présentant sous le nom de Budha, dans une annonce du site www.gratisiklan.com. « Avec sincérité et le besoin de gagner ma vie, permettez-moi de vous proposer mon rein à vendre. Le prix est négociable », a écrit Budha en anglais. D'après une étude menée par le Bureau central des statistiques en mars 2009, 32,5 millions d'Indonésiens, soit plus de 14 pour cent des 230 millions d'habitants du pays, vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté en Indonésie, qui était de 15,4 pour cent en 2008, a ainsi baissé de 1,3 point en 2009, d'après le Bureau. Craintes de trafics d'organes D'après des sources officielles, l'ampleur du trafic d'organes en Indonésie n'est pas connue, mais l'apparition du phénomène sur Internet a suscité des inquiétudes au sujet de ce fléau. Subagyo Partodiharjo, médecin et membre d'une commission parlementaire sur les affaires sanitaires, a dit que certaines annonces en ligne étaient publiées par des trafiquants qui persuadaient des personnes pauvres de vendre leur rein. Selon lui, ces trafiquants pourraient faire partie de réseaux de commerce illégal d'organes opérant dans les villages. « Il s'agit clairement de commerce illégal. Ce n'est pas seulement une question de pauvreté, mais également de criminalité », a dit M Partodihardjo à IRIN. « On a dit aux gens que leurs reins coûtaient cher, et comme ils sont pauvres et endettés, ils sont tentés de les vendre », a-t-il dit.

En vertu de la nouvelle loi indonésienne sur la santé, adoptée en octobre 2009, le commerce d'organes est interdit et les personnes qui se rendent coupables d'un tel crime sont passibles de 10 ans de prison ou d'une amende d'un milliard de roupies. La loi établit que les transplantations d'organes ne peuvent être pratiquées que dans un but humanitaire. En 2008, un tribunal de Singapour a condamné deux Indonésiens pour avoir vendu leur rein, une affaire que les médias ont présentée comme la première de ce genre dans l'Etat de Singapour. D'après M. Partodiharjo, l'interdiction est difficile à appliquer car le trafic d'organes échappe largement à la surveillance. Questions de santé « Si l'autre rein est sain, la personne peut vivre normalement tant qu'elle a un mode de vie sain. Mais s'il est mauvais, alors la personne sera en danger », a dit M. Partodiharjo. Thomas a dit qu'il était prêt à affronter toutes les conséquences de l'absence de son deuxième rein. « J'y ai bien réfléchi. Je n'ai pas encore posé la question à un médecin, mais j'ai entendu dire qu'on pouvait vivre longtemps avec un seul rein », a-t-il dit. Thomas, qui habite la ville de Balikpapan, sur l'île de Bornéo, a dit qu'il recevait beaucoup d'appels téléphoniques de personnes qui voulaient aussi vendre leur rein, et qui lui demandaient s'il avait réussi à vendre le sien. « On m'a dit que certaines personnes vendaient leur rein pour pas moins de 500 millions de rupiahs », a-t-il dit. Un problème mondial D'après Edward Aritonang, porte-parole de la police nationale, en pratique, il n'est pas facile de déterminer si un don d'organe est effectué dans un but commercial ou humanitaire. « Ils sont considérés comme des donneurs tant qu'il s'agit de leur propre rein, qu'il est sain, que [la transplantation] est approuvée par un médecin et qu'elle ne met pas en danger les patients », a dit M. Aritonang à IRIN. D'après l'Organisation mondiale de la santé, la pénurie d'organes est un problème mondial, les receveurs potentiels voyageant à l'étranger pour obtenir des organes, parfois via des transactions commerciales illégales.

En 2005, seulement 10 pour cent des besoins estimés ont été satisfaits. Cette situation a eu pour conséquence une augmentation considérable du commerce illégal de reins au cours des deux dernières années, bien que l'on ne connaisse pas l'ampleur du phénomène des transplantations illégales de reins. atp/ds/mw/il/ail


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